‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 21 sur 345 · Cité par Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p · texte numérisé non relu

Cité par Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p

« La violence de leurs tyranniques déportements est montée à tel excès, proclamaient les princes, que leurs artifices ne peuvent plus empêcher que la voix et la doléance publique, ne frappent l'oreille de Votre Majesté, et n'émeuvent vivement votre compassion '. » Et le duc de Bouillon, dans une lettre rendue publique, « supplioit le prince d'appliquer aux plaies du royaume les remèdes que toute la France attendoit avec soupirs de sa main salutaire » -. « Le remède est en vos mains et en votre puissance, appuyaient les seigneurs en armes; si vous n'en usez, le mal se rendra incurable; il n'est que de votre seule parole^ ». « Ne ressentez-vous point cette vigueur qui anime vos semblables d'un élan au delà du commun, cet aiguillon d'honneur et cette pointe de courage qui pique leur cœur? Votre pauvre peuple à genoux, les yeux pleins de larmes, n'a, ni veut avoir recours qu'à Votre Majesté M » Et, par une démarche solennelle, les Etats de Guyenne assemblés disaient à Louis XIII : « La France ne peut supporter, ni demeurer muette parmi une si horrible calamité. » Nous venons, « en vous parlant librement, dire à Votre Majesté que puisqu'elle a l'âge et le cœur d'acquérir des royaumes en faisant le roi, elle doit sauver celui-ci de la domination de ces étrangers » ^ La France en appelait au roi! Le roi répondit.

1. « Lettre des princes au roi », Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 77 r°.

2. Lettre de Monsieur le duc de Bouillon au roi, (s. 1.), 1617, in-4", p. 6.

3. Remonstrance présentée au roi par les princes, ducs, pairs, anciens ojjîciers de la couronne, (s. 1.), 1617, in-4°, p. 2.

4. Protestation des princes, ducs, pairs et autres vrais François, (s. 1. n. d.), in-4°, p. 4; Déclaration et protestation des princes, 1617, in-4», p. 19.

5. Lettre de l'assemblée des États de Guyenne tenue en la ville d'Agen, (s. 1. n. d.), in-4", p. 2. Cf. la Restauration de l'État, (s. 1.), 1617, in-12.

Avec le sentiment élevé de sa dignité et la jalousie excessive qu'il avait de son pouvoir royal, il n'était pas possible que l^ouis XIII n'en arrivât pas à considérer comme nécessaire de revendiquer pour lui la direction de l'État et de chasser ceux qui gouvernaient odieusement le royaume en son nom. Anne d'Autriche confiait plus tard à madame de Motteville que, « depuis sa majorité, le prince avoit témoigné en nombreuses occasions, — devant elle, — le dessein qu'il avoit de prendre connoissance des affaires » '. Mais que pouvait-il faire? Il essaya de hasarder auprès de sa mère des plaintes directes au sujet du maréchal d'Ancre : il fut mal reçu. De quoi s'occupait-il? A de nouvelles tentatives, l'accueil fut si emporté qu'il renonça à les renouveler. « Je ne peux rien dire à ma mère, avouait-il, parce qu'elle se met en colère ^ » Peu à peu, l'idée de réclamer le pouvoir envahit son esprit. 11 verra ensuite dans cette pensée pressante une inspiration divine ^ A mesure, l'idée se transforma en décision, puis « en une résolution inébranlable ». C'est Louis XIII qui a eu l'initiative du « coup d'Etat » ''.

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