‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 225 sur 345 · Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p · texte numérisé non relu

Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p

3. Tallemant des Réaux, rapportant le fait, n'ose pas l'affirmer {Historiettes, éd. P . Paris, t. I, p. 398). Riciielieu affirme avec assurance {Mém., éd. Michaud, t. I, p. 74). Nous n'avons pas trouvé le moindre commencement de preuve de cette allégation.

4. Par lettres de commission du 27 septembre 1617, Louis XIII chargea les officiers de l'ordre de Saint-Michel, MM. de Liancourt et Claude de Harville, d'examiner les papiers et les titres de famille de Luynes. Nous avons l'analyse des documents produits (Bibl. nat., Cabinet des titres, Doss. bleus, 8; Bibl. de l'Arsenal, ms. 5260; Bibl. d'Avignon, ms. 1786; Bibl. de Carpentras, ms. 1847, fol. 26 r", 187 r"). Les officiers conclurent à l'authenticité des filiations par acte du 25 novembre 1618 (Bibl. nat., Doss. bleus 8, fol. 116 r").

capitaine au régiment de Sarlabous, s'était battu vaillamment à Moncontour, avait été fait chevalier de Saint-Michel, colonel des bandes françaises en Languedoc, maître de l'artillerie, conseiller et chambellan du duc d'Anjou, gouverneur de diverses places ; le grandpère, non moins brave soldat, capitaine d'une compagnie de gens de pied, avait été tué en combattant à Cérisoles; le premier avait épousé la petite-fille d'un Villeneuve- Trans, le second une Ségur; ils étaient alliés à des d'Angennes, des Montmorency, des Pontevez, des Saluées ^ Leur petite gentilhommière de Mornas, dans le Comtat-Venaissin, pouvait être fruste d'apparence, car ils n'avaient pas grande fortune, mais le sang était bon -. De Charles d'Albert de Luynes, la carrière, jusquelà, avait été celle d'un courtisan quelconque : page du roi, gentilhomme de la chambre, en 1615, à trente-sept ans; grand fauconnier de France en 1616 3; il ne s'imposait peut-être pas pour une prépondérance exceptionnelle à la cour : c'est l'affection du roi qui a causé sa grandeur; cette affection a été extraordinaire.

Louis XIII, dont la conduite morale a été irrépro-

1. Renseignements fournis par les documents que nous venons d'indiquer. Une série de textes originaux, lettres, quittances, conservés à la Bibliothèque nationale (Cabinet des titres. Pièces orig. 21) et aux Archives du château de Dampierre (lettres de Catherine de Médicis de 1569 et 1574, du duc d'Alençon de 1582, 1583, d'Henri IV de 1588, 1590) conflrment les renseignements en question.

2. C. Bernard, Hist. de Louis XIII, 1646, t. I, p. 300 et Bibl. nat., ms. Dupuy 662, fol. 36 r°.

3. iîibl. nat., Cabinet des titres, Doss. bleus 8, fol. 57 r°. Son père vint le conduire à la cour, pour être page, en 1592 (Luynes avait treize ans) et mourut à Melun en revenant. Son testament est du 6 février 1592 fol. 112 v"j. 11 avait quatre garçons et quatre ûUes. L'aîné, François, mourut jeune; le futur connétable était le second (le P. Anselme, Hist. généalogique, t. IV, p. 266).

chable, semble avoir compensé les passions dont il se privait par des amitiés masculines vives. Tallemant des Réaux énumère complaisamment parmi ceux que le roi a distingués un cocher, un valet de chiens, Montpouillan, Luynes, d'Esplan, Nogent, Bautru*. L'amitié du prince pour Baradas, en 1625, fut extrême. Louis XIII avouait à sa mère « qu'il n'avoit jamais aimé M. de Luynes, approchant de cela »-. Après, vint Toiras et d'autres. On sait ce qu'a été Cinq-Mars. Louis XIII a eu en lui la racine d'une tendance qui, se développant d'une certaine manière, devient morbide et, dépassant certaines bornes, coupable. Ni ses confesseurs, ni le cardinal de Richelieu, ni sa famille ou ses entours n'ont soupçonné dans ces amitiés le moindre danger de scandale. Leur point de départ n'en était pas moins un instinct déformé, pour ne pas dire perverti. C'est à un sentiment de cette nature qu appartient la passion qu'a éprouvée Louis XIII pour M. de Luynes ^

11 l'avait connu étant petit et l'avait toujours trouvé près de lui tendre et dévoué. A dix ans, il l'appelait en rêvante Luynes et ses deux frères, — Charles avait fait venir près de lui ses deux cadets, Cadenet et Brante, — étaient « tous trois beaux garçons », très élégants'.

1. Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. Il, p. 235. Déageant cite un page de la petite écurie (Mém., éd. de 1668, p. 146).

2. Lettre de AI. de Breval au duc de Lorraine du 12 avril 1025 (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 3145, fol. 233 r°).

3. Tallemant insinue contre Louis XllI des accusations précises (t. II, p. 242, 232). Elles ne sont confirmées par aucun contemporain. Il les tenait de sa cousine de Rambouillet, qui, dit-il lui-même (t. II, p. 504, .503), ne pouvait souffrir le roi.

4. Journal d'Héroard, éd. Soulié et Barthélémy, t. Il, p. 91.

5. Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t, I, p. 399; Pasquil de la cour, dans E. Fournier, Variétés hist. et Utt., t. III, p. 269.

Malgré un nez disgracieux, que Malherbe appelait « un nez de barbet »*, Je futur connétable avait une mine charmante : front haut et dégagé, yeux ouverts, bouche aimable, souriant facilement, moustache relevée et barbiche en pointe, figure pleine; il était séduisant. Tout le monde le trouvait courtois et afîable, accueillant, plein d'amabilités"-. « Il avoit un visage qui lui aidoit beaucoup à la première rencontre à gagner la bonne grâce de chacun, parlant, en manière de dire, avant sa voix, car il avoit je ne sais quoi de douceur agréable ^ ». Respectueux à l'égard du roi, déférent pour les grands, « une nature suave », avouait le nonce ^, il était bon, constamment disposé à rendre service et toujours très doux^ Cette douceur a plu infiniment à Louis XIII; elle faisait de Luynes un homme opposé à toute espèce de violence; on l'avait vu lors de la préparation de la chute de Concini, on le verra dans la suite; il ne demandait qu'à être bien avec chacun, à être dévoué; il avait des démonstrations affectueuses pour tous et ses

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