‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 236 sur 345 · Dépèche de Contarini du 30 avril 1619 {Ibid., p · texte numérisé non relu

Dépèche de Contarini du 30 avril 1619 {Ibid., p

tant de même cette influence, et se heurtant au même aveu d'impuissance, reprend vivement que Luynes devrait tâcher de mettre la main sur le gouvernement, de prendre la direction du Conseil et de dominer les ministres, au lieu de les laisser être les maîtres. Mais Luynes hoche la tète et dit que c'est impossible*. Lorsqu'il a eu une idée sur un point et que le Conseil a statué autrement, Luynes sauve la face en déclarant que le roi en a décidé ainsi : « 11 en sait plus que nous », ajoute-t-il médiocrement, ce ne le contredisons donc point- ». Cette même médiocrité se retrouve dans une scène extraordinaire que raconte l'ambassadeur Priuli, venu l'entretenir d'une ligue qui s'est faite en Italie entre les Grisons et le gouverneur espagnol de Milan, ligue qu'il faut à tout prix empêcher : « A dire le vrai*», répond de Luynes, « je ne sais pas un mot de l'histoire de cette ligue. » Evidemment, il faut l'empêcher. « Je veux en parler au roi et à mes amis ; laissez-moi un peu arranger cette affaire à moi tout seul et, de grâce, n'en parlez à personne ». Priuli ajoute en souriant que Puisieux est très au courant et qu'il a même en main toutes les conditions de la ligue ^ Nous allons constater cette insuffisance dans chacune des grandes affaires du moment.

1. Dépêche du 24 juin 1619 {Ibid., p. 185-186). « Queste speranze che si hanno in Luynes siano fallaci molto » ! conclut Contarini {Ibid., p. 109).

2. Lettre de Luynes à M. de la Force du 27 décembre 1620 (publiée par E. de Barthélémy dans le Bull, de la Soc. des sciences de Pau, 1879, 2" série, t. VIII, p. 71).

3. Dépêche de Priuli du 4 mars 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1776, p. 15) : « Quanto al negotio di leaa », répond Luynes, « io, per dir il vero, non ne so cosa alcuna...; ne vogiio parlar al re e alli miei amici; lascino un poco maneggiar questo negotio a me solo et di gratia non ne parlino con alcun altro. »

On a beaucoup reproché à Luynes l'attitude prise par le gouvernement de Louis XIII lors de la crise allemande de l'élection à l'empire de Ferdinand II, prince de cette puissante m'aison d'Autriche contre laquelle, depuis plus d'un siècle, la France luttait afin de contenir ses menaçantes ambitions d'hégémonie. L'élection de Ferdinand II était contestée : la Bohême et la Hongrie s'étaient soulevées contre lui; les protestants de l'Allemagne du Nord s'étant unis contre le nouvel empereur, Frédéric, palatin du Rhin, avait été élu roi de Bohême à la place de Ferdinand II : Ferdinand II faisait appel à la France ^ On en veut à Luynes de n'avoir pas profité de cette circonstance pour abattre définitivement la maison d'Autriche et d'avoir sauvé celle-ci pour des raisons de « cause catholique », indépendante des intérêts concrets de l'Etat. Nous avons la délibération du Conseil sur la réponse qu'il y avait à faire à l'ambassadeur de l'empereur, le comte de Fiirstenberg, venu demander aide d'hommes et d'argent, en raison, disait-il, des dangers que courait la religion catholique en Allemagne-. Le Conseil reconnaissait qu'il n'était pas possible de soutenir la maison d'Autriche. L'ambassadeur impérial avait certainement exagéré les dangers de la religion catholique. Il était contraire à l'intérêt de la

1. Nous rappelons sur ces faits les ouvrages de F. Hûrter : Geschichte Kaiser Ferdinands II und seiner Eltern, Schaffouse, 1850, 5 vol. in-S"; A. Gindely, Geschichte des Bôhmischen Aufslandes, Prague, 1869, in-S"; \V. Schreiber, Maximilian I der Katholische und der dreissigjuhrige Krieg, Munich, 1868, in-8°; E. Charvériat, Hist. de la guerre de Trente ans, Paris, 1878, 2 vol. in-8".

2. Voir de longs détails et les documents sur la mission du comte de Fiirstenberg dans le Mercure français, 1619, p. 341 et suiv. — La délibération du Conseil est donnée par une très précise dépêche de Gontarini du 24 décembre 1619 (Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 346 et suiv.).

France d'aider Ferdinand II : lui envoyer peu de troupes serait l'appuyer d'un secours inefficace, par suite inutile, et en envoyer beaucoup serait imposer au royaume une charge accablante. Au surplus, le palatin était un ami, les confédérés protestants des alliés; on ne pouvait marcher contre eux ^ D'autre part, se désintéresser de ce qui se passait en Allemagne n'était ni digne ni politique; le Conseil concluait que le mieux était que le roi de France offrît sa médiation, obtint une suspension d'armes, afin d'éviter que les choses n'empirassent, et cherchât à faire accepter des deux partis une solution qui réalisât « le plus juste équilibre ». C'était assez sage^. En tous cas, que cette politique ait été bonne ou inhabile, M. de Luynes n'a été pour rien dans la décision. Au Conseil où elle se délibéra, Gondé, Jeannin et Schomberg prirent seuls la parole^; ce fut Puisieuxqui acheva, rédigea la réponse et la transmit au comte de FiJrstenberg*. La veille de la délibération, l'ambassadeur d'Es-

i. Le Palatin avait fait dire qu'il demandait ù la France simplement sa neutralité (sa lettre à Louis XIII du 20 octobre 1619, dans Villeroy, Mémoires d'État, 1723, t. V, p. 238; cf., p. 242 et 243).

2. Le roi envoya effectivement une ambassade en Allemagne pour exécuter la décision prise « et essayer, écrivait Puisieux à M. de Césy, ambassadeur à Constantinople, le 3 mars 1020 (Bibl. nat., ms. fr. 16156, fol. 41 T°), par ses bons offices et sérieuses exliortations de les composer (les affaires) et empêcher le mal de croître davantage ». Toutes les lettres de Puisieux à cette date témoignent de ce désir du gouvernement «d'apaiser les dits troubles... d'accommoder ces différends... de faciliter un bon accord en Allemagne. » {Ibid., fol. 27 r°, 33 v°, 35 r°. Cf. Instructions données à MM. le duc d'AngouLéine, de Bélhune et de Préaux, ambassadeurs extraordinaires pour Sa Majesté vers l'empereur, princes et potentats d'Allemagne, datées de Fontainebleau, le S avril 1620, dans Villeroy, Mém., t. V, p. 257-283).

3. Cf. la dépêche de Contarini du 24 décembre 1619, que nous venons de citer, et le mémoire de Jeannin sur l'affaire dans Négociations du président Jeannin, éd. Michaud, p. 688.

4. Sur cette réponse, voir les dépêches de l'ambassadeur d'Espagne, F. Giron, du 25 décembre 1619 (Arch. nat., K 1476, n" 180), du 11 janvier 1620 {Ibid., 1477, n° 2). Dans les lettres de Puisieux dont nous

pagne, Fernando Giron, étant venu causer de l'affaire avec Luynes, mandait au roi son maître que celui-ci n'avait rien su lui dire et avait parlé d'autre chose '. Mais, après la délibération, M. de Luynes alla rendre visite au comte de Fiirstenberg, et là, conversant étourdiment, lui répéta ce qu'il avait entendu dire au Conseil, seulement avec des déformations et des contradictions, assurant l'ambassadeur que le roi désirait vivement la prospérité de l'empereur, qu'en ce moment il ne pouvait lui porter secours en raison des menaces de guerre des huguenots; qu'au surplus, il était impossible que l'empereur reprît la Bohême et la Hongrie, etc. L'ambassadeur se borna à répondre froidement qu'il avait déjà reçu la réponse officielle et qu'il l'avait transmise à son souverain-.

Ce n'est pas Luynes qui a découvert l'importance de l'affaire de la Valteline*. Depuis longtemps, et bien avant lui, il en était question. Les diverses éventualités auxquelles donnerait lieu la mainmise par les Espagnols, déjà maîtres du Milanais, sur la haute vallée de l'Adda, avaient été longuement agitées. Tout le monde savait que ce passage était « le chemin d'Italie en Allemagne pour une armée* », susceptible d'être conduite ainsi de Milan à Vienne en dix jours. Il n'était un secret pour personne que les Allemands, se joignant ensuite aux

venons de parler et où il eet rendu compte aux ambassadeurs du roi à l'étranger de l'affaire, le nom de M. de Luynes n'est pas une seule fois prononcé.

1. Dépèche de F. Giron du 23 décembre 1619 (76/d., 1476, n° 171).

2. Dépèche de Gontarini du 24 décembre 1619 (Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 354).

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