Héroard, op. cit., fol. 69 v», 70 r
3. De Bellemaure, le Portrait du roi, Paris, 1618, in.-12, p. 73 : « Je n'estois pas loin de Sa Majesté », dit Bellemaure.
promenait et revenait le long de la Seine, à écouter une meunière qui le suivait en l'agonisant de sottises, le prenant pour un fauconnier qui lui avait volé une poule : au lieu de se faire reconnaître, le prince excitait la bonne femme par ses dénégations*. Aucun de ses intimes n'a mieux connu ce côté de Louis XIII plaisant, moqueur, d'une gaieté d'ailleurs pas toujours des plus raffinées, que M. de la Curée, Gilbert Filhet, seigneur de la Curée, vieil ami d'Henri IV, commandant la compagnie des chevau-légers du roi, nommé maître de camp de la cavalerie légère en 4620. Nous avons quelques lettres de Louis XIII à M. de la Curée : elles sont pleines de bouffonneries. Il appelle son correspondant « le Nétron », « Dieu Nétron ». Le sens des plaisanteries nous échappe : elles font allusion à des faits que nous ignorons 2. Sous l'influence de la maladie qui plus tard, lentement, le rongera, Louis XIII est peut-être devenu sombre : il ne l'était pas à vingt ans. Son médecin note quand il est triste : la remarque paraît rarement. Il était plutôt timide : la réserve que lui imposait la timidité pouvait parfois, aux yeux des gens non prévenus, passer pour une vague mélancolie, tout au moins attester l'absence de joie : il n'en était rien. Les moments de joie existaient. Cette disposition va souvent avec un fond de bonté naturelle ^
1. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 142 v°; voir d'autres traits analogues, ms. fr. 4025, fol. 463 v°; 4027, fol. 169 r".
2. Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 104 t°, 172 r°, 173 r°. Voici un exemple de ces lettres : « Le Nétron, les merveilles que vous me racontez de ce pays-là ne sont pas semblables à celles de deçà, car le Marais ayant été jusqu'aux portes du Paradis, a fait une conférence avec le Dieu Bacchus du sujet de sa maladie... etc. ».
3. Vauquelin des Yveteaux parle de « l'âme mélancolique de S. M. »
Louis XIII était bon. Dès son enfance, on avait remarqué chez lui une tendance à ce qu'on appelait « la mansuétude ». « Le roi est bon et a la conscience tendre, » écrivait Fontenay-Mareuil. Dans tous les écrits du temps les mêmes expressions reviennent, témoignant des impressions des contemporains sur « l'accoutumée bonté, » « la sincère bonté, » du jeune prince qui est vraiment « doux et débonnaire ». « Il est, de soi-même, d'un fort doux et fort bénin naturel, disait quelqu'un qui l'a vu de près; il n'y a rien au monde de meilleur*. » Et cette bonté se manifestait sans doute dans l'accueil bienveillant qu'il faisait aux personnes reçues par lui en audience; mais elle apparaissait aussi de façon utile à l'égard de ceux qui l'entouraient : il était dévoué : « je ne manquerai jamais de bonne volonté pour ceux qui m'appartiennent », écrivait-il une fois^; il le montrait. Bassompierre s'étant brouillé avec M. de Luynes, le favori, et redoutant quelque grosse disgrâce, n'en dormait plus; LouisXIII le réconfortait lui glissant à l'oreille : « Bassompierre, mon ami, ne t'ennuie point, et ne fais semblant de rien^ ». Une refusait pas les recommandations qu'on lui
(Bibl. nat., Cinq Cents Golbert 98, p. 209). En réalité Héroard relève bien les jours où le prince est <■ pensif et triste » (par exemple, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 114 r"). Sur la timidité du roi, voir Montpouillan {Mém., dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 42).
1. Jean Héroard, De V Institution du prince, Paris, 1609, in-8° p. 100; Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 166; Discours véritable fait par le sieur de Brèves du procédé tenu lorsqu'il remit entre les mains du roi la personne de Mgr le duc d'Anjou, Paris, 1618, in-4'' p. 39; Petit avis d'un ferme catholique, 1622, in-12, p. 2; le Prince absolu, Paris, 1617, in-12, p. 15; lettre du duc de Bouillon à Louis XIII du 1" mars 1621, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7798, fol. 244 r".
2. Lettre au comte de Soissons (de vers 1620), Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 71 r".