‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 233 sur 345 · Bibl. nat., ms. Glairambault 376, par exemple, pour · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. Glairambault 376, par exemple, pour

2. Il ne fut même pas nommé membre du Conseil immédiatement après la disparilion de Concini. A l'instigation de Déageant, il chercha à se faire renseigner sur ce qui s'y décidait par quelque secrétaire d'État et pria Brienne de lui écrire ■< un journal de ce qui seroit résolu et arrêté dans le Conseil, afin de le lui remettre entre les mains >>. Brienne refusa (Brienne, Mém., éd. Petitot, t. I, p. 330). Luynes s'adressa à des créatures plus dociles. Déageant faisait par elles soutenir les résolutions qu'il désirait voir prendre. Le cardinal de Retz, au dire de Rohan, se serait fait ainsi « le commis de Déageant » (Rohan. Mém., éd. Michaud, p. 514) : « Luynes faisoit proposer dans le Conseil par ses affidés » (Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p. 237). En octobre 1617, Luynes n'a pour titres officiels que ceux de « grand fauconnier de France et premier des geiitilshommes ordinaires de S. M. » (arrêt du Conseil du 24 octobre 1617 le concernant, Bibl. nat., ms. fr. 18192, fol. 21 r").

qui a du bon sens, arrive à lui manifester son mécontentement *. Une fois même, irrité, il s'échappera à lui dire : « Taisez-vous, vous ne savez ce que vous dites'! » On décide sans Luynes, à son insu. Il l'avouera un jour au prince de Piémont, beau-frère de Louis XIII, lorsque celui-ci s'imaginant, comme tout le monde, que le favori est le maître, lui reprochera de n'avoir pas obtenu du gouvernement du roi, pour lui, une série d'avantages politiques et personnels qu'il sollicitait. Luynes lui répondra qu'il ignore une partie des décisions dont il s'agit et ajoutera qu'il n'a pas l'autorité qu'on croit parce que le Conseil prend des résolutions auxquelles il lui est impossible de s'opposer*. Il le fera même publier, afin de dégager sa responsabilité à l'égard des reproches dont on l'accable. L'idée que M. de Luynes est le maître, fera-t-il dire, « a pénétré si avant dans le corps de l'État que beaucoup de grands de ce royaume se sont laissés aller à cette vaine créance jusques à se persuader que lui seul est cause mouvante des ressorts du Conseil et empêche le roi d'agir avec les officiers de l'État et de sa couronne » *. Il n'en est pas ainsi. M. de

1. Arnauld d'Andilly, Journal, 1621, éd. Halphen, 1891, p. 11.

2. Dépêche de Tambassadeur d'Angleterre Herbert de Cherbury à Naunton, du 15 février 1620, dans Méin. du même, trad. Bâillon, p. 188. Au cours d'une lettre à M. de la Force, Luynes parle des reproches que le roi lui fait (lettre publiée par E. Barthélémy dans le Bull, de la Soc. des sciences de Pau, 1879-1880, 2« série, t. VIII, p. 71).

3. Dépêche de Contarini du 30 avril 1619, Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 112.

4. Requête présentée au roi par Monsieur de Luynes, Tours, 1619, in-12. p. 4. Luynes écrivait au duc de Rohan : « Si ma faveur étoit telle qu'elle pût rompre les desseins du roi et prévenir ses entreprises, certes, je vous assurerais hardiment de ce que vous requérez avec tant d'instance ». Lettre à M. de Rohan du 20 mai 1621, dans Lettre de Monsieur le duc de Rohan à Monsieur d'Orillac, ensemble la réponse dudit sieur d'Orillac, s. 1., 1621, in-12, p. 12.

Luynes sait l'importance des ministres*. Quand il leur écrit, il est plein de déférence pour eux : « Je vous supplie de baiser les mains de ma part à Messieurs les chancelier et garde des sceaux, président Jeannin et autres, que je suis leur serviteur, et le vôtre, très humble -. » Il cherche à leur faire plaisir en approuvant, après coup, leurs décisions, ce qui doit, sans doute leur être indifTérent. Aussi les ministres ne se gênent-ils pas à certaines heures avec lui : ils résistent aux désirs que pourra avoir Luynes : le garde des sceaux du Vair s'élèvera avec véhémence contre un don de 200 000 livres qui est sollicité pour Madame de Luynes et de 100 000 livres pour Cadenet : Luynes n'osera rien répondre \

Mais, cependant, M. de Luynes est l'ami et le confident intime du souverain, lequel, en dernière analyse, décide et peut chasser un ministre d'un signe. M. de Luynes a l'oreille du roi ; il est en mesure de persuader à la longue le prince de prendre telle décision. Il est certain que Louis XIII n'a pas de secrets pour son « grand ami », qu'il lui confie « toutes choses », lui lit sa correspondance, l'écoute \ Lorsqu'on veut faire au

1. Il dit : ■< ces Messieurs » en parlant d'eux. Bassompierre, Journal de ma vie, éd. Chantérac, t. II, p. 135.

2. Lettre de Luynes à Pontchartrain du 25 février 1620 (Bibl. nat., ms. Clairarabault 377, fol. 147 r").

3. Dépèche de l'ambassadeur vénitien de mai 1617 (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 151; 1776, p. 40); Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. Il, p. 509.

4. On disait que « Luynes era di grande auttorita, che poteva assai appresso il re, ch' era suo grande amico » (dépêche de G. Priuli du 10 décembre 1620, Bibl. nat., ms. ital. 1775, p. 154). M. de Béthune disait à Marie de Médicis que Luynes était « la personne la plus confidente auprès du roi >> (lettre de Béthune à Luynes du 21 mars 1619, Bibl. nat.. Cinq Cents Colbert 97, fol. 98 v"). « M. de Luynes, à qui S. M. confie toutes choses » (lettre de Pontchartrain à Béthune de mars 1619, Jbid., fol. 59 r°). ■< Quant à vous. Monseigneur, que chacun sait avoir la

roi seul quelque communication importante, c'est à M. de Luynes qu'on s'adresse : « J'ai communiqué au roi seul », écrit Luynes à M. de Béthune, « ce que vous m'avez mandé dans la confiance et le secret'. » On se sert naturellement de son intermédiaire pour solliciter des grâces, pour transmettre au roi directement quelque information, pour le prier de défendre quelque personnag-e menacé-. Si les grandes affaires sont toutes traitées au Conseil, de petites, des faveurs, se solutionnent par l'office du favori ^ Et alors les ministres, malgré tout, sont obligés de ménager M. de Luynes, à l'occasion, même, se servent de lui pour suggérer une idée au roi ou le pressentir*. Les ambassadeurs du roi à l'étranger et autres grands personnages lui écrivent pour se ménager sa bienveillance; il leur répond \ Ne dit-on pas qu'il a eu grande part à l'entrée au Conseil des cardinaux de Retz et de Gondi"? C'est cette situafion trouble, contradictoire, qui a rendu si incertain le véritable rôle de M. de Luynes.

plus secrète communication de ses pensées (du roi)... » (lettre de Malherbe à Luynes, dans Œuvres, éd. Lalanne, t. I, p. 395). « Luynes, qui sait les secrets de mon cœur... » (lettre de Louis XIII à Condé, Mercure français, 1619, p. 334).

1. Négociation commencée avec la reine mère Marie de Médicis, p. 179.

2. Lettre de M. d'Estrades à Pontchartrain de 1620 (Bibl. nat., ms. Clairambault 377, fol. 265 r"); lettres du nonce des 19 décembre 1617, 2 février 1618 (Bentivoglio, Lettere, 1865, t. II, p. 117, 228); lettre de Luynes au duc de Bouillon du 24 septembre 162i (Bibl. de Carpentras, ms. 1800, fol. 78).

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