L'ALCOOL EST UN CONSOLATEUR
L'homme heureux boit pour augmenter ses jours, mais l'homme qui souffre et se sent découragé boira, lui, pour noyer son chagrin et retrouver
dans l'ivresse les rêves de bonheur que les réalités
de la vie ont brutalement anéantis. L'alcool, en effet, console et fait oublier.
Tant de causes jettent l'homme dans le découragement et la tristesse! Les projets les mieux conçus échouent, les espérances les plus brillantes s'évanouissent; les affaires vont mal, la ruine se montre menaçante à l'horizon... Souvent même, pour achever de briser la volonté, le ménage n'est pas heureux. L'homme ne trouve plus au dehors et à la maison ni encouragement, ni affection : il souffre dans son corps et dans son âme. Or, tout
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près de lui, il a sous la main un moyen efficace d'échapper à la souffrance, d'éclaircir le ciel gris qui pèse sur sa tête. Qu'il aille au club, qu'il entre au cabaret voisin, et quelques verres de boisson lui feront oublier ses malheurs et rendront le courage à son âme abattue.
Certes la tentation est forte! 11 faudra à cet homme une grande énergie de caractère, disons mieux, des sentiments religieux profonds pour ne pas succomber.
« La cause la plus générale de l'ivrognerie, dit le D° Ræsche, est le désir qu'ont les hommes de se plonger, au moyen de l'ivresse, dans un état qui leur fasse oublier les désagréments de l'existence. » (Année hygiénique.) Et le D' Bélouino remarque avec justesse que l’ivrognerie est surtout le vice de l'âge mûr et: de la vieillesse. De fait, c'est dans l'âge mûr et la vieillesse que viennent les grandes épreuves et les désappointements cruels. Les revers de fortune, 'écroulement de toute espérance de bonheur, les séparations causées par la mort laissent l’homme seul en face de la souffrance et de la ruine. À mesure qu'il avance dans la vie, l'horizon se couvre de nuages de plus en plus sombres, et le démon fait entendre un appel dangereux. Il invite à chercher dans l'ivresse « l'oubii des désagréments de l'existence ».
Le lemps, qui amortit toutes les autres passions, | donne, au contraire, à celle de l'intempérance une force d'attraction toujours croissante.
Plus la solitude devient profonde autour du vieillard, plus l'ombre se fait épaisse autour de son cœur, plus grande aussi est la tentation de demander à la boisson l'oubli des misères d'aujourd'hui et des lerreurs de demain.
Ainsi l'alcool a des séductions pour tous les âges de la vie : il décuple les joies bruyantes du jeune homme et de l'homme heureux, il adoucit les amertumes de l'âge mur, il ragaillardit le corps usé du vieillard et rend pour un temps à son vieux cœur l'enthousiasme et les rêves des vingt ans.
L'homme à la flûte enchantée
Les légendes d'Allemagne nous parlent du vieillard à la flûte enchantée, qui s’en allait parcourant les villes et les bourgades de la contrée.
Tous ceux qui entendaient les sons de la flûte mazique, abandonnaient leurs occupations et suivaicent le vieillard sans pouvoir s'arrêter. Et le vieillard, entrainant après lui ces foules magnétisées, les conduisait vers les rivages de l'océan. 11 pénétrait dans les flots et s'avançait plus loin. toujours plus loin... À la vuc du danger qui les menaçait,
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les multitudes effrayées voulaient rebrousser chemin, mais les accents de la flûte enchantée se faisaient entendre et les forçaient d'avancer.
Bientôt magnétiseur et magnétisés disparaissaient ensemble dans le gouffre.
Image exacte de la fascination que l'alcool exerce. Du moment qu'un homme à subi son influence fatale, il semble perdre tout empire sur sa volonté. En face de la misère qui approche, de la ruine qui menace, il cherche en vain à se ressaisir et à échapper au danger. La voix du magnétiseur se fait entendre, et l'homme reprend sa course vers l'abime, vers la mort.
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