‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 175 sur 345 · Richelieu, Méin., éd. Michaud, t. I, p · texte numérisé non relu

Richelieu, Méin., éd. Michaud, t. I, p

2. Louis XIII affirme i[ue Marie de Médicis s'est enfuie au moment où il allait aller la voir dans une lettre au duc de la Force du 24 février 1019 (Méin. du duc de la Force, éd. La Grange, t. II, p. 469); dans une autre du 26 février au duc de Bouillon (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7797, fol. 308 r") ; Cf. Pontchartrain,.l/t?m., éd. Michaud, p. 403. Sur la croyance qu'eut Marie de Médicis que le roi venait pour l'enfermer à Amboise, voir une note aux Arch. des AIT. élrang., France 772, fol. 247 r".

3. Sur ce personnage, voir L. Passerini, Gencalogia e storia délia famiglia Rucellai, Florence, 1861, in-8°; puis Girard, Hist. de la vie du duc d'Epernon, Paris, 1665, in fol., p. 299 et 300; Richelieu, Méin., t. I, p. 199, 268-9; les lettres du nonce (Benlivoglio, Lettere, t. II, p. 232, 271; t. lll, p. 455, 450, 404, 516; t. IV, p. 11); Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. III. p. 2.

4. Après la mort de Goncini, Rucellaï avait rendu des services à Luynes (Arch, des AIT. élrang., France 772, fol. 243 v").

Grand seigneur, « d'humeur altière et difficile », autoritaire, orgueilleux, et, malgré cela, très entouré d'amis dévoués, d'Epernon était un des plus puissants personnages du royaume '. Il s'était fâché avec le gouvernement parce qu'on avait donné des charges d'officiers d'infanterie sans le consulter, ce qui n'aurait pas dû se faire puisqu'il était colonel général; il avait eu une dispute avec le garde des sceaux du Vair à propos d'une question de préséance à Saint-Germain l'Auxerrois, avait chassé du Vair de l'église, et pensant être arrêté après cet esclandre, s'était sauvé à Metz, ville dont il avait le gouvernement". Rucellaï vint l'y retrouver sous un déguisement et porteur d'une lettre de Marie de Médicis.

A la demande qui lui était faite d'aider l'ancienne régente à fuir, d'Epernon hésita : il questionna ^ On lui montra copie de la lettre de Louis XIII qui autorisait sa mère à circuler dans le royaume ^ Il demanda si on aurait de l'appui, de l'argent; Marie de Médicis répondit de Blois, citant des noms, indiquant ses ressources. D'Epernon balança, puis fit dire qu'il était aux ordres de la reine et

1. Voir sur d'Epernon, Bibl. nat., ms. Dupuy 215 (fol. U9-i64) et 536; ms. fr. 20 742, fol. 64 v"; puis ce que disent du personnage Béthune à Pontchartrain, dans une lettre du 9 avril 1619 (Bihl.'nat., Cinq Cents Colbert 97 fol. 216 r°), Pontis, Mém., éd. Micliaud, p. 484.

2. Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Micliaud, p. 133; Girard, Hist. de la vie du duc d'Epernon, p. 291; Rohan, Méni., éd. Michaud, p. 522; Richelieu, Mém., même édition, t. I, p. 190.

3. Tous les auteurs contemporains sont pleins de détails sur la fuite de Blois. Nous suivrons surtout la Relation de la sortie de la reine mère de Blois (Dans Aubéry, Mémoires pour l'histoire du cardinal duc de Richelieu, Paris, 1660, in fol., t. I. p. 135 et suiv.) et le récit de Girard {Hist. de la vie du duc d'Epernon, p. 327 et suiv.), Loiseleur a tenté une narration circonstanciée (Ravaillac et ses complices, Paris, 1873, in-12, p. 110-177).

4. Nous avons le texte de la lettre par laquelle Marie de Médicis sollicite Taide de d'Epernon; elle est datée du 14 février 1619 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 79 r°); la copie de la lettre de Louis XllI autorisant sa mère à voyager librement dans le royaume est jointe [Ibid., i").

que si celle-ci voulait quitter Blois, passer la Loire, il se trouverait sur l'autre rive, avec une escorte, pour l'emmener à Angoulême, pays dont il était gouverneur. Ceci se passait à la fin de 1618. Personne, à la cour, ni autour de Marie de Médicis, ne se doutait de rien. Ne voulant pas, plus tard, incriminer la personne de la reine mère, le gouvernement accusera d'Épernon d'avoir enlevé Marie de Médicis ; l'opinion prétendra qu'il est l'auteur de la fuite de Blois : des libelles le traiteront d3 misérable ! » il sera vilipendé \ Mais Marie de Médici& protestera que c'est elle qui est allé chercher d'Épernon, qu'elle l'a prié, même « supplié »^; le duc se défendra vivement de l'accusation, disant qu'il a obéi aux ordres de la reine % et on finira par reconnaître la vérité.

D'Épernon partit de Metz le 22 janvier 1619 avec une escorte de 120 cavaliers. Il passa par Dijon, Roanne,. Vichy. A Confolens, il prévint la reine de son voyage et remontant vers Loches avertit Marie de Médicis qu'il était prêt : c'était le 21 février. Marie de Médicis, résolue à partir la nuit suivante, mit au courant de ses projets son premier écuyer, de Brennes, les deux exempts de ses

1. Vabcès de M. d'Epernon percé par un de ses amis, Paris, 1619, in-12 : Sominaiion faite à Monsieur le duc d'Epernon, Tours, 1619, in-12, p. 11;, Histoire véritable de tout ce qui s'est fait et passé depuis le premier janvier 1019, Paris, 1619, in-12, p. 18; « Remontrance à M. d'Epernon par un de ses amis ■■, Biijl. nat., ms. fr. 20 742, fol. 47 r", 64 r°.

2. Lettre de M. de Béthune à Louis XIII du 21 mars 1619 (dans Négociation avec la reine mère, p. 29).

3. La Justification de Monsieur le duc d'Epernon, Paris, 1620, in-12; La Copie d'une lettre écrite au roi par Monsieur d'Epernon, Paris, 1619, in-12; lettre de d'Épernon au cardinal de Sourdis du 25 mars 1619 (dans TVe'ûfOciation, p. 91) : d'Épernon prouvera à M. de Béthune, qu'il a été appelé, il Blois (Ibid, p. 00, lettre de Béthune au roi). Le 12 août 1620, il écrira à Marie de Médicis pour la prier de faire revenir le roi sur l'opinion qu'il a de son rôle au moment delà fuite de Blois (Bibl. nat., ms. fr 20 742, fol. 132 r").

gardes, La Masure et Mercey, sa femme de chambre italienne, Catherine, dont elle voulait se faire accompagner. Craignait-elle que le château ne fut rempli d'espions? Eut-il été si dangereux pour elle de simuler une promenade en voiture et de partir en plein jour de façon moins étrange? Elle commanda à M. de Brennes de tenir prêt son carrosse attelé fie six chevaux, le lendemain matin, à cinq heures, au bout du pont de la Loire; procéda à quelques préparatifs, rassembla ses bijoux, et, le lendemain matin, à six heures, — il faisait nuit encore — passant par une fenêtre de son appartement qui donnait sur la terrasse, vers l'ouest, elle descendait au moyen d'une échelle de corde ' : en raison des travaux de réfection du mur de soutènement du château, toujours en cours d'exécution, il y avait à cet endroit une pente douce d'éboulis de terres de 100 à 120 pieds — 30 à 40 mètres — ; Marie de Médicis s'assit pour mieux glisser. Arrivée au bas, elle gagna à pied l'autre côté de la Loire : deux individus qu'elle rencontra la voyant entre deux hommes et ne la reconnaissant pas, plaisantèrent, croyant ceux-ci en bonne fortune. Elle trouva son carrosse, monta et, sans encombre parvenait à Loches d'où M. d'Epernon qu'elle rejoignait allait la conduire à Angoulême -.

Le lendemain samedi, à cinq heures du soir, Louis XIII

1. Pour la topogmphie des lieux, voir L. de la Saussaye, i/ts<. du château de Blois, Paris, 1850, in-iS, p. 352 et Lesueur, les Fouilles du château de Blois, Caen, 1908, in-8% p. 13.

2. Aux sources citées plus haut pour !a fuite de Blois, ajouter : Pontchartrain, Mcin., éd. Michaud, p. 403; Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. Il, p. 143; la lettre du nonce à Monteleone du 25 février 1619, Bentivoglio, Lettres, 1680, in-12, p. 241 ; Fontenay-Mareuil, Méin., éd. Michaud, p. 135; Rohan, Mém., même édition, p. 514; Richelieu, surtout, qui paraît très au courant, Mém., même édition, t. I, p. 190.

qui revenait de la chasse, à Saint-Germain, avec le prince de Piémont, apprenait la nouvelle par un courrier spécial du gouverneur de Blois. Ainsi la reine mère du roi, naguère encore régente du royaume, jugeant l'Etat mal gouverné et, voulant reprendre le pouvoir, s'enfuyait, sans doute, pour faire appel à la guerre civile, et peut-être s'adresser à l'étranger. L'émotion fut vive. Louis XIII tint rapidement un premier conseil : le lendemain, à sept heures, il partait pour Paris où il allait avoir, la matinée, une importante réunion de ses -ministres '.

Des lettres arrivèrent donnant des détails : d'Épernon paraissait l'auteur responsable. Louis XIII déclara qu'il allait user de moyens rigoureux : « de sa propre bouche Sa Majesté dit vouloir aller en personne châtier Épernori ». Le 12 mars, le prince de Piémont écrivait à Marie de Médicis : « Je reconnais le roi grandement irrité contre ceux qu'il estime vouloir, sous votre nom, apporter de l'altération à votre amitié avec lui et le voir en état de courir puissamment sur eux- ». Louis XIII, dira lui-même le 28 à Lesdiguières : « Je suis résolu de donner à M. d'Epernon tout le châtiment qu'il mérite pour une action de cette nature que je ne me serois jamais persuadé qu'il eut eu la hardiesse de penser e' même d'oser entreprendre^ ».

1. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 402G, fol. 144 r" ; Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 191; Fontenay-Mareuil, Mém., p. 136; dépêche de Contarini des 23 février et 9 mars 1619, Bibl. nat., nis. ital. 1772; p. 327; 1773, p. 12. Les lettres de Bentivoglio indi(iuent bien la vive émotion qui saisit la cour. Lettres, Paris, 1680, in-12, p. 151, 243.

2. Lettre du prince de Piémont à Marie de Médicis, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 15 r".

3; Bibl. nat.. Cinq Cents Colbert 97, fol. 92 r°.

Une lettre de Marie de Médicis arriva de Loclies adressée au roi : la reine mère expliquait sa fuite : elle disait qu'elle avait craint pour sa vie, que Louis XIII était mal conseillé, ses affaires compromises; qu'elle se mettait à l'abri pour pouvoir lui parler librement; elle ajoutait qu'elle avait agi de la sorte « selon que les plus grands de votre royaume et du dehors encore m'ont, avec mille protestations, conseillée' ». Dans une lettre écrite au duc de Mayenne et rendue publique, elle répétait : « J'ai été, par l'espace d'un an tout entier, sollicitée par plaintes et prières générales dedans et dehors le royaume, de faire entendre au roi. Monsieur mon fils, le péril évident de son autorité' ». Qu'était-ce à dire? L'ancienne régente était-elle en relations avec tous les grands, avec l'Espagne? Les huguenots étaient-ils prêts à la suivre dans sa révolte? Ces questions furent agitées au conseil. Les opinions se partagèrent : les uns, Mayenne, Vendôme, Longueville, Guise, Luynes, le cardinal de Retz, se prononçaient pour une action énergique ; d'autres, Villeroy, Jeannin, Sillery, estimaient qu'il fallait agir avec prudence; Louis XIII se déclara prêt à sortir de Paris avec des troupes dans les cinq jours. Il fut décidé qu'on mènerait simultanément et les préparatifs militaires et les négociations ^ Un gros effort serait tenté : trois armées seraient mises sur pied, l'une en Cham-

1. Lettre de Marie de Médicis au roi, datée de Loches, 23 février 1619, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 3 r"; voir aussi : Copie de la lettre de la reinemère et de la réponse du roi, 1619, in-12.

2. Lettre de la reine mère envoyée à M. le duc de Mayenne le 6 de mars 1619, in-12, p. 3-4.

3. Sur ces discussions du conseil, voir une lettre du prince de Piémont du 11 mars 1619, Bibl. nat., collect. Moreau 724, fol. 201 r°el v""; Brienne, Mém., éd. Petitot, t. 1, p. 337; Ponlchartrain, j¥em., éd. Micliaud, p. 404; Bentivoplio, Lettcre, t. III, p. 218.

•pagne, l'autre en Guyenne; le roi conduirait la troisième qui marcherait vers le Poitou et la Saintong'e. On porta les effectifs des compag'nies de cavalerie à 100 maîtres, les compag'nies des gardes à 200 hommes et celles des autres réeriments à 100. Mavenne reçut Tordre de lever dans le Midi 10 000 fantassins, 2 000 chevaux; en tout, ■on aurait 30 000 hommes de pied et 6 000 cavaliers ^ Par •lettres patentes du lo mars, Louis XIII faisait expresse défense à qui que ce fut de tenter, sans commission de lui, aucun armement ni réunion de gens de guerre'; il ordonnait de bloquer Blois et de ne plus laisser sortir personne du château^; il écrivait à sa mère une lettre hautement indignée, soutenant toujours que d'Epernon l'avait enlevée, annonçant son intention d'aller la délivrer : « Je n'estimois pas, qu'il y eut homme, quel qu'il fut, disait-il, qui, en pleine paix, eut l'audace, je ne dis pas d'exécuter, mais de concevoir la résolution d'entre- ■prendre sur la liberté de la mère de son roi : je châtierai si puissamment cette injure, que le mal en tombera sur ceux qui se veulent couvrir de votre nom et qui cherchent leurs avantages dans la ruine de mon peuple et dans la diminution de mon autorité! ^ »

L'opinion se prononçait pour lui; elle déplorait la conduite de Marie de Médicis. « Vous avez si fort scandalisé le monde, écrivait-on à la reine mère, que même

1. Pontchartrain, op. et loc. cit. ; Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 137. En temps de paix l'effectif des compagnies des gardes était de 100 hommes et celui des compagnies des autres régiments de 35.

Page 1