‹ Le roi du jour [microforme]Chapitre 19 sur 42 · RUINES DES FACULTÉS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

RUINES DES FACULTÉS INTELLECTUELLES

Dans la première période de l'alcoolisme, les stimulants donnent aux facultés intellectuelles de l'homme une énergie qui l'enchante et l'attire.

Sous l'empire de cette surexcilation des centres nerveux du cerveau qui servent d’auxiliaires aux opérations de l'âme, l'intelligence devient plus active, l'imagination plus brillante et la volonté elle-même sent doubler ses forces.

Mais la réaction ne tarde guère à se produire. Après ces coups de fouet violents de l'alcool, l'intelligence fatiguée baisse et s'affaiblit graduellement. Elle perd peu à peu la lucidité de ses conceptions, l'aptitude à en suivre les développements, à en apprécier la justesse et la valeur; le jugement s'obscurcit, les fumées de l'alcool forment autour de lui des nuages qui deviennent de plus en plus sombres.

Que de jeunes gens ont sacrifié à la passion de l'alcool le brillant avenir qui leur était réservé!

Au sortir du collège, à la fin de leur ciéricaiure, on les signalait comme des hommes supérieurs ;

leurs talents devaient leur ouvrir une carrière de succès. Chacun prédisait qu'ils monteraient haut et se feraient une place honorable dans la société,

Hélas! avant trente an, , ils avaient disparu dans l'ombre, le silence s'était ‘ait autour de leur nom; et ces hommes que l'on saluait d'avance comme des gloires futures de la patrie, ne font plus que végéter dans les bas-fonds de la société.

Une fois de plus, l'alcool, avec les vices qu'il provoque et qu'il entretient, a étiolé pour jamais ces beiles intelligences, comme le soleil étiole et flétrit

les plantes qui sont exposées à ses rayons trop ardents.

La mémoire et l'alcool

L'abaissement de l'intelligence est accompagné de la perte graduelle de la mémoire qui devient infidèle, confuse, mélée. ü j

Le buveur ne garde plus de ses actes et de ses transactions qu'un souvenir vague et incohérent. S'il est marchand, il ne peut guère espérer de succès dans ses affaires ; presque infailliblement, il s'en ira à la banqueroute. S'il est avocat ou médecin, il verra peu à peu la clientèle s'éloigner de lui, et il lui sera impossible de la ramener. Qui voudrait confier des affaires importanies à un homme dominé par la passion de la }oisson?

re de & haut ociété, a dans nom; omme s que

il prois ces flétrit y trop

pagné vient

e ses rent.

er de nent, t ou igner ener, les à son ?

LS

Bientôt le vide se fera autour de lui et l'alcool le mènera jusqu'à la dernière des misères.

A Québec, un homme qui fut l’un des médecins les plus distingués de la ville se mit à boire et tomba dans une indigence telle qu'il en était réduit à aller de porte en porte mendier chez ses confrères le pain nécessaire à la vie.

Que de décadences et de ruines l'alcool n'a-t-il pas causées parmi les membres des professions libérales !

La volonté et l'alcool

Et la volonté, que devient-elle, sous l'influence des boissons fortes? Elle s'affaiblit rapidement et en vient à être totalement dominée par la passion de l’ivrognerie ; la liberté fait naufrage. L'homme ne peut plus dire la parole d'énergie qui exprime la force morale : Je veux, et cela sera; il en est réduit à balbutier tristement le mot de l'impuissance : Je voudrais; oui, je voudrais me corriger, je voudrais ne plus boire, mais c'esi plus fort que moi : impossible de résister.

Que de prêtres ont entendu cette parole désespérée! Que d'ivrognes ont répété ce que disait un A

malheureux père de famille : « Mon Père, je voudrais bien me confesser. Je voudrais bien promettre de ne plus boire! Maisà quoi bon? Au sortir de votre chambre, si un ami m'oftre un verre de boisson, je n'aurai pas la force de le refuser... »

Et le pauvre homme pleurait.… 11 pleurait de ces larmes d'ivrogne si pénibles à voir, et qui ne font que constater une impuissance de volonté, presque

toujours irrémédiable.

Page 1