‹ Le roi des ténébres [microforme]Chapitre 28 sur 71 · CRE · texte numérisé non relu

CRE

CARMINA

Dans sa chambre, il dort encore ; il dort depuis le matin.

ns vos MARIO, surpris.

Depuis le matin ! Mais la journée s’achève : est-ce qu’il serait malade ?..

CARMINA

” C'est ma crainte, car, c’est ainsi tous les jours.

; MARIO

101 la

Vous dites ?..

CARMINA

rien La vérité; il passe ses nuits au travail, et le matin, il se couche pour ne se relever que le soir, et

cela depuis deux mois.

MARIO

D'où provient ce changement dans ses habitudes ? Car si je me rappelle bien, il n’était pas ainsi autrefois ?

CARMINA

C'est qu’autrefois, il était joyeux, heureux, vivant auprès de sa mère, et ne songeant guère à la quitter.

Mais depuis le jour, où, revenant du palais du gouverneur Degli Fortunati, il vint me dire 5 ‘‘ Mère, je suis vainqueur du concours !” il est devenu tout autre pour moi. De la joie, de la gaieté toute charmante qui existait autrefois dans nos entretiens ; de la confiance qu'il me témoignait, en me Prenant pour confidente de ses pensées même les plus intimes ; de tout cela, il ne reste plus rien. Il est sombre, triste, inquiet, rêveur ; parfois, je surprends des pleurs dans ses yeux, je vois ses lèvres se crisper, je le vois souffrir enfin. Je m'approche de lui, je le vois, prêt à me faire l’aveu d'un secret, que je devine être mortel, je crois qu’il va parier, m'ouvrir son cœur, et.... il s'arrête toujours au moment suprême. En sorte que je me demande : si mon fils ne deviendra pas fou ; ou bien!.... s’il mourra de ce secret terrible qui le tue ! Entendez-vous, Mario, mon fils, mon unique enfant, se meurt, et, je suis incapable de le guérir, car je ne connais pas sa maladie! (Æle Pleure.)

MARIO

Allons ! il ne faut Pas vous désoler ainsi! Tout n'est pas fini! Et moi qui vous parle, je crois connaître le secret dont souffre Angelo.

CARMINA, avec espoir.

Ah ! si vous pouviez dire vrai !

MARIO

Je puis vous affirmer, que ce n'est pas au moment, où l’avenir s’ouvre brillant devant lui ; au moment, où il peut aspirer aux plus hautes dignités : qu'il se laissera mourir.

Que dites-vous, Mario ?....

Vous le savez, Carmina! J'ai toujours été l'ami d'Angelo! Ensemble, nous avons fait nos études, et de ce temps, date une chaude amitié, qui ne s'est jamais démentie !

CARMINA

Oui, c’est vrai !

MARIO

Un jour, il y a de cela trois ans.—J'étais allé : sur les bords de l’Arno, afin de respirer l’air vivifiant et me reposer d’une longue jouriüée de travail. Assis sous un arbre, je rêvais ! Tout à coup!.. Je me sens frappé violemment sur la tête!.... Lorsque je revins à moi,

. j'étais dans une nl près de moi, les vêtements ruisselants, Angelo me donnait des soins. Des brigands, pour me voler, car je n'avais plus ma bourse, m'avaient frappé, et jeté à la rivière pour se débarrasser de moi. Angelo m'avait sauvé. Dès lors notre amitié devint plus étroite, et elle s’est accrue davantage depuis ce jour. Aujourd’hui, je veux m'acquitter de la dette de reconnaissance contractée envers votre fils.

CARMINA

Est-ce que vous ne l'avez pas fait déjà, en sauvant aussi mon enfant ?.

LE ROI DES TÉNÈBRES MARIO, cherchant à se rappeler.

Mais non, je ne me rappelle pas !

CARMINA

Je vais aider votre souvenir. Vous ne vous rappelez | pas, que le jour du concours, dans le palais même du Souverneur, un bravo, appelé Rocambi, a été blessé d’un coup d'épée. Vous souvient-il, qu’Angelo, fut accusé de l’avoir frappé ?

‘ MARIO

C’est vrai !...mais je ne vois pas CARMINA.

Sans vous, mon fils passait pour coupable : car il n’y avait personne dans le palais. Vous avez forcé Rocambi à dire la vérité.

MARIO

Oui, le bravo a nié ja culpabilité d'Angelo ! Cependant, nous avons toujours ignoré le nom du coupable et Rocambi lui même semblait ne pas le connaître ! C'est bien étrange... il y a là un mystère !.. Angelo n’était pas seul avec Rocambi ! Quel était l’autre per- Sonnage ?.. Angelo le connaît, mais il n’a pas voulu dire son nom, malgré les instances que j'ai faites auprès de lui à ce sujet.

CARMINA, avec gratitude.

Vous avez été bon pour nous, Mario! et c’est pour

cela, que je n’hésite à vous dire : vous qui avez sauvé mon enfant, sauvez-le encore.

MARIO

Le mal dont souffre Angelo, le voici !..11 aime Sylvana, sans espoir de la posséder ! Cependant, il

ignore que la fille du duc Lorenzo, malgré la colère et”

l’'emportement de son père, a refusé jusqu'aujourd’hui la main de Degli Fortunati !

CARMINA

Le gouverneur est puissant et sa colère retombera sûr mon enfant, il essaiera d’anéantir un rival préféré.

MARIO

Peut-être ! Mais je suis là, moi! je dispose d’un peu d'influence, que j'emploierai pour mon sauveur et mon ami! D'ici peu, Angelo, puissant, riche, célèbre, n'aura rien à redouter du gouverneur. C’est demain le grand jour ! l'horloge ornera la place de Campo-Santo. L'œuvre d’Angelo, de votre fils, sera magnifique, car je ne doute aucunement de son talent ! Lorenzo aime sa fille, il ne voudra pas sor malheur, ii finira par consentir au mariage. Allons ! soyez sans inquiétude, tout cela s’arrangera.

CARMINA

Merci! Ah ! Merci! vous qui mettez un peu d’espoir dans le cœur de la pauvre mère. (On entend des

pas. )

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On vient !

CARMINA

C'est Angelo ! Silence ! qu’il ne soupçonne rien.

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