Apologie en faveur du roi, Paris, 1622, in-12, p
4. Petit avis d'un ferme catholique, loyal français, Paris, 1622, in-12.
5. Actes et correspondance, t. 11, p. 321-2. Voir aussi : Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 585; Agrippa d'Aubigné, Libre discours sur Vétat présent des églises réformées, 1619, in-12, p. 78; le Pèlerin huguenot, 1622, in-12, p. 1. Dupiney dit à Louis XIII : (Panégyrique présenté au roi, p. 67). « Il y a bien de la peine à juger si vous êtes plus saint que libéral ».
Et c'est pourquoi, quelque animé qu'il fût contre les huguenots rebelles, ceux-ci vaincus ou se soumettant, Louis XIII ne portait pas la moindre restriction à leur liberté religieuse K II se disait même leur protecteur : « Ceux de nos sujets de la religion prétendue réformée, déclarait-il, qui sont et demeurent en leur devoir, ensemble, leurs familles et biens, nous avons pris et mis, prenons et mettons en notre protection et sauvegarde spéciale ». Couramment les protestants reconnaissaient que Louis XIII les « protégeait ». Ils avouaient que le roi leur était « favorable » -.
Louis XIII allait jusqu'à assurer aux protestants le service matériel de leur culte, en subventionnant leurs pasteurs, leurs écoles, leurs académies . Le synode national protestant, qui s'assemblait tous les trois ans, se faisant envoyer de chaque province la liste des églises du rovaume — il y en avait près de 800 : 116 dans le Bas-Languedoc, 96 dans le Haut-Languedoc, 94 dans le Dauphiné et la Provence, pour parler des provinces les
1. 11 insistait n'en vouloir qu'aux rebelles et non aux religionnaires (mots du chancelier Sillery à un ambassadeur, dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 310; de Puisieux à l'ambassadeur d'Angleterre, Arch. nat., L. 397, M. 2 v°); Lesdiguières s'en portait caution (de Frauville, le fidèle historien des affaires de France, 1623, p. 297). Après la reddition de Saint-Jean d'Angéiy, ■< S. M. entend, comme elle a toujours fait, qu'ils (les protestants) jouissent de la liberté de conscience suivant les édits » (Hist. journalière de tout ce qui s'est fait et passé en France depuis le départ du roi de Fontainebleau, Rouen, 1621, p. 46).
2. Déclaration du roi en faveur de ses sujets de la religion prétendue réformée qui sont et demeurent en leurs devoirs et obéissance, Paris, 1621, in-8°; lettre de Louis XIII à M. de Cessé, du 10 juillet 1G21, dans Bullet. de la Soc. acad. de Brest, 1884, p. 317. Sur le sentiment des protestants au sujet de la bonne volonté du roi, voir : Manifeste de M. de Chastillon contre les articles et procédés faits contre lui, 1622, in-12, p. 8 et 10; Harangue des députés de la religion avec celle qui s'est faite par ceux de Montpellier au roi, 1622, in-12, p. 3; Lettre et avis envoyé au roi par M. le Maréchal de Lesdiguières, 1619, p. 4.
mieux pourvues; et pour celles qui l'étaient le moins, 14 en Bretagne, 11 en Bourgogne, 2 dans le Forez, — transmettait ces listes au roi en indiquant : les pasteurs titulaires des paroisses, ceux qui étaient « proposés », les « surnuméraires »; puis le détail des écoles et des académies. Louis XIII donnait, de ses deniers, des pensions à tout le monde, « pour l'entretènement des ministres ». Le total de « ce budget du culte » s'élevait en 1624 à 225 000 livres'. Le roi ne contrôlait même pas la répartition de cet argent. Celui-ci était A-ersé entre les mains du receveur général des églises réformées, à Paris, M. du Candal, et c'était le synode national qui en fixait la distribution. De 225 000 livres, ce budget, que Louis XIII appelait « ses crédits de pacification » montera jusqu'à 600 000 livres. Le roi consentait encore à payer l'entretien des gouverneurs et des garnisons des fameuses places de sûreté que les protestants avaient reçues lors de la promulgation de l'Edit de Nantes : il y en avait 78, dispersées sur toute la surface du royaume, occupées par des troupes dont le total s'élevait à 3 876 hommes ; Louis XIII donnait pour la solde et l'entretien de ces soldats 320 168 livres par an -.
1. Le traitement de chaque pasteur était appelé •< portion »; en Normandie il y avait 54 portions : 44 pasteurs exerçant, 2 églises à pourvoir, 6 ministres proposés, 2 surnuméraires; plus 14 collèges qui recevaient 400 livres de subvention. Le Haut-Languedoc qui comptait 00 églises, recevait 108 portions. En tout pour les 750 à 800 églises du royaume, 938 portions.
2. Sur tous ces faits, voir un mémoire de vers 1621 : Bibl. Mazarine, ms. 2127, fol. 71 r°; surtout C. Malingre, Hist. de la rébellion excitée en France par les rebelles de la religion prétendue réformée, 1622, in-8°, p. 155, 162; du même Troisième tome de Vhistoire de notre temps, 1624, p. 503 et suiv. ; Bentivoglio, Relations, 1642, in-4°, p. ,305. Le terme ofliciel de ce budget était « deniers ordonnés par S. M. à ses sujets de
Les catholiques étaient indignés : c'était soutenir l'hérésie, disaient-ils. Ils suppliaient le roi de cesser de fournir des subsides à ses adversaires; ils lui disaient : « Celte subvention n'est point de l'Edit (de Nantes) ; Sa Majesté la peut ôter sans l'ébrécher (l'Edit). Quelle raison y avait-il, que le roi payât aux huguenots, comune huguenots, leurs ministres et collèges, leur fournît des lieux de temples et de cimetières, leur permît des assemblées, des cercles, des députés, finalement leur donnât des villes, et qu'il n'octroyât nulle de ces choses aux catholiques comme catholiques? »* Des conseillers adressaient des mémoires au prince lui expliquant combien l'ordre adopté « était pernicieux ». Quelle insigne imprudence de donner au synode national une telle autorité sur les provinces en le laissant maître des cordons d'une bourse, c'est-à-dire maître « de récompenser ou de punir » ! Un simple ministre pouvait-il parler et agir librement pour le service du roi s'il était menacé de voir supprimer son traitement? Le synode subventionnant toute espèce de gens et d'entreprises, payant des écrivains qui attaquaient la religion catholique, le roi pouvait-il permettre qu'on fit un tel usage de ses deniers?
la religion prétendue réformée » (Arch. nal., E. 59*, fol. 576 r"); les protestants disaient « l'État ecclésiastique >■ et sollicitaient son augmentation (Les Demandes des éijliscs réformées du royaume, 1618, p. 26). Il était interdit de poursuivre le trésorier, Isaac du Candal, pour le maniement de ces deniers (Arch. nat., E. 57, fol. 139 r°). M. du Candal était aidé d'un commis, M. Jean Pallot (Arch. nat. E. 58", fol. 434 r"). Sur l'augmentation donnée par Louis XIII, cf. Exhortation à rassemblée de la Rochelle, in-12, p. 3.
l Bibl. Mazarine, ms. 2127, fol. 72 r"; Petit avis d'un ferme catholique, 1622, in-12, p. 7. Voir aussi : Remontrance salutaire à Messieurs de la religion prétendue réformée, 1618, p. 6, et Avis d'importance présenté au roi toucliant les affaires de son État, 1621, p. 7. « Jamais argent ne fut plus mal employé! » dit l'auteur de ce dernier écrit.
Il fallait au moins que le prince fît distribuer ces crédits directement, « étant l'ordinaire des hommes de dépendre de qui les nourrit » M Louis XIII ne changea rien à ces résolutions.
Il défendit même la liberté de croyance des protestants contre les décisions dogmatiques de leurs propres synodes. Un synode ayant décrété que tous les religionnaires devaient prêter serment sur « un canon » porté par une assemblée de Dordrecht fixant un point de foi et contenant une condamnation de la doctrine arminienne, le roi fit défense d'imposer pareille contrainte. Il dit aux députés des protestants qu'il ne voulait pas se mêler de ces questions, qu'il « laissoit à ceux de la religion prétendue réformée le jugement de leurs doctrines, » mais qu'il n'entendait pas « qu'on ôtàt à chacun la liberté de croire ce qu'il voudroit. » Un peu surpris, le sévère huguenot Elie Benoît ajoute : « on donnoit alors une grande étendue à la liberté de conscience M ».
1. Mémoire cité plus haut, Bibl. Mazarine, ms. 2127, fol. 71 r", 123 v". Voir une lettre de Maillard à Duplessis-Mornay sur l'utilité, pour les protestants, de ces subsides royaux (E. Charavay, Collection de lettres autographes du règne de Louis XîII, Paris, 1873, p. 7). Les catholiques s'élevaient surtout contre les soldes des garnisons protestantes [La Cabale des ministres huguenots intendans, par un bourguignon converti, Paris, 1618, in-12, p. 28). Impatientés des critiques, les réformés obtinrent du roi, en 1619, la nomination d'une commission pour vérifier les comptes de Pallot (Arch. nat., E. ôi-S fol. 405 r°). Pallot fournit les justifications nécessaires (Bibl. nat., ms. fr. 18202, fol. 327, r°). Rome chargeait le nonce de réclamer contre les faveurs accordées par le roi aux hérétiques : dép. de Corsini du 10 août 1621 (Arch. nat., L. 397, fol. 427).
2. E. Benoit, Hist. de VEdit de Nantes, L II, p. 422. Les protestants présentèrent alors le canon comme émanant d'un synode d'Alais {Canon des Eglises réformées de France conclu et arrêté au synode national tenu à Aies es Cévennes le 6 d'octobre 1620, avec le serment d'approbation, 1621, in-8°). Cf. Considérations sur le canon et serment des églises réformées, 1622, in-S". Il s'agissait de la querelle théologique entre Arminius et Gomar (Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p. 296). Les protestants tâchaient d'expliquer leurs doctrines à Louis XIII (Le Protestant françois contre les
Or cette conduite libérale de Louis XITI à l'égard des religionnaires n'a pas été seulement chez lui une attitude politique conseillée peut-être par des ministres prudents, elle a été délibérément voulue par lui. De 1617 à 1624 Louis XIII a été soumis, dans son conseil, à des influences nombreuses, diverses. Il s'est trouvé pris entre des secrétaires d'État de l'ancienne école, circonspects, prudents, et tels, comme le prince de Condé, qui eussent souhaité une politique violente contre les huguenots. Entre les deux partis, le jeune roi a gardé ses idées.
Les suivait-il sans scrupule? Plus d'une fois ses sentiments religieux ne lui reprochaient-ils pas sa bienveillance excessive à l'égard des hérétiques? Dans le secret de leurs conseils les confesseurs appelant discrètement son attention sur ses devoirs de fils aîné de l'Eglise ne parvenaient-ils pas, tout de même, à troubler cette àme, jeune encore et que le peu d'expérience, l'humilité native rendaient défiante'? Il y a des raisons de le croire. Il en est une surtout : c'est que mis en présence d'intérêts essentiels, contradictoires, dans l'impossibilité où il se trouvait de sacrifier les uns aux autres, Louis XIII a eu l'idée inattendue de les concilier, mais secrètement, par une entreprise difficile, au cours de laquelle il fut amené à user de moyens bizarres que justifiait pour lui la fin « tendante au bien ». Respecter la liberté de conscience des protestants, empêcher les rebellions dans le royaume et
faux titres qui sont imposés aux protestants de France par les ennemis de la vérité de leur religion, Paris, 1617, in-12); mais Louis XIII refusait d'entrer dans leurs discussions religieuses (de Bellemaure, le Portrait du roi, 1618, p. 75).
1. Dans ses lettres, le nonce écrit qu'il insiste auprès des confesseurs pour que ceux-ci remplissent sur ce point leurs devoirs auprès du roi.
maintenir Tordre public en assurant la fidélité de chacun au service du roi, cependant, faire œuvre agréable de Dieu, et acquérir des mérites célestes, étaient les termes du problème à résoudre. Il crut trouver la solution en sollicitant les réformés à se convertir, moyennant des témoignages immédiats de sa satisfaction, c'est-à-dire en les achetant. 11 réussit, au moins pour un temps. Cette entreprise est demeurée inconnue aux contemporains. Les ministres n'en ont rien su. Aucun écrivain du moment n'y fait allusion : ce fut « le secret du roi ! »
Le personnage auquel Louis XIII confia le soin de s'occuper de l'affaire se trouva être un de ses quatre secrétaires intimes — dits secrétaires du cabinet — Louis Tronson'. Les correspondants durent s'adresser à celui-ci, n'accepter d'indications que de lui ; Tronson transmettait les volontés du roi ; on lui envoyait les mémoires; la principale recommandation était faite à tous de garder le secret : « tiendra ledit X cette négociation la plus secrète qui se pourra, sans que les uns sachent les traités des autres qu'autant qu'ils y pourroient aider, ni qu'il en soit rien divulgué dans les pro-
1. Tronson a gardé tous les papiers de cette affaire : il a laissé le dossier à son fils qui fut supérieur de Saint-Sulpice; des archives du séminaire de Saint-Sulpice le dossier est passé à la Bibliothèque Mazarine; c'est le ms. 2127 dont nous allons nous servir pour ce qui va suivre; nous le désignerons de la forme abrégée " Maz. 2127 ». Il porte pour titre : « Divers états, mémoires, instructions, avis et procédures touchant la ruine du parti huguenot es provinces de Dauphiné, Languedoc, Cévennes, Vivarais, Haute-Guyenne et pays de Rouergue, envoyés par diverses personnes à M. Tronson... suivant l'ordre et commandement qui en avoit été donné par Sa Majesté. » Il a été écrit sur ce dossier une brève note par M. J. Roman dans le Bullet. de la Soc. de Vhist. du prot. français, 1800, p. 367-72.
vinces^ ». M. Tronson recevait les émissaires au Louvre, rédigeait ses instructions sur les avis de Louis XIII : « Le roi m'a commandé, écrivait-il, de signer la présente instruction et la bailler au dit sieur V., aujourd'hui, G" septembre. Sa Majesté étant à Saint Germainen-Laye^ » C'était Tronson qui désignait ceux dont il jugeait utile d'employer les services : « J'attends de votre volonté, monsieur, lui écrivait, avec les circonlocutions nécessaires, un correspondant nouvellement désigné dans le Rouergue, M. Desbros, à me donner ordre plus particulier pour la grande affaire dont il fut parlé la dernière fois que j'eus l'honneur de vous voir quand vous m'avez jugé digne de la communication des intelligences. Ne doutez nullement de ma discrétion et fidélité et pour l'exécution, si elle est faisable, j'y mourrai ou je la ferai ^! »
Après avoir pris connaissance des mémoires et dépêches que lui envoyaient ses correspondants, Tronson les classait, les résumait par écrit afin d'en mettre l'essentiel sous les yeux de Louis XIII, puis sollicitait l'avis du prince : « savoir ce que j'aurai à répondre*». Le roi lisait les notes et, en marge, donnait son opinion : « accordé », « approuvé » : ou bien : « y