acte premier
Il vous conte fleurette :
Vous devenez coquette.
Très-bien. — Il tourne un madrigal :
Vous le trouvez banal.
Très-bien. — Il risque une sornette :
Soyez superbe 1 — Il dit : « Pourtant, si tu m aimais ! » Courez à votre sonnette...
Et ne sonnez jamais.
Il prend un air timide:
Vous devenez candide.
Très-bien. — Il a le cœur en feu :
Vous en riez un peu.
Très-bien. — A vos pieds il se jette:
Montrez la porte! — Il dit: « Et si je la fermais? » Courez à votre sonnette...
Et ne sonnez jamais.
Le geste est toujours noble et la pose e st fort belle.
La regardant avec admiration.
Quelle adorable cruelle!
Viens m’embrasser.
Je n’ai plus qu’à te lancer.
JAVOTTE, étonnée.
A me lancer?
MITON
Oui, Javotte.
JAVOTTE
Où?
Dans le monde.
JAVOTTE
Pourquoi?
LE KOI L’A DIT
MITON
Es-tu sotte ?
Pour lui montrer ce que j’ai fait de toi.
Voilà mon œuvre; elle est finie.
Par la force de mon génie,
Par la puissance de mon art.
Je vaincs toutes les résistances,
Je comble les distances Et corrige le hasard.
Tu verras à tes pieds la robe et là finance,
Les grands seigneurs chamarrés d’or,
Et mieux encor.
Si nous avons de la chance.
Il a suffi d'un ruban A la duchesse de Fontanges,
Et madame de Montespan Pas plus que toi ne descendait des anges.
Elles ont eu le bonheur peu commun De surpendre le cœur du Roi-Soleil à jeun.
JAVOTTE, qui l’écoutait tout ébahie.
Mais, moi, monsieur, j’aime quelqu’un.
MITON
Qui?quelqu ? un ! Quoi? quelqu’un! Quelqu’un!.. La belleaffuire!
JAVOTTE
C’est lui que je préfère.
MITON, se mettant peu à peu en colère.
Quelqu’un ?.. Vous avez fait cet effort de bon goût.
Parbleu ! quelqu’un n’est pas un oiseau rare.
Quelqu’un ! cela peut se trouver partout.
Ah ! vous aimez quelqu’un, ainsi, sans crier gare !
JAVOTTE
Voilà longtemps que nous nous connaissons.
MITON, furieux.
Et mes leçons?