ACTE PREMIER
LE MARQUIS
Allez chercher Mi ton.
MI TON, s'avançant.
A vos ordres.
LE MARQUIS
Merci .
Tout est fermé ? Rien ne peut nous distraire ?
LA MARQUISE, le regardant.
Le roi vous a mal reçu ?
LE MARQUIS
Au contraire.
Pourtant vous êtes ému.
LE MARQUIS
Ecoutez-moi. J’entre avec grâce,
Je marche ; — mon chapeau tombe, — je le ramasse ; Tous mes membres restent glacés ;
Mais je montre du caractère,
Je m’incline jusqu’à terre.
A Mitou.
Je suppose que c’est assez ?
Mitou fait uu signe approbatif.
Alors, avec un sourire,
Et d’un air affectueux,
Quoique toujours majestueux,
Le grand roi daigne me dire :
« Marquis Othon de Moncontour « De Labotardais et d’Arvèze. . . »
— Il sait tous mes noms ! — « Je suis aise « De vous voir à ma cour. »
Je cherche à m’incliner plus bas — en pure perte.
Cela me déconcerte.
« Vous avez, » — reprend-il d’un air plein de bonté, Quoique toujours rempli de majesté, —
. Beaucoup d’enfants? » — « Sire, j’ai quatre filles. » — « J’aime les nombreuses familles. »
LE ROI L’A DIT
— « J’en aurais voulu six. »
— « Mais vous avez un üls? »
Et son ton voulait si bien dire :
Je le désire,
Que je répondis : « Oui, sire. »
MITON
Bah!
LA MARQUISE
Vous avez dit au roi?
LE MARQUIS
J’ai dit : « Oui, sire. »
LA MARQUISE
Mais pourquoi?
LE MARQUIS
Pourquoi? — La révérence avait été mal faite, J’étais troublé; j’avais .. Dieu sait ce que j’avais! Et le grand roi, d’une voix satisfaite,
M’a répondu : « Je le savais. »
LA MARQUISE
Comment?
LE MARQUIS
Puis, reprenant son auguste sourire :
« Nous nous occuperons de lui.
« Présentez-le moi. »
LA MARQUISE
Hein?
LE MARQUIS
« Oui, sire. »
LA MARQUISE
Je deviendrai folle aujourd’hui.
LE MARQUIS
Et trois ducs m'ont fait la conduite,
Me saluant comme un homme en faveur,
Et tout le monde enviait mon bonheur, tl me faut un fils tout de suite.