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se perdre dans les plaines, s'infiltrer dans le sable ou s'évaporer dans les airs.
Peu de rivières ont un cours aussi capricieux, aussi accidenté, aussi pittoresque que le Humbokll-River.
Tantôt ses eaux coulent limoneuses, blanchies, comme de l'eau de savon, par la soude qui s'incruste dans les Patamor/elon flottants; tanlôl elles s'étendent à perle de y vue, claires cl limpides.
Ici, ses bords sont arides et sablon-
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neux.
Là, ils deviennent verdovanls et couverts de saules qui se mirent dans le clair miroir coulant à leurs pieds noueux.
D'immenses volées de gros oiseaux
pêcheurs planent sur eux, ballant l'air
de leurs ailes sonores.
Des bandes de rats musqués, tenant le milieu entre Je castor
el le lièvre, sillonnent le lit de la rivière, se servant de leur
queue déprimée comme d'un gouvernail.
Dans une plaine peu étendue, à une portée de fusil de la .rive gauche du Humboklt, à dix lieues environ du campement de nuit que nous venons de décrire, se trouve un village qui, vu sa position centrale, deviendra un jour une ville florissante.
Tous les émigrants qui se rendent au lac Salé ou en Californie y passent.
En 1855, il ne contenait qu'une vingtaine d'habitants appartenant à toutes les nations européennes; Français, Anglais, Al-
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lemands, Espagnols, Américains du Nord, Polonais — - il. y en a partout — vivaient là, tant bien que mal, près les uns des autres, se déchirant à belles dents, bien que feignant l'union la plus cordiale.
D'ailleurs, disons-le tout de suite, ces dignes citoyens ne représentaient pas positivement l'élite des nationalités auxquelles ils appartenaient; il s'en fallait du tout au tout: c'étaient d'affreux bandits tacitement associés pour vivre aux dépens des voya geurs et les détrousser au besoin, quitte ensuite à se battre pour le partage de leurs dépouilles.
L'édifice le plus important du village était une longue cabane en bois surmontée de deux cheminées et percée de nombreuses fenêtres aurez-de-chaussée elau premier. — Cette cabane avait un premier étage; — deux portes hautes et larges, à double battants,
dormaient accès dans cette étrange demeure, derrière laquelle
se trouvait un jardin entouré dune palissade et fort bien tenu. À une distance respectueuse de ce remarquable édifice, au
sommet duquel llotlait fièrement le drapeau étoile des Etats-Unis,
une quinzaine de huttes, plus ou moins confortablement établies,
étaient groupées clans le plus pittoresque désordre, la plupart
faites avec des piquets plantés en terre et recouverts d'une toile
goudronnée en guise de murailles. Sur le bord même de Ja
rivière, on voyait une centaine de tentes en cuir, demeure d'une
tribu d'Indiens Chochonès ou Serpents > les plus insignes pillards
de ces parages; une alliance étroite existait entre la tribu indienne et les habitants du village .
Les voleurs blancs et rouges s'étaient associés pour piller les
caravanes et assassiner les voyageurs. ,li^Ji'
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Il était environ huit heures du soir; la grande salle de l'édifice que nous avons décrit offrait un coup cTœil digne du crayon de Callol.
Cette salle, qui servait tour à tour d'église, de temple, de salle de concert, etc., ce jour-là, avait été métamorphosée en cabaret, au moyen de tables et de bancs placés ça et là, sans ordre. Du reste, ces tables sur lesquelles brûlaient, dans les chandeliers de fer, de longues chandelles de suif jaune, étaient garnies de buveurs et de joueurs revêtus des plus fantastiques et des plus indescriptibles guenilles, qui s'abreuvaient à qui mieux mieux des plus exécrables boissons. Ils jouaient un jeu d'enfer, en criant, hurlant, chantant et se disputant comme des possédés.
Les garçons, chargés de brocs, circulaient autour des tables pour servir les consommateurs, sons la surveillance d'un gros homme à la mine réjouie, au regard louche el au sourire narquois, correctement vêtu de noir de la tête aux pieds, qui n'élail autre que le maître de la maison.
Tous les habitants de ce village et une partie de leurs associés indiens étaient, ce soir-là, réunis dans celle salle, éclairée pour la circonstance.
Près de la porte, dans un angle un peu obscur, un particulier, vêtu d'un costume mexicain, se tenait seul, assis, le dos au mur et les bras croisés sur la poitrine., auprès d'une table. 11 n'avait devant lui qu'une petite mesure d'aguardiente à laquelle il n'avait pas encore touché, bien qu'il fut là depuis plus d'une heure, et il fumait une mince cigarette de papier, en laissant errer autour de lui un regard ennuyé, chargé de dédain et de mépris pour les consommateurs habituels de la maison.
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Ce solitaire, âgé de vingt-sept ou vingt-huit ans, avait les traits fins et distingués, le front haut, les pommettes saillantes, les yeux grands, noirs et vils, le nez recourbé, la bouche franche, garnie de dénis magnifiques, la lèvre supérieure ombragée d'une épaisse moustache noire aux crocs relevés. Son costume était riche et de bon goût; ses gestes élégants; autant qu'il était possible d'en juger, en dépit de la pose qu'il affectait, sa taille ne devait pas dépasser la moyenne; mais elle par aissai l admi rablemenl proportionnée; un sombrero en poil de vigogne gisait, posé sur la table, auprès d'un ride ^y Vp ; américain.
Tel qu'il élail, cet homme, malgré la pâleur mate de son visage et le nuage sombre répandu sur ses traits, avait une de ces physionomies peu communes qui éveillent l 'attention et qu'on n'oublie pas quand on les a vues une fois ...
L'hôte, le gros homme dont nous avons parlé plus haul, passait et repassait à chaque instant devant lui d'un air de mauvaise humeur, mais cependant sans oser se hasarder à lui adresser la parole.
Evidemment, le digne homme était désolé, dans son for intérieur, de voir une table si déplorablement occupée par un seul consommateur qui ne consommait pas ; mais^ pour certaines raisons fort graves sans doute, il ne formulait aucune plainte. Du reste, excepté le maître de la maison, personne ne s'occupait du solitaire rêveur, et sa présence était probablement ignorée. Quant
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Iti - Les deux Mexicains demeurèrent isolés dans leur coin.
Celui qui venait d'arriver était un peu plus âgé que Taulre.
Il avait une physionomie aussi résolue, et portail comme lui un costume du pays, riche, mais froissé, sali, tout en désordre par suite sans doute d'une longue roule faite à franc é trier.
. — Méfions-nous des longues oreilles de noire hôte, dit le pre-
mier en tordant une cigarette.
- S'il s'approche trop, ce digne master Stroog, on pourra les
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pp.-. à lui, il fumait cigarette sur cigarette et ne bougeait ni plus ni
jfe$- moins qu ' u n terme .
||l: Le galop précipité' d'un cheval se fit entendre au dehors.
L'inconnu tressaillit imperceptiblement, pencha légèrement la tête et prêta l'oreille. Les autres jouaient et criaient toujours. Cependant, le bruit se rapprochait de plus en pins et cessa tout à coup.
Un cheval s'était arrêté devant la porte de la maison. Presque aussitôt le cavalier entra; jetant un regard autour de lui, il vint résolument s'asseoir en face- du Mexicain, ou, pour mieux dire, de l'individu qui se donnait pour tel.
Le cabarelier accourut avec un empressement digne d'éloge.
■ — ■ Que faut-il vous servir? demanda- 1- il obséquieusement.
Avant que le nouveau venu eut eu le temps de répondre, le Mexicain jeta sa cigarette, et regardant l'hôtelier :
— Rien, répondit-iL
Le gros homme rougit, salua et s'éloigna sans oser répliquer, tout en se promettant d'avoir sa revanche au plus tôt.
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lui couper, dil l'autre en riant, avec un regard de côté à L'adresse de l'hôtelier, ou tout au moins les lui raccourcir de quelques pouces .
Ce dernier, qui passait et repassait, s'arrêta comme par enchantement près d'un groupe de joueurs.
. Pour se donner une contenance, il jeta machinalement une pièce sur la table .
Le sort ne lui fut pas favorable, car, pour la première fois, il osa jeter un regard de colère sur les deux compagnons qui venaient de lui faire perdre une mince partie de ses vols, ou, si l'on veut, de ses bénéfices journaliers.
Ceux-ci ne firent que rire de cette menace, de celle malédiction tacite.
— Parlons basque, dit l'un. De la
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sorte nous serons sûrs de ne pas être entendus, ou tout au moins compris.
— Comme tu voudras, répliqua le nouveau venu .
— Tu viens de là-bas? demanda le premier Mexicain, dans le plus pur patois des Pyrénées.
— En droite ligne, lui répondit l'autre dans le même idiome .
— Tu as bien tardé.
— J'ai presque fourbu mon cheval.
— Je t'attends depuis longtemps.
— Ce n'est point la faute de la pauvre bêle. J'ai fait plus de dix lieues en deux heures à peine .
— Eh bien ! quelles nouvelles?
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SjfeV — Rien encore.
M-- — Rien?
Non.
— Toujours ensemble, alors?
— Plus que jamais.
— Ainsi, il n'y a pas eu d'explication ?
?(£;. — Pas la moindre. Ils sonLle mieux du monde.
— L'Oiseau-Jaune n'a donc pas encore parlé ?
— Il faut le croire.
— Me trahi rail-] 1? fit le premier Mexicain, dont l'œil éiincela de colère.
— Non. Il nous est dévoué . . . cl d'ailleurs, tu le connais aussi bien que moi, de fait el de renommée : l'Oiseau-Jaune n'a jamais trahi personne,
■ — ■ Ces! vrai. Mais pourquoi ne pai-le-1— il pas? Pourquoi celle inaction incompréhensible ?
■ — ■ L'occasion ne se sera pas présentée.
— On la fait naître, quand on a son habileté, son courage et son expérience.
— C'est ce que je lui ai dit.
— Tu lui as donc parlé ?
%\'l — Oui
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— Quoi qu'il arrive, il parlera demain
— Enfin L . .
— Mais ce n'est pas tout ?
— Qu'y a-t-il donc encore ?
— La mèche est éventée.
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— Pardieu. Oui, va, je l'écoulé. El si Ion conseil est bon, quelque dangereux qu'il soil, je le suivrai.
— Nous ne devons pas hésiter plus longtemps ; ce démon cle Francis est fin comme un opossum; s'il se doule de quelque chose,
|1 tout est perdu ; il faut, à tout prix, en Unir avec lui.
■ — - Mort-Dieu! une affaire si bien menée jusqu'à présent; pauvre Gaston ! moi qui lui ai juré de lui rendre sa fiancée !
— Nous la lui rendrons.
— Comment? puisque nous ne savons pas seulement où elle est. C'est à se damner !
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