‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 192 sur 345 · Ghaulnes, Relation exacte, p · texte numérisé non relu

Ghaulnes, Relation exacte, p

2. Nous avons un certain nombre de leurs lettres et les réponses de Philippe III ou du duc de Lerme : Arch. nat., K. 1455, n° 2, 5, 578 ; 1473, n° 102; 1475, a" 20, 28; 1477, n" 119; 1478, n° 75.

3. Arch. nat., K. 1431, n° 105; 1457, n<'22; 1473, n° 23; 1476, n° 123; avec les réponses des personnages. Cf. Madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p. 17, 24. Monteleone prévenait qu'Anne d'Autriche recevait avec grand plaisir les lettres de son père et de ses frères (dépêche du 28 décembre 1017, Arch. nat., K. 1473, n" 194). Pour les envois d'argent du roi d'Espagne à sa fille, cf. Ibid., K. 1455, n° 127, 133; 1470, n° 1-32; en 1619 le roi envoie à sa fille 6 000 éeus.

puisque Sa Majesté le commandait elle écrirait au roi d'Espagne et parlerait à l'ambassadeur, mais qu'elle le suppliait de croire qu'elle n'était pas Espagnole, qu'elle était toute Française'. « Pense-t-on, disait-elle à son entourage, que, parce que je suis née en Espagne je sois Espagnole? On se trompe, je suis Française et ne veux être autre ». A Luynes elle répétait : « Il n'y a rien au monde de si conjoints que mes intérêts avec ceux du roi - ».

En décembre 1618 Louis XIII chassa les Espagnols. Ce fut toute une afTaire. Anne d'Autriche témoigna beaucoup d'affliction, puis se consola ^ Les étrangères parties, le roi avait nommé comme surintendante de la maison de la reine la femme du duc de Luynes, Marie de Rohan, et, comme dame d'atour, la sœur du favori, madame du Vernet. Il n'allait pas mieux s'en trouver''.

La duchesse de Luynes était cette future duchesse de Chevreuse, la sémillante personne qui remplira la moitié du xvii'' siècle du bruit de ses galanteries et de ses aventures. Agée de dix-huit ans, « jolie, friponne, éveillée », d'humeur fort indépendante, elle joignait une légèreté charmante à beaucoup de grâce provocante*.

1. Dépêche de Pesaro du 10 février 1623, Bibl. nat., ms. ital. 1779, p. 221.

2. Ghaulnes, Relation exacte, p. 484; lettre d'Anne d'Autriclie à Luynes du 26 juillet 1620, Arch. du château de Darapierre.

3. On peut suivre cette histoire, qui agita beaucoup la cour, dans les dépêches des ambassadeurs espagnols (Arch. nat., K. 1475, n" 94, 98, 107 a, 121, 129, 134 a, 141, 142); des ambassadeurs vénitiens (Bibl. nat,, ms. ital. 1772, p. 245, 257); du nonce (Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 568; t. m, p. 9, 59, 68, 71, 141). Nous avons V « Estât de la dépense pour le retour en Espagne des dames et damoiselles espagnoles >■ (1618, Bibl. nat., ms. fr. 15 597, fol. 270 et suiv.).

4. iMadame de Luynes fut ■< chef du conseil, surintendante de la maison et finances d'Anne d'Autriche. » Bibl. nat., nouv. acq. fr. 9175, fol. 432 r°. Madame du Vernet, que l'on confond souvent avec mademoiselle de Verneuil, se nommait Antoinette de Luynes.

5. Sur la duchesse de Luynes, voir, avec le livre de V. Cousin,

Après avoir éprouvé une vive contrariété de cette nomination, à cause du duc de Luynes qu'elle détestait, en raison de la place excessive qu'il tenait dans le cœur du roi, Anne d'Autriche avait fini par accepter la nouvelle surintendante'. Celle-ci s'était d'ailleurs chargé de gagner sa cause. Du même âge que la souveraine, vive, impétueuse, pleine de gaîté, elle amusait la reine. Elle se montrait prévenante pour le couple royal, l'invitait à dîner. Anne d'Autriche se prit de sympathie pour elle, puis d'amitié : leur intimité grandit. Lorsqu'en décembre 1620 la duchesse de Luynes mettra au monde un fils, la reine la veillera -.

Richelieu accuse les Luynes d'avoir abusé du pouvoir qu'ils exercèrent, chacun de leur côté, sur le ménage royal pour tenir les époux éloignés l'un de l'autre afin de demeurer les maîtres. Madame de Motteville écrit que « le malheur d'Anne d'Autriche étant de n'avoir pas été assez aimée du roi son mari, elle avait été forcée d'amuser son cœur ailleurs, en le donnant à des dames qui en avoient fait un mauvais usage et qui, au lieu de la convier à rechercher les occasions de plaire au roi, l'en éloignèrent autant qu'il leur fut possible afin de la posséder davantage » ^

Madame de Chevreuse, 1876, in-12 : Bibl. nat., nouv. acq. fr. 4334; Tallemant. Historiettes, éd. P. Paris, t. I, p. 400; les dépèches de PriuU de 1621, Bibl, nat., ras. ital. 1776, p. 22, 237.

1. Herbert de Gherbury, Mém., trad. Bâillon, p. 165; madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p. 17.

2. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 19 v°, 455 r°. En 1619 Anne d'Autriche fait donner à madame de Luynes de larges gratifications, Arch. nat., E. 78s fol. 108 r"; dépèche de Priuii du 29 décembre 1620, Bibl. nat., ms. ital. 1775, p. 194.

3. Richelieu, Mém., t. I, p. 210; madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p. 21.

Les Luynes, au contraire, coiniiiençèrent par employer leur influence à servir d'intermédiaire entre les deux époux. Revenant un peu de ses préventions contre le duc, au moins extérieurement, car au fond, elle ne lui pardonna jamais, Anne consentit à faire meilleur mine à celui-ci. Elle se servit de lui pour communiquer avec le roi; elle lui demandait des conseils. Tout heureux, le favori lui écrivait, la mettant au courant de ce qui se passait auprès du prince. Ce fut un échange de hons procédés *.

Mais, rieuse, légère, madame de Luynes, n'avait aucune consistance : « Jamais personne n'a moins fait d'attention sur les périls et jamais femme n'a eu plus de mépris pour les scrupules et pour les devoirs, » a dit quelqu'un qui l'a bien connue -. Elle se montrait inconsidérée. Très sévère pour elle, Richelieu dit qu'elle était « la honte du roi, la perte de la reine dont le Lon naturel était forcé par son mauvais exemple » ^ Madame du Vernet, la dame d'atour, n'était pas plus sérieuse : on l'accusera plus tard d'avoir été d'intelligence avec Buckingham et d'avoir facilité les entrevues du gentilhomme anglais avec la reine *. A côté de ces da.mes en étaient d'autres, aussi peu pondérées, achevant le cercle intime d'Anne d'Autriche : Mlle de Verneuil, sœur naturelle du roi; surtout la princesse de Conti, per-

1. Par exemple, lettres d'Anne d'Autriche à Luynee des 11 juillet et 28 sept. 1620, Arch. du château de Dampierre.

2. Ketz, Mém., éd. Feillet, t. II, p. 186. « La femme de Luynes qui est un esprit écervelé qui n'a que dix ans... » (Seconde partie et réponse à « la Chronique des favoris », 1622, in-12, p. 22).

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