‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 317 sur 345 · Arch. nat., 013871, p · texte numérisé non relu

Arch. nat., 013871, p

3. En 1624, le total des recettes de l'État devait être de 33 115 582 livres, 12 sols, 6 deniers et celui des dépenses de 33 295 586 livres, 9 sols, € deniers, soit un découvert réduit à 180 003 livres, 7 sols. Arch. des Aff. «trang., France 779, fol. 212 V et 213 r".

4. Ces chiffres sont empruntés au livre de Mallet : Comptes rendus de l'administration des finances du royaume de France, Paris, 1789, in-4°, p. 221. On sait que Mallet, ancien commis de Chamillard, sous Louis XIV, les a recueillis dans les archives du contrôle général.

reprise et la continuation du Louvre*. Le cliapitre des menus plaisirs destiné à payer des frais de fêtes, de ballets, de comédies offrait plus d'élasticité; on puiserait dans ce chapitre. Il plaisait à l'esprit prudent et à l'humeur près regardante de Louis Xill que la dépense d'une fantaisie fût prise sur des frais de ce genre où elle passerait inaperçue.

Malheureusement l'année 1624 allait être financièrement, encore plus détestable qu'on ne l'avait prévu. En juin, le trésorier de l'Épargne, M. Balthazard Phélipeaux, déclarait « qu'il lui était impossible de donner cours aux dépenses qui lui étoient ordonnées de jour à autre », les impôts ne rendant pas". Le gouvernement devra emprunter. Il empruntera de mois en mois, « pour subvenir en la nécessité des affaires » ^ Louis XIII décida que les dépenses de Versailles passeraient après toutes les autres. Les constructions étaient commencées ; il fut décidé qu'on ne paierait ni les propriétaires dont on avait pris les terrains, ni les entrepreneurs chargés de construire; on conviendrait avec les uns d'un loyer des biens occupés, les autres attendraient les sommes dues jusqu'au jour où on pourrait liquider; le règlement final devant comprendre : loyers en question, intérêts et dommages pour « non-jouissance ». De fait, il allait falloir attendre plusieurs années, sept et huit ans, avant de solder ces dépenses.

Le terrain fut choisi sur le haut de la butte de telle manière que la maison pût s'élever au-dessus de la plaine et la dominer. L'emplacement fixé, il parut nécessaire d'avoir tout

1. Voir la liste des travaux que demandent au roi le Prévôt des marchands et les échevins de Paris, dans un arrêt du Conseil du " mai 1619, Arch. nat., E. Gl^, fol. 178 r". Cf. Histoire du règne de Louis XIII par S. M. G. (Malingre), Paris, 1646, in-12, p. 475 et Fclibien, Histoire de la ville de Paris, t. Il, p. 1324.

2. ArnH du conseil du 12 juin 1624, Arch. nat., E. 79\ fol. 134 r°.

3. 200 000 livres en février, 386 877 livres et .')45 00O livres en mars, 1 340 000 livres et 880 000 livres en juin, 680 000 livres en juillet, Ibid., E 78 A, fol. 297 r"; E 78 B. fol. .54 r°, 229 r", 231 r°; E. 19^, fol. .30 r°, 113 r", 115 r°, 117r^; E. 19^, fol. 132 r°. Sur la misère du royaume en

1623, voir les dépêches de Pesaro du 27 janvier et du 21 mars 1623 (Bibl. nat., ms. italien 1779, p. 161 ; 1780, p. 99); sur colle de 1624, consulter : la Plainte des pensionnaires mal payés au roi, 1624, in-12; Le Mot à l'oreille,

1624, in-12, p. 18.

autour l'espace d'un parterre et d'un petit parc. De proche en proche, on arriva ainsi à tracer le plan d'un domaine d'une étendue totale de 117 arpents, soit 40 hectares. Le mesureur-arpenteur du pays, M. Pierre le Sage, de Marly, fut mandé; on lui adjoignit pour estimer la valeur des terrains choisis le receveur de la seigneurie de Versailles, M. Denis Mercier, habitant Fontenaj'-le-Fleury, et un laboureur de Glatigny, nommé Nicolas Bréaut. Ensemble les trois hommes procédèrent à « l'arpentage, estimation des terres, près, pâturages et maisons que Sa Majesté a pris pour les basliment, parterre et parc de son Château de Versailles ». On avait taillé suivant les convenances, sans se soucier de l'avis des propriétaires, coupant jardins et champs, englobant maisons et cours, comme en une expropriation. Les arpentages n'eurent lieu qu'en août 1624, lorsque le château était déjà à peu près terminé '. Quelques propriétaires se fâchèrent. On ne prenait à M. Jean Martin que 35 arpents 28 perches; mais M. Jean Martin considérait que l'opération le lésait gravement en l'empêchant de jouir du reste de son domaine, et lorsqu'en 1632 on liquidera les comptes, il exigera qu'on lui achète toute sa terre, 167 arpents, 60 perches, plus sa maison « proche du château de Sa Majesté, sur partie desquels héritages, sa dite Majesté a fait bâtir sondit chasteau, jardin et parc, sis audit Versailles ». Les gens du roi ne chicanèrent pas "-.

1. « Etats d'arpentage et eslimatiou d'héritages vendus au roi... situés dans le terroir de Versailles et es environs, et datés des 5 et autres jours suivants du mois d'août 1624 " (Arch. nat., 0'387), p. .307). « Procès verbal de Pierre Le Sage, arpenteur à Marly, Denis Mercier, receveur de la terre et seigneurie de Versailles, habitant à Fontenay le Fleury, Nicolas Bréaut, laboureur à Glatigny, les 5, 6, 7, 8 et 9 août 1624 » (Arch. nat., 0'i759 A). « Les dites maisons lieux et héritages déclarés et spécifiés par le mesurage et arpentage qui en a été fait par Pierre le Sage, mesureur et arpenteur du roi, les 5, 6, 7, 8 et 9" jour du mois d'août de l'année 1624 » Ibid. Voir aussi Arch. nat., 011762.

2. Par contrat de vente du 27 septembre 1632 passé devant Chapelain et Plastrier, notaires à Paris, Arch. nat., 0il7o9 A et 0'.3871, p. 333. « Y compris, ajoute le texte en parlant du chiffre payé, les dommages et intérêts de la non jouissance soufferte par les dits vendeurs des dites maisons et héritages pendant huit ans ».

Pour constituer les 117 arpents du domaine, on eut à exproprier 16 autres propriétaires d'étendues de terres variant, entre 13 arpents et 50 perches. A partir de 1631, se décidant à tout régler, Louis XllI fera reprendre (( par procès-verbal reçu devant M'' Louis Ferrand, bailli de Versailles », l'arpentage et estimation des biens en question. Les experts auront à fixer la valeur principale des terres et les indemnités pour non jouissance depuis sept ans. Le prix de l'arpent variera entre 100 et 400 livres; au total, le chiffre du domaine constitué par Louis XIII reviendra, en principal, à 7 722 livres, 3 sols, et comme frais de loyers ou d'indemnités à 2 134 livres 13 sols, 3 deniers, ensemble 9 856 livres, 16 sols, 3 deniers'.

Le terrain ainsi préparé, un architecte fut désigné pour construire. Ce qu'on lui demandait était simple : une maison des champs sans luxe, sans ornement superflu, sans recherche sculpturale. Les dimensions en étaient déterminées par le nombre des pièces qu'il s'agissait d'y mettre. Il fallait d'abord l'appartement du roi. Aux termes des règlements royaux, cet appartement devait comprendre une salle, — salle des pas perdus, — l'antichambre, le cabinet de Sa Majesté, sa

1. Ârch. nat. 0'1759 A. « Par procès verbal reçu devant M" Louis Ferrand, bailli de Versailles, commencé le 23 avril et clos le i" mai 1631, appert que Denis Mercier, laboureur à Fontenay le Fleury, Nicolas Bréaut, aussi laboureur à Glatigny et Pierre le Sage, arpenteur à Marly le Cliatel, ont fait l'arpentage, prisée et estimation des terres et prés que Sa Majesté avoit pris pour les bastimens, parterre et parc de son chasteau de Versailles, ensemble de la non jouissance et des indemnités qui pouvoient être dus aux différents particuliers, pour être pourvu à leur paiement; duquel procès verbal il résulte qu'il a été liquidé savoir : ... (suivent les noms des dix-sept propriétaires, les parts prises, les sommes dues) « la totalité des terres et prés pris par Sa Majesté et mesuré par le susdit procès verbal se trouvent, suivant icelui, monter à 117 arpens, la valeur principale à 7722 1. 3 s., celle des indemnités et non jouissances à 2134 1., 13 s., 3 d.; et l'estimation totale à 9 856 1. 16 s. 3 d. ». Jean Martin est celui auquel on a pris le plus, parmi les seize autres propriétaires, nous relevons, l'hôtelier Claude Gourelier pour 15 arpents 81 perches, M. de Gondi seulement pour 6 arpents 60 perches, l'église de Versailles pour 50 perches. Les autres vendeurs se nomment : Lemaire, Morely, veuve Landry, les héritiers de G. Denise, de F. Fontaine et de Potier: Antoine Dalibon, P. Lancelin, Fiacre Le Houx, J. Lefèvrc, veuve Boucher.

chambre à coucher et sa garde-robe. La maison de Versailles comprendrait ces pièces, au premier étage, moins l'antichambre, dont on ferait Téconomie, la salle suffisant. Il n'y aurait pas d'appartement de la reine. Puis viendraient une quinzaine de chambres pour les personnes qu'il plairait au.' roi d'emmener avec lui; après quoi la cuisine bouche, le gobelet du roi — services de la table de Sa Majesté, — le magasin d'armes; et, dans les dépendances, le logis des valets de chambre et maîtres d'hôtel, du médecin, de l'apothicaire, un corps de garde, l'appartement du concierge, faisant fonction de « gouverneur » de la demeure *. L'architecte exécuta de point en point le programme. Nous pouvons juger de son œuvre par la petite vue qu'a gravée Gomboust sur les côtés du plan de Paris donné par lui en 1652, et, par les planches d'Israël Silvestre de 1664, ainsi que le plan gravé par celui-ci en 1667, réserve faite des adjonctions, opérées sous Louis XIV, d'ailleurs reconnaissables, d'aprèsles indications de Félibien'.

Simple, la maison de Versailles l'était : un corps de logis de 38 mètres de long, faisant face au couchant, sur le jardin, avec deux ailes en retour formant une cour intérieure rectangulaire de 21 mètres de large sur 32 mètres de profondeur, ouverte vers le levant et terminée par un portique de sept arcades. Cette cour existe encore, c'est la cour de Marbre. Aux quatre angles de la maison l'architecte avait mis quatre pavillons assez sveltes, de 9 mètres sur 6 de profondeur. La construction était simple aussi : rez-de-chaussée élevé, sans caves; un étage avec combles percés de mansardes et de lucarnes alternées; les murs en brique à chaînage de-

1. Voir Couard, L'' Intérieur et le mobilier du château royal de Versailles à la date de la journée des dupes, Versailles, imp. de Aubert, H)OG, in-8°, d'après iiii inventaire fait en 1030 qui donne la liste et l'attribution des pièces du château.

2. Félibien, Description sommaire du château de Versailles, Paris, G. Desprez, 1674, in-i2. p. .3 : « Comme Sa Majesté a eu cette piété pour la mémoire du feu roi son père de ne rien abattre de ce qu'il avoit fait bâtir, tout ce que l'on y a ajouté n'empêche point qu'on ne voye l'ancien, palais tel qu'il étoit autrefois, excepté que... etc. ».

pierre, et, comme décoration, des tables de pierre, sur les murs, entre les fenêtres; pas de sculpture ornementale; tout autour du château, suivant l'usage du temps, un fossé à fond de cuve revêtu de murs brique et pierre, et, au delà du fossé, une terrasse munie, à sa partie extérieure, d'une balustrade, avec un perron à l'ouest, d'où Ton descendait vers le jardin. De la cour on entrait dans le château par les ailes à droite et à gauche, où l'on trouvait deux escaliers; et du château on accédait au jardin au moyen d'un petit pont jeté sur le fossé, devant une porte pratiquée au centre de la façade ouest et surmontée d'un petit balcon d'ailleurs assez mesquin. De ce côté, la façade offrait huit grandes fenêtres au rez-de-chaussée et neuf plus petites à l'étage, sans compter celles des deux pavillons flanquants.

Il faut renoncer à juger le château de Louis XIII d'après ce qui existe aujourd'hui. Le fond de la cour de Marbre a été refait par Louis XIV \ Peut-être à droite et à gauche de la cour retrouverait-on les dispositions de l'architecte de 1624, la place et les dimensions des fenêtres, la construction brique et pierre ; mais la décoration a été modifiée : le comble est changé comme silhouette et ornementation; des bustes ont été ajoutés sur les tables de pierre; l'impression donnée par l'édifice de Louis Xlll devait être beaucoup plus modeste. Quant aux intérieurs, tout a disparu. Il ne paraît pas possible d'attribuer le petit escalier de pierre auquel s'attacherait, diton, le souvenir de Richelieu et de la journée des Dupes, et qu'on appelle, pour cette raison, « escalier des Dupes », à l'époque Louis Xlll, un examen attentif des plans permettant de constater que cet escalier aurait été pratiqué dans un mur à peine suffisant pour le contenir, et qu'au surplus cet escalier eût débouché au-dessus du fossé dans le vide^ Il

1. Voir p. de Nolhac, La Création de Versailles, in-fol., 1901.

2. Le plan de Silvestre de 1G67 ne présente pas d'ailleurs cet escalier. Il n'est ([ue de rapprocher ce plan, (jui certainement nous offre les lignes du château de Louis XIII, d'un plan actuel pour constater que l'escalier des Dupes a de la peine à s'inscrire dans les murs du château d'alors; d'autre part la disposition des paliers est telle aujourd'hui que l'escalier eut desservi non l'intérieur mais le dehors et encore dans l'angle extérieur d'un pavillon»

n'y aurait peut-être qu'une pièce ayant gardé ses quatre murailles de 1624, ce serait une petite salle sur la cour de Marbre, à droite au fond ' . Peut-être retrouverait-on également derrière les constructions élevées par Louis XIV contre la façade de la maison de Louis XIII sur le jardin, quelques restes de cette façade.

En s'en tenant aux diverses données approximatives que fournissent les représentations du xvu'= siècle et à ce qui subsiste, on peut, par la pensée, se figurer ce qu'était le château de 1624. Le plan et les lignes du côté de l'est en étaient assez harmonieux, bien que de dimensions restreintes ; le mélange de la brique et de la pierre devait donner de ces oppositions de ton que nous aimons. Du côté du midi et du nord, la silhouette du bâtiment, llanqué de deux pavillons avançant, ne devait pas manquer d élégance, si tant est que ce ne fût pas trop petit et peu appréciable. La façade du côté du jardin était banale, sans caractère. Pour les contemporains, il faut ajouter que l'ensemble de la construction n'avait aucune originalité. Le plan était le plan classique que depuis cent ans les architectes reproduisaient invariablement dans leurs constructions des champs : plan carré avec pavillons aux angles; ce qu'on voyait à Écouen, à Montceaux, à Verneuil, Ancy-le-Franc, Villers Gotterets, Saint-Maur, Anet, Bury "-. Pour la construction, murs de brique à chaînage de pierre, hauts combles, fenêtres régulières et symétriques, c'était également la mode courante du temps, déjà ancienne, dérivant des exemples donnés à Blois et à Amboise depuis plus d'un siècle, appliquée à Valéry, à Ancy-le-Franc, à Folembray, à Fontainebleau — dans les pavillons d'alors sur le jardin de Diane — ; sans citer la nuée des gentilhommières, manoirs et châteaux de province qu'on cons-

1. Salle n° 29 du plan de Soulié (E. Soulié, Notice des peintures et sculptures composant le musée de Versailles, 2" éd., Versailles, 1859-61, 3 vol. in-S").

2. Voir A. Du Cerceau, les Plus excellens bastimens de France, 1576, in- fol. ; .H. vou Geymiiller, die Baukunst der Renaissance in Frankreich. Stuttgard,

1898, 2 vol. in-4°.

truisait dans ce style après les guerres civiles, sous Henri IV. En sorte que pour les sujets de Louis XIII, le château de Versailles était une « maison », ordinaire, qui ne comptait pas. De fait elle paTut si modeste aux contemporains qu'ils n'en ont pas parlé. Le Mercure français, publication officieuse du temps, énumérant les constructions entreprises par le roi en 1624, cite jusqu'aux fontaines de Paris, mais ne daigne pas mentionner Versailles '. Les seigneurs de la cour seront mortifiés de voir leur souverain élever si piètre demeure, et Bassompierre parlera avec dédain de « ce chétif château de Versailles, de la construction duquel un simple gentilhomme ne voudroit pas prendre vanité- ». L'historiographe Charles Bernard, dira que Versailles n'est en effet qu'une « maison, que le roi avoit fait bâtir environ à quatre lieues de Paris ; elle étoit petite, expliquera-t-il, pour n'y admettre que peu de gens et n'être point troublé dans le repos qu'il y cherchoit loin des importunités de la cour et afin d'être plus libre dans l'exercice de ses chasses lorsqu'il s'y vouloit adonner^. » Saint-Simon traitera avec mépris le Versailles de Louis XIII et l'appellera : « petit château de cartes », que le roi avait fait construire « ennuyé, et sa suite encore plus que lui, d'y avoir souvent couché dans un méchant cabaret à rouliers et dans un moulin à vent'' », détails d'ailleurs fantaisistes, le château n'étant pas tout de même si château de cartes que cela, les cabarets de Versailles de l'époque n'étant pas à ce point « méchants » et Louis XIII n'ayant sûrement jamais couché dans le moulin à vent, ne fût-ce que parce que le meunier avait à deux pas une solide maison plus suffisamment confortable "^ En définitive, idée simple fidè-

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