Richelieu, Mém., t. I, p
3. Voir leurs titres dans le Catalogue de l'hist. de France de la Bibl. nat., t. 1, p. 513 et suiv.
4. Pontchartrain, Méin., éd. Michaud, p. 398, 400, 404, 412; Rohaii, Mém., éd. Michaud, p. 516; Arnauld d'Andilly, Journal de 1620, éd. Halphen, 1898, p. 13.
3. On attribue ce mot à Bassompierre; en réalité, il a couru le public à ce moment (S. Dupleix, Hist. de Louis le Juste, 1643, in-fol., p. 108).
6. Dépêche de Contarini du 9 mars 1619, dans Alberi, Relazione degli Stati Europei, série II, France II, Venise, 1859, p. 123.
7. Le Mercure et fidèle messager de la cour au roi, 1622, in-12, p. 13.
plus aucune mesure'. En vain le gouvernement cherchait-il à poursuivre les auteurs des « libelles diffamatoires ». Luynes lâchait de faire répondre par des libelles qui parurent maladroits'. Son nom était abhorré. Un dernier événement allait l'achever : l'échec du siège de Montauban de 1622.
Cet échec devant Montauban a paru aux contemporains considérable. Bien d'autres insuccès de ce genre, beaucoup plus graves, se sont produits sans avoir eu dans l'histoire un pareil éclat. C'est la passion contre Luynes qui lui a donné ce retentissement. Les conséquences en ont été insignifiantes. Comme dans les importantes affaires du temps, par surcroît, la responsabilité de Luynes se trouve avoir été moindre que celle que l'on a cru.
Bien qu'à titre de connétable il eût dû avoir la haute main sur la direction des affaires militaires, ce ne fut pas lui qui décida le siégea Le siège, vers lequel
« Discours au roi » (Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 107 r»); Seconde remontrance faite à Sa Majesté sur les affaires importantes du royaume, 1620, in-i2; « Requête au roi » (Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 121 r").
1. Par exemple, la Sibille franroise parlant au roi, in-12, un des libelles les plus incisifs et les plus hardis. Geley (Fancan, p. 31) l'attribue à Chanteloube; il attribue à Fancan les Méditations de l'hermite Valérien (p. 82) et VOmbre de Monseigneur le duc de Mayenne (p. 100). Voir aussi la Remontrance au roi, importante pour son Estât, 1620, in-12.
2. Réponse à l'avis intitulé : « Avis au roi sur le rétablissement de la charge de connétable, » in-12; Remontrance aux malcontens, in-i2; Plaidoyé pour M. de Luynes, in-12; le Réveil de maître Guillaume, in-12, etc. Nous signalerons particulièrement une Lettre de la ville de Tours à celle de Paris, s. 1., 1620, in-12. écrite avec une verve et un naturel curieux, rappelant presque le style de Molière.
3. Sur le siège de Montauban, consulter une « Histoire du siège » (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7198); un « Tableau du siège » (Ibid., ms. fr. 18756); VHist. particulière des plus mémorables choses qui se sont passées au siège, 1621, in-12, par un Montalbanais protestant, témoin oculaire;
d'ailleurs on allait inévitablement après la prise des villes de Saintonge et de Guyenne, fut longuement discuté dans un grand conseil tenu à Agen, au milieu d'août. Toutes les raisons pour et contre furent examinées'; ce qui devait arriver fut prévu; on savait que l'automne pouvait amener des maladies contagieuses ; que le Tarn pouvait déborder; que le terrain, argileux et gras, s'il se produisait des pluies , devenant boueux , rendrait tout travail impossible; les fortifications étaient fortes, les défenseurs prêts à résister, le duc de Rohan en mesure d'amener du secours ^ Mais, en définitive, tout avait réussi jusque là; le Tarn, à supposer qu'il débordât, ne débordant qu'en fin d'octobre, on avait deux mois et demi devant soi pour réduire la place. Rohan serait tenu écarté au moyen de la cavalerie. Les préparatifs étaient faits, les canons rendus, l'armée pleine d'entrain après les victoires, il n'était que d'aller vigoureusement! La discussion fut vive au Conseil; la majorité semblait indécise : Louis XIII décida l'attaque. Le siège de Montauban n'a donc pas été une fantaisie de M. de Luynes. Au début, tout le monde, même les adversaires du connétable, étaient confiants ^ Lorsque les difficultés
et, comme exposé récent, Délavai, les Anciennes fortifications de Montauban et le siège de 1621, dans le Bull, archéol. et hist. de la Soc. archéol. de Tarn-et-Garonne, 1904.
1. Voir C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 258, 269; Mercure français, 1621, p. 817; de Frauville, le Fidèle historien des affaires de France, Paris, 1623, in-12, p. 236.
2. Nous résumons les indications fournies par les sources que nous venons d'indiquer. Les plaies étaientpossibles, mais elles n'étaient pas certaines. Les automnes ne sont pas nécessairement pluvieux dans la région.
3. Lettre de Luynes à Gondé, du 7 août 1621, dans le duc d'Aumale, Hist. des princes de Coudé, t. 111, p. 497; lettre de Marillac à Richelieu, du 24 août 1621 (.\rch. des Affaires étrangères, France 773, fol. 36 yo, 60 r"). Le roi d'Espagne envoyait un gentilhomme féliciter Luynes de ses succès (Arch. nat., K 1478, n° 136).
parurent, personne ne les crut insurmontables : « Nous rencontrons, en cheminant, des difficultés très grandes », mandait Marillac à Richelieu, en octobre, « mais nous les surmonterons parla patience et le travail*. » Opiniâtrement défendue par un capitaine énergique et une population excitée à la résistance, Montauban allait en réalité trouver dans les éléments un secours inespéré.
Louis XTII arrivé le 17 août à sa résidence, le château de Piquecos, à deux lieues de la ville, les approches avaient commencé et le bombardement avait suivi le 1" septembre^. Luynes ne détenait pas la direction exclusive du siège, tout étant délibéré en conseil de guerre avec le roi et les lieutenants généraux. Il fut remarqué qu'il ne s'approchait pas des zones dangereuses. Il voulait cependant qu'on sut qu'il faisait tout. Le garde des sceaux du Vair étant mort le l^'' août, il eut l'idée de prendre provisoirement sa place, qu'il cumulait avec celle de connétable ^ Louis XIII l'avait laissé faire, mais assistait à toutes les séances du sceau, par précaution*.
Les pluies arrivèrent de bonne heure, indiscontinues.
1. Lettre du 23 octobre, Arch. des Aiïaires étrangères, France 77."), fol. 70 r°.
2. Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 402G, fol. 482 r% 488 r°). Sur Piquecos, voir E. Forestié, le Château de Piquecos, dans le Bull, archéol, et hist. de ta Soc. arckéol. de Tarn-et-Garonne, 1903, p. 217-230; l'abbé Pottier, Notes sur Varchilecture militaire du Tarn, dans le Congrès archéol. de France, 32°- session, Caen, 1866, p. 488. On donna plus tard à la marquise de Montpezat, propriétaire du cbàteau, pour la dédommager des dégâts commis, 20,000 livres (Arch. nat., E 79':, fol, 292 r"; arrêt du Conseil du 28 septembre 1624).
3. G. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 298; Arnauld d'Andilly, Journal de 1621, éd. Halphen, 1891, p. 68; Duchesne, Hist. des chanceliers, 1699, p. 730.
4. Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 478 v°, 481 v», 487 r", etc.).
abondantes. L'armée pataugea dans la boue sans pouvoir avancer, les hommes trempés, les armes mouillées*. Il fut impossible d'empêcher le secours, qu'envoyait Rohan, de pénétrer dans la ville. L'opinion s'en prenait à Luynes. Décontenancé, le connétable, sous main, chercha à traiter, à l'insu du roi et du Conseil, démarche étrange! Il envoya d'Esplan dans Montauban afin de discuter; d'Esplan fut éconduit'. Luynes essaya d'entrer en relations avec le duc de Rohan : Rohan ferait la paix pour tous les protestants du Midi et abandonnerait Montauban qui, découragé, se rendrait. Une entrevue eut lieu entre le connétable et le chef des réformés à Reyniès. Rohan, qui savait à quoi s'en tenir sur la situation favorable de Montauban, déclina. Lorsque l'histoire de ces démarches inconsidérées vint aux oreilles du roi, Louis XIII eut une vive colère ^ Malgré l'impatience de l'opinion qui désirait vivement la prise de Montauban et redoutait l'insuccès; malgré les sentiments du jeune roi qui eut voulu s'acharner, il fallut cédera Au début de novembre, la levée du siège était résolue; le 6, le roi quittait Piquecos et s'acheminait vers Toulouse '^
1. On suit dans Héroard, jour par jour, l'eiïet de la pluie qui ne cesse pas {op. cit., fol. 499 et suiv.)- Cf. les dépêches de Priuli, du 5 novembre 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 81),et de Mirabel, du 24 septembre 1621 (Arch. nat., K 1478, n"' 142).
2. Dépêche de Priuli du 12 octobre 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1777,
3. Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 527; Journal d'Arnauld d'Andilly de 1621 (éd. Halphen, p. 97): dépèche de G. Priuli du 18 octobre 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 75). Assez maladroitement Luynes pria Rohan, puis le menaça, enfin lui dit qu'on se passerait de lui.
4. Letlre de Malherbe à Peiresc, du 12 novembre 1621, dans Œuvres, éd. Lalanne, t. III, p. 563; dépèche de G. Priuli des 21 septembre, 3 et 13 novembre 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 33, 82, 83).
5. Louis XIII annonça aux officiers du royaume la nouvelle de la
La nouvelle de cette déception fut accueillie dans tout le royaume comme le témoignage de l'impéritie du connétable. On énuméra, en les lui attribuant, toutes les fautes commises, vraies ou supposées : il était seul l'auteur de ce siège contre l'avis de tout le monde ; l'armée ne s'était pas trouvée assez nombreuse; la place n'avait pas été assez étroitement bloquée; au lieu de payer les troupes et de les nourrir, Luynes avait employé l'argent disponible à construire à Lésigny, à l'hôtel de Luynes de Paris, à Amiens, à Calais'; dans les pro vinces, le menu peuple assurait qu'il avait trahie Luynes fut extrêmement affecté. 11 écrivit de tous côtés des lettres émues, afin de se défendre des accusations dont il était l'objet, expliquer l'échec, indépendant de sa volonté, disait-il, indiquer les raisons^. Il adressa à Modène une épître qui fut rendue publique où il faisait le philolophe résigné: « Si j'étois nouveau courtisan, et que je ne fusse accoutumé aux assauts continuels de la calomnie», disait-il, « je n'opposerois si facilement ma constance pour la divertir et ne me résoudrois à la patience que la connoissance de tels accidents me donne. » Il déclarait
levée du siège en leur en expliquant les raisons (voir, par exemple, la leUre au comte de Brissac, du 4 novembre 1621, Bibl. nal., ms. fr. 3812, fol. 82 r°), raisons qu'il lit publier (Avis véritable envoyé à la cour^ Bordeaux, 1621. in-I2).
1. Dépêche de l'ambassadeur vénitien Z. Pesaro du 5 décembre 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 154; Mercure françuis, 1621, p. 888). Nous connaissons principalement les griefs articulés contre Luynes par un lettre que publia celui-ci pour y répondre et dans laquelle il les énumère lui-même. Cf. V. Siri, Meinorie recondite, 1679, in-4'', t. V, p. 331.
2. Mém. de Jean Burel, bourgeois da Puy, le Puv-en-Velav, 1875, in-4°, p. 514.
3. Lettre de Monsieur le connétable à Monsieur de Monthazon (de Toulouse, le 18 novembre 1621), in-12, reproduite dans le Mercure frunçois, 1621, p. 886; lettre au prince de Condé, publiée par le duc d'Aumale, Ilist. des princes de Condé, t. III, p. 158-159.
mépriser les attaques; il affirmait son « innocence »; il ajoutait : « Laissons dire les peuples et ceux dont la fainéantise donne loisir de gloser sur les déportements d'autrui. » Il n'avait de comptes à rendre qu'à Dieu et au roi; le reste lui était indifférent : il « feroit taire tous ces contrôleurs, non pas avec l'épée de connétable, maison leur faisant voir de quoi ils ont trop lég-èrement cru ou trop méchamment inventé ». Il menaçait '.
Il parvint à faire une exécution, celle du confesseur du roi, le P. Arnoux, qu'il accusait d'exciter le prince contre lui. Le P. Arnoux répétait, disait-on, au roi,. « qu'estant roi, il régnât, et que le duc de Luynes fit seulement la charge de connétable - » . Luynes vint raconter à Louis XIII que le confesseur se mêlait des affaires publiques, qu'il avait trois secrétaires, lesquels n'étaient pas employés apparemment aux secrets de la conscience du roi, mais à ceux des affaires de l'État; qu'il fallait le renvoyer ^ Louis XIII chassa son confesseur : « Monseigneur », écrivait le P. Arnoux à Luvnes en réponse, « il me suffit que vous ne m'ayez pu coter
1. Lettre de Luynes à Modène du 10 novembre 1621 (Bilil. nat., ms. Dupuy 92, fol. 196 r°), publiée sous le titre de : Lettre de Monsieur le connétable à Monsieur de Modène, in-12. « Le diable a attaqué Dieu, disait Luynes, pourquoi plusieurs qui n'ont pas l'âine meilleure n'auraient-iis pas la liberté de parler de moi ! » Cette comparaison peint Luynes. Luynes menaçait les gens de ne plus leur rendre de services, de ne plus •< les aider pour le détail de leurs alîaires. »
2. Mots que répète le P. Arnoux à Luynes (C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 294). Sur la disgrâce du P. Arnoux, voir le P. Prat, Recherches historiques et critiques sur la compagnie de Jésus en France du temps da P. Cotton, Lyon, 1876, t. IV, p. 309 et suiv.
3. Dépèche de Z. Pesaro du 5 décembre 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 158); C. Bernard {Hist. de Louis XIII, t. I, p. 293-294) est détaillé pour cet incident. Voir la version que donne Richelieu {Mém., éd. Michaud, t. I, p. 248).
autre raison de dégoût (pour me faire disgracier) sinon que je ne vous aime pas '. »
Mais si le P. Arnoux avait pu parler de la sorte au roi contre Luynes^ était-ce donc (jue le roi écoutait? Or, le P. Arnoux, en effet, n'était plus le seul maintenant à oser dire ce qu'il pensait. A la longue, les yeux de Louis XIII ne pouvaient pas ne pas s'ouvrir devant l'évidence. Quelle que fût son aveugle afTection pour le favori, il fallait bien qu'il reconnût, en présence de l'émotion publique, en quelles étranges mains il était tombé. Dans un libelle qu'on imprima, Marie de Médicis faisait expliquer l'évolution qu'avait suivie l'attitude du connétable à l'égard du jeune souverain : de l'affection était venue la confiance, de la confiance la familiarité, de lafamiliarité la domination, image banale du serviteur qui, inspirant à son maître sécurité et attachement, flnit par le tyranniser-. Il y avait deux êtres dans Louis XIII : une nature timide, sensible, affectueuse; c'était celle-là qui avait été surprise par M. de Luynes; un garçon de bon sens et de jugement, ferme, autoritaire, royal; celui-ci devait se reprendre. Au souvenir de l'abus extraordinaire qu'avait fait le connétable de son amitié, plus tard, Louis XIII parlera de cette passion de jeunesse avec un sentiment
1. Bihl. liât., ins. Dupuy 74, fol. 180 r°; Bibl. Mazarine, ms. 2427, fol. 177 v"; Bibl. de Garpentras. ms. 1800, fol. 88 v°. Le public eut de nombreuses versions sur la cause du départ du confesseur (dépèclio de l'envoyé llorontin Gondi, du lij décembre 1621, dans Zeller, le ConnélabLe de Luynes, p. 351 ; lettre de Malherbe à Peiresc, dans Œuvres de Malherbe, éd. Lalanne, t. III, p. 543). Le P. Séguiran remplaça le P. Arnoux (Bibl. nat., ms. Dupuy 92, loi. 199 r"). Voir la façon dont Louis XIII le reçoit en le priant de ne s'occuper que de confession (dép. de l'amb. vénit. du 24 déc. 1021, dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 334).