‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 18 sur 345 · La Voix du peuple au roi, Paris, 1617, in-12, p · texte numérisé non relu

La Voix du peuple au roi, Paris, 1617, in-12, p

5. Journal d'Héroard, 12 novembre 1616 (Bibl. nat., ms. fr. 4023, fol. 334 v°). Cf. Chaulnes, Relation exacte, p. 482.

du carnaval de 1617, où Concini, se faisant porter à boire, une voix cria dans le fond : « Le roit boit ! » Et une clameur, moitié goguenarde, moitié enthousiaste, répondit : « Le roi boit! Le roi boit'! » On ne comptait plus les impertinences qu'il prodiguait à Louis XIIL Le soir du jour où le maréchal fut tué, Louis XIII les énumérait avec animation à ceux qui venaient lui faire leurs compliments. Une fois, disait-il, oii il jouait au billard avec lui, Concini n'était-il pas resté couvert? « Per Dio, Sire, avait articulé le maréchal, Votre Majesté me permettra bien de me couvrir ! » Le roi s'était tu, et, après son départ, il avait dit en colère : « Avez-vous vu comme il s'est couvert? ». Une autre fois, le maréchal, entré au Conseil des dépêches, s'était assis dans « la chaire » du roi, dirigeant la séance, commandant aux secrétaires d'État de lire leurs dépêches, donnant son avis, « menant le Conseil à la baguette » ! Une autre fois, il avait osé dire devant tout le monde, en parlant d'un acte du prince, que celui-ci « méritoit lefouet »-! Mais ce qui avait le plus blessé Louis XIII, c'était le fait de Concini se posant en protecteur et en défenseur du roi. « Il a armé à l'étranger, disait le prince au premier président du Parlement, M. de Verdun, et fait entrer dans mon royaume 3 500 Wallons ou Liégeois pour la sûreté de sa personne qu'il soudoyait à mes dépens et à ceux de mon peuple » ; et, par une lettre imprimée, « il a osé me

1. Dépôche d"0. Bon, du 7 février 1617, Bibl. nat., ms. ital. 1770,

2. L'après-midi du 24 avril, Louis XIII raconte lui-même ces détails (Chaulnes, Relalion exacte, p. 463). Voir une lettre de Malherbe à Peiresc mentionnant un fait du même genre (Malherbe, Œuvres, éd. Lalanne, t. III, p. 373).

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les offrir » équipés et entretenus quatre mois à mes frais, « lui qui a volé mes finances et baillé mes fermes à qui bon lui a semblé » ' ! Puis le jour où le roi avait demandé à la reine 2 000 écus « pour employer à des choses de peu de conséquence », et qu'on les lui avait refusés sous des prétextes quelconques, le maréchal n'était-il pas venu le trouver entouré d'une foule de seigneurs; ne lui avait-il pas dit qu'il était fâché que la reine ne lui eût pas donné cet argent, qu'une autre fois il n'avait qu'à s'adresser à lui, Concini, et qu'il lui ferait avoir ce qu'il voudrait, soit des trésoriers de l'Epargne, soit de ses propres deniers! Louis XIII avait été indigné! Ainsi, « ce particulier, étranger, qui n'avoit rien de vaillant quand il vint en France, étoit assez insolent pour se présenter devant lui, qui étoit seul, accompagné de tant de seigneurs et de noblesse, pour lui dire qu'il avoit tort de ne pas s'adresser à lui » et qu'il lui donnerait l'argent du trésor qu'il voudrait ou même celui de sa propre bourse, l'aumône^!

Et l'indignation, montait dans l'âme du jeune roi. Son entourage « le reconnaissoit en un chagrin et déplaisir extrême ». Le prince répétait : « Ce maréchal veut être

1. Bécit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 2^/ avril, p. 8-9. La lettre imprimée de Concini (Lettre écrite au roi par Monsieur le mareschal d'Ancre, Paris, J. Guerreau, 1017, in-12) produisit un très mauvais effet dans le public (Mercure françois, 1617, p. 156). L'indignation du roi frappa l'entourage (Pontchartrain, Mém., p. 383).

2. Pontchartrain, op. et loc. cit. Ce trait ne fut pas le seul de ce genre (V. Siri, Meniorie recondite, éd. de 1677, t. IV, p. 47). Concini venait de se faire donner 450 000 livres pour la perte qu'il avait subie par le pillage de sa maison de la rue de Tournon en 1616. « On dit qu'il n')' a point d'argent a l'Épargne, s'écriait Louis XIll, lorsque je veux faire donner des ordonnances de 30 francs, mais on trouve bien 430 000 livres pour le maréchal ! » (Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 222). Le roi après le 24 avril fera rapporter ce don (Arch. nat., E. 35^, fol. 348 r").

la ruine de mon royaume M » Il l'abhorrait. Un moment vint où il ne. lui fut plus possible de dissimuler. Lorsque le maréchal s'approchait du prince, celui-ci le regardait à peine et ne lui répondait pas. Une fois où Louis XIII allait à Saint-Germain, on lui donna, pour l'escorter, une compagnie de cavalerie appartenant à Concini et commandée par un de ses amis, d'Hocquincourt. Le roi entra dans une telle colère, ne parlant de rien moins « que de faire tailler cette compagnie en pièces » qu'il fallut la changer-. Son caractère s'altérait ; il devenait sombre, mélancolique. Sa santé s'en ressentit : il tomba malade et, en novembre 1616, eut une attaque de nerfs d'allure épileptiforme ! On fut inquiet. Les bons esprits ne se méprirent pas sur la cause du maP.

Il n'était pas possible à Marie de Médicis de ne pas s'apercevoir des sentiments du roi pour le maréchal : elle en était très ennuyée. Quant à Concini, s'en étant rendu compte, il haussait les épaules, ou, irrité, s'en prenait à l'entourage immédiat du prince et parlait défaire chasser quelques-uns de ceux qui avaient sa particulière confiance *. En novembre 1616, d'impatience, il quittaParis et s'en alla en Normandie.

Mais que pouvait faire un enfant de seize ans devant

1. PontcharLrain, Mém., p. 383; Bentivoglio, Lettere, 1. 1, p. 45; Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 104, dép. d'O. Bon du 8 novembre 1616.

2. Matthieu (la Conjuration de Conchine, p. 261) cite d'autres incidents analogues. Voir aussi Bentivoglio, op. et loc. cit.

3. L'anil)assadeur vénitien nous tient au courant de cette crise du roi (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 61, 83, 104, 128). L'attaque épileptiforme du prince, le 31 octobre 1016, de laquelle nous avons une description précise dans le Journal d'Arnauld d'Andilly (éd. Halphen, p. 224), est exceptionnelle dans l'histoire de la santé de Louis XIII.

4. Dépêche d'O. Bon du 29 oct. 1616 (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 81, 85, 140); Ghaulnes, Relation exacte, p. 458.

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une mère souveraine en droit de l'Etat et un usurpateur maître en fait du royaume? attendre ; et puisqu'on parlait de sa succession possible, que ses jours n'étaient pas en sûreté, dissimuler jusqu'à ce que les circonstances fussent meilleures. De parti pris, le jeune roi se décida à continuer « de faire l'enfant » '. Les vides et puériles journées que celles qu'il était obligé de vivre au Louvre, dans l'automatique exécution d'un règlement qu'on lui faisait appliquer! Le matin, après le lever et le déjeuner, une promenade aux Tuileries, la messe, la visite à la reine-mère, à la reine régnante, le dîner; puis nouvelle visite à Marie de Médicis, à Anne d'Autriche; retour aux Tuileries, l'après-midi, ou quelque part en chasse ; rentrée le soir, souper, visite encore aux reines et coucher"! Actif et ardent comme il l'était, ayant besoin de se dépenser dans des exercices violents, il montait alors à chevaP, courait à pied, jouait à la paume, aux barres; creusait, faisait des amoncellements de terre, menait charrois et tombereaux; ou bien lâchait dans le jardin des Tuileries, daims, chevreuils, marcassins, après lesquels il entraînait des chiens; s'il pleuvait, rentré au château, incapable de rien faire, il se distrayait à jouer au billard, à chanter dans des chœurs qu'il organisait, à peindre, à forger, à fourbir ses arquebuses. Pas de

1. Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 239. Cf. les propos tenus le 24 avril par Louis XIII à M. de Verdun (Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 24 avril, p. 7) et la Lettre du roi au parlement de Dijon, (s. 1.), 1617, in-12, p. 4.

2. D'après le Journal d'Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 4023, par exemple fol. 277 v). Les visites aux reines sont une formalité traditionnelle dans le protocole de la journée du roi (cf. IL La Perrière, Lettres de Catherine de Médicis, t. 11, p. 92).

3. Les indications qui vont suivre sont extraites du Journal d'Héroard pendant les six mois qui précèdent le 24 avril 1617.

visite, presque pas de lecture. Que pouvait paraître dangereuse aux maîtres du jour une vie aussi futile! Et, pour mieux donner le change, le roi se divertissait à des jeux qui pouvaient sembler n'être plus de son âge : il attelait des chiens à de petits canons et les faisait défiler dans les allées des Tuileries; costumant des garçons avec des habits de figurants de ballets, il les faisait danser au son du violon en battant du tambour; il cuisinait, servait des maçons, fouettait des mulets attelés '. « Je faisais l'enfant », disait-il ensuite. 11 réussissait. Ni Marie de Médicis, ni Concini ne se méfiaient vraiment « do cet enfant enfantissime ».

Cependant, princes, grands et seigneurs, excédés de l'insupportable domination du maréchal d'Ancre avaient, depuis plusieurs mois, quitté Paris, et, prenant les armes, rassemblé des troupes sous le commandement des ducs de Nevers et du Maine. Dans des proclamations véhémentes, ils faisaient appel à l'opinion : « Nous nous sommes associés, disaient-ils, pour le rétablissement de l'autorité du roi notre prince et souverain seigneur et la conservation de l'Etat, appelés à ce devoir par la clameur publique-. » Ils dénonçaient l'indigne état du gouvernement : « Les étrangers et leurs fauteurs se sont impatronisés et mis en possession de la personne du roi et de l'administration et absolu gouvernement du royaume qu'ils occupent injustement et exercent avec

1. Héroard, Bibl. nat,, ms. fr. 4025, fol. 285 r% 294 t", 365 r°, 370 r", .377 r". Cf. le Roi hors de page à la reine mère, p. 14, et Pontchartrain, Mém., p. 386.

2. Déclaration et protestation des princes, ducs, pairs..., 5 mars 1617, in-4". p. 20.

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une extrême tyrannie et oppression » ' ; ils disaient au roi : « Tout le pouvoir du gouvernement de votre Etat est entre les mains du maréchal d'Ancre et de ses partisans qu'il a introduits près de votre personne afin d'y faire toutes choses à ses fantaisies et être seul arbitre de la vie, des biens, honneurs et dignités de vos sujets- ». Ce qu'ils voulaient, c'était « faire ôter l'autorité publique des mains des usurpateurs, rendre au roi la dignité de sa couronne, tirer sa personne hors de leurs mains et de leurs desseins ». Ils adjuraient le peuple de se joindre à eux : « Français, s'il vous reste quelque marque de la générosité de vos aïeux, si vous êtes héritiers de la fidélité et du zèle qu'ils ont témoignés au service des rois et bien de l'Etat, si vous avez quelque sentiment des malheurs auxquels les traîtres de la ])atrie nous ont, par leurs artifices, insensiblement plongés », prenez les armes M Et, de toutes parts, on répondait. Les troupes des princes grossissaient. Ceux mêmes qui ne voulaient pas aller avec eux, les Lesdiguières, les d'Épernon, les Roquelaure, songeaient à former un tiers parti, à rassembler 40 000 hommes et à marcher sur Paris afin de mettre, eux aussi, le roi « en pleine liberté et autorité » K Après la noblesse, disait-on, le bas

1. « Association de Messieurs les princes pour le bien public » (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7797, fol. 88 r").

2. Lettre de M. le duc de Nevers au roi, du 31 janvier 1617, (s. I.), in-4", p. 5.

3. Protestation des vrais François unis pour le service du roi et la conservation de son État, (s. 1. n. d.), in-4°, p. 1. Voir le manifeste du 4 février signé de César de Vendôme, Bouillon et du Maine (Arch. des AIL étr., France 771, fol. 26 r° et suiv.). Les princes avaient pris pour cachet trois Heurs de lis avec la devise : Périclitante regno, reijis vitd, régis fumiliâ (Bibl. de l'Institut, coll. Godefroy, t. CCLXVlll).

4. Pontchartrain, Mém., p. 385; Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 286.

peuple allait se soulever : Paris s'agitait; on s'inquiétait des protestants. Le gouvernement fut très troublé. La reine demeura « perplexe et confuse » '. Concini se raidit.

Il prit des mesures. Sur ses ordres, les autorités poli cières de Paris, chevalier du guet, prévôt de la connétablie, lieutenant de robe courte, durent faire surveiller attentivement les groupes et arrêter les gens suspects. On changea les gardes des portes; plus de cinquante potences furent dressées aux carrefours afin d'intimider le public; un capitaine ayant été surpris envoyant des émissaires aux princes pour les renseigner, fut saisi, sommairement jugé et décapité en pleine cour du Louvre-. La garde du roi n'était pas sûre; Concini prétexta la formation de trois armées qu'on mettait en campagne pour la renvoyer de Paris. Il ne demeura que les Suisses, moins à craindre parce que beaucoup ne parlaient pas le français ". En revanche, le maréchal fit entrer dans Paris des fantassins italiens à sa solde *.

Mais, allant plus loin, il commanda de surveiller le roi. Il fit épier ceux qui lui parlaient. Des propos imprudents lui ayant été rapportés, il donna ordre de chasser du Louvre leurs auteurs. Il fut dit et répété qu'il était dangereux de s'approcher du roi. Louis XIII dénoncera publiquement à tout le royaume, le lendemain de la disparition du maréchal, que « c'eût été un crime capital

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