net de toutes charges
M°^® JOSEPH
(donne un grand coup à son mari et se met entre eux) Nous avons trouvé 1.800 à Meudon, une maison... mais tout ce qu'il y a de bien. Confort moderne... eau et gaz partout et pas d'étage à construire.
M. IKLÉ
Ne soyez pas bête, voyons ! je vous dis que je vous fournirai tout. C'est une occasion. Je sais ce que vous voulez dire... à Meudon... je connais la masure. Méfiez-vous ! elle appartient à un vieux ladre.
Comment s'appelle-t-il, puisque vous êtes si malin ?
M. IKLE
Je ne sais plus son nom ; vous savez, on connaît tant de monde à Paris ! mais il a la réputation d'un vieux ladre, c'est une canaille.
(M. et M^^ Joseph se tordent de rire,)
M'"^ JOSEPH (à son mari)
Tu vois bien !
M. JOSEPH
Tu es roublarde ! tu es fine !
M. IKLÉ
D'abord cette partie de Meudon n'est pas commerçante du tout. Et puis...
M™® JOSEPH
Nous voulions vous parler aussi de la petite dette.
M. IKLÉ
Vous voulez parler des quinze cents francs que Joseph m'a prêtés quand j'ai quitté la Creuse. Je n'ai pas encore pu les lui rendre, tant j'ai eu d'ennuis depuis une dizaine d'années. Ne croyez pas que je sois bien heureux, allez ! ma femme est terrible ! Eugénie a un caractère insupportable ; c'est une femme très bien, elle est très comme il faut et elle comprend les affaires mieux que moi, mais elle dépense tout ce que je gagne à la sueur de mon front. Je suis obligé de travailler comme un nègre. Elle a été malade...
M™^ JOSEPH
Qu'est-ce qu'elle a eu comme ça ?
M. IKLÉ
Mal aux reins.
M. JOSEPH
Il faut lui faire de la tisane avec de la fleur de ronces et des cataplasmes de genêts.
M"^^ JOSEPH
Madame doit avoir un médecin...
M. JOSEPH
Ça coûte cher ! vois-tu, c'est ma femme qui te demande les quinze cents francs. Moi jamais je n'aurais osé. Oh ! je sais ! tu n'es pas aussi riche qu'on le dit dans le pays.
M. IKLÉ
Bon Joseph, va ! tu as toujours été bien aimiable ! nous sommes de bons amis et je n'en ai pas beaucoup. Ils m'ont tous déçu et les femmes m'ont joué des tours bien que je ne l'avoue pas. Toi, tu es un homme digne et fort et tu es une bonne personne.
M°^® JOSEPH
Tatata ! monsieur Iklé... mais est-ce que madame sait que vous avez donné une bague de cent cinquante francs à votre bonne quand elle s'est mariée.
[. IKLE
Ah ! ce sacré feu qui est éteint. Il faudra que je démonte ce poële-là demain.
M"^^ JOSEPH
Je vous demande si votre dame sait que vous avez acheté une bague à Anna ?
M. IKLÉ
Hein ? qu'est-ce que vous dites ?
M. JOSEPH
Elle te demande au sujet de la bague... Anna était une fille du pays. Elle s'est vantée à Guéret que tu lui avais donné une bague quand elle s'est mariée.
M^^ JOSEPH
Oh ! tu peux être tranquille, madaine ne sait pas que monsieur a donné une bague à la bonne. Moi, j'ai une bague de mariage, mais c'est mon mari qui me l'a donnée.
M. IKLÉ
Montrez-la ! oh ! c'est de l'or ! du vrai or ! elle est jolie, ma foi.
M'"'-' JOSEPH
Celle que vous avez donnée à la bonne était plus belle. Elle avait deux pierres. Est-ce que
c'est madame qui l'avait choisie ?
M. IKLE
Oui ! j'entends bien ! j'entends bien... écoutez... si vous voulez accepter mon épicerie, je me chargerai de construire l'étage, moi-même.
M°^^ JOSEPH
Et moi, je vous dis qu'Anna, votre ancienne bonne, est mon amie là-bas au pays et qu'elle m'a dit tous vos micmacs et quel filou vous êtes avec les filles qui sont chez vous. Vous couchez avec elles, après quoi vous les renvoyez avec un cadeau ou bien vous les mariez et madame n'en sait rien... quelquefois vous les mettez dehors sans rien dans la poche. Capricieux que vous êtes.
IKLÉ (riant)
Allons ! un verre de marc ! Alors puisque ça ne vous plaît pas, je tâcherai de faire autre chose. Je ne laisserai pas des cousins dans la misère.
M""® JOSEPH
Vous nous devez quinze cents francs.
M. IKLÉ
Voulez-vous que nous prenions un temps fixe pour un à-compte.
M. JOSEPH
Ah ! c'est ça ! qui a un terme a la somme.
Qui a tenue ne doit rien ! Pas de termes ! pas d'à-compte. La somme ! la somme tout de suite ou je parle à madame.
M. IKLÉ
Écoutez ! je n'ai rien ici ! ne soyez pas dure. J'ai bâti avec le Crédit Foncier. Je n'ai pas un sou. Nous vivons de crédit.
M™® JOSEPH
L'argent ! l'argent ! ou je dévalise tout ce qu'il y a ici.
M. IKLÉ
Prenez ce que vous voudrez.
(M^^ Iklé paraît au fond ; elle a ouvert la porte.)
M. JOSEPH
Je m'en fiche pas mal de tous vos tableaux ! où est-ce que je mettrai ces saloperics-là ?
M"^® JOSEPH
Où est-ce que je vendrai ces saletés-là.
M. JOSEPH
Ma femme a raison, mille dious ! rends-moi mes quinze cents francs ou je dirai au pays que tu es un coquin, le plus grand diable du monde et un gaspard.
M™® JOSEPH
Je dirai à madame que vous avez couché avec la bonne. Allons ! l'argent !