Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 310 v
les concours. Il organisa, en choisissant les plus habiles parmi les gentilshommes de son entourage « de son petit coucher et de ses petites chasses », une compagnie de tireurs adroits entre lesquels avait lieu chaque lundi un concours « au papegay ». Celui qui abattait était appelé le « capitaine » pour le restant de la semaine. Quelquefois Louis XIII emmenait cette compagnie à la chasse; la troupe se déployait et chacun ne devait manger que ce qu'il aurait tué'. Il organisa des concours « de papegaux, d'arbalètes, d'arcs, d'arquebuses »; le prix était un joyau dont la valeur était prélevée sur les revenus du domaine royal -. En voyage il se mettait en rapport avec les compagnies de tireurs. Une fois, en 1618, se trouvant à Tours, on lui parla, avec grands éloges, d'une troupe « de bons arquebusiers, enfants de la ville. » Il les fit venir au mail du parc de Plessis-les-Tours, où il résidait, décida de concourir avec eux, mesura la distance à cent dix pas, et donna le prix, d'une valeur de cinquante pistoles. Le soir, il faisait servir du vin aux arquebusiers qui rentraient à Tours, « tambours battants, fort glorieux d'avoir pris part à cette louable contention de dextérité^ ». Bon cavalier, bon tireur, Louis XIII avait ce qu'il fallait pour être un grand chasseur : il l'a été.
Il a tenu le goût de la chasse de son père, lequel le possédait à un haut degré et ne savait pas cheminer sur
1. M. Baudier, Hist. du maréchal de Toiras, Paris, 1644, in-fol., p. 14. Le fait se rapporte à l'année 1618.
2. Arrêt du conseildu 26 septembre 1620 mentionnant le fait, Arch. nat., E. 64" , fol. 204 r°.
3. J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, p. 105.
une route sans une arquebuse à la main'. Chez Louis XIII c'était un instinct et un plaisir raisonné. « J'ai appris de ses officiers, écrivait Jean Danès, qu'il avoit dit plusieurs fois qu'il s'étoit adonné à cet exercice seulement à cause que c'étoit le divertissement le plus innocent et convenable à un prince dans les heures de plaisir qui lui restoient des afîaires publiques- ». Lorsque le roi était enfant, un florentin réputé, Francisco de la Sciorina, lui avait appris les difficultés du métier '\ Il travailla les bons livres, celui de Jacques du Fouilloux, la Vénerie''. Des gens lui dédièrent des « traités et abrégés de la chasse^ ». Sachant son faible, Marie de Médicis lui donnait, comme cadeau de nouvel an, des objets se rapportant « au plaisir de la chasse qui est celui que vous aimez le mieux ^ ». Il s'y adonna avec ardeur : la chasse qu'il affectionna fut la chasse au vol. Ses oiseaux de vol ont tenu une grande place dans sa vie. Il les avait près de lui, au Louvre : un grand nombre dans certaine pièce de son appartement située entre sa chambre et la galerie d'Apollon. Il allait les voir, les faisait manger. En campagne, il les emmenait avec lui et les baignait dans les rivières '. Combien ses précep-
1. Journal de J.-B. Hautin, conseiller au Ghàtelet, Bibl. d'Aix, ms. n" 461, p. 71.
2. J. Danès, Toutes les actions du règne de Louis XIII, p. 399.
3. E. Charavay, Collection de lettres autograghes du règne de Louis XIII, p. 6. Don de 600 livres à la Sciorina pour son enseignement au roi.
4. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 294 v°. L'exemplaire de la Vénerie de du Fouilloux ayant appartenu à Louis Xlll et qui est conservé à la Bibliothèque nationale est l'édition de 1614, in-4''.
5. « Traité et abrégé de la chasse du lièvre et chevreuil, dédié au roi Louis XIIP du nom par Messire René de Maricourt », Bibl. de Sainte- Geneviève, ms. n° 1071.
6. Lettre de Marie de Médicis à Louis XIII du 17 janvier 1623, Bibl. nat., ms. fr. 3708, fol. 65 r", et 3 811, fol. 101 r".
7. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 7 r°, 65 v», 174 r" etc. Journal de
teurs se plaignaient encore de cette prédilection pour son « cabinet des oiseaux » ! « On lui a laissé dresser une fauconnerie tout contre son cabinet, disait M. Lefèvre, laquelle le divertit totalement de l'étude; ceux qui ont la charge ne manquent jamais de flatter son inclination quand il va écrire, et de lui subministrer de nouveaux objets pour le détourner de l'étude ^ ! « Couché, le roi se relevait, passait une robe et allait dans son cabinet prendre ses bêtes au poing et les caresser. Les « voleries » étaient une des curiosités du Louvre ou de Saint-Germain. Elles avaient un personnel, une administration et un budget 2.
Petites et grandes chasses, Louis XIII a tout pratiqué. Visiblement ce sont les petites chasses qui ont ses préférences, chasses au tir — ou au vol — dans lesquelles, il part, pour une matinée, un jour, voire même cinq à six jours, quittant la cour, les ministres, les affaires, afin d'être tout entier à son plaisir. Est-il en voyage ? Arrivé à l'étape il change de costume et s'en va, l'arquebuse à l'épaule ou un oiseau au poing. A toute heure, surtout à Saint-Germain, où il est plus libre, il sort avec son épervier, son émerillon, il gagne à pied la terrasse et la forêt. Il a inventé des voleries spéciales. Il chasse aussi
l'exempt des gardes Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 6163, p. 371 ; C. d'Arcussia d'Esparron, la Fauconnerie, 1643, in-4''. p. 9. Sur le cabinet des oiseaux et son emplacement, voir : Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud p. 118; Arnauld d'Andilly, Mém., éd. Michaud, p. 445; Sully, Économies royales, t. Il, p. 307.
1. Anecdotes de L'histoire de France tirées de la bouche de M. du Vair, dans Mém. de Marguerite de Valois, éd. Ltilanne, p. 296.
2. Louis XIll s'occupait des moindres détails de ces « voleries », que le garçon Douart faisait visiter (lettre à M. Donon du 6 avril 1623 à ce sujet, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 167 r°). 11 fit des règlements pour l'achat de la nourriture de ses oiseaux par les fauconniers (Bibl. nat., ms. nouv. acq. fr. 7225, fol. 370 r").
le loup, moins le cerf, presque pas le sanglier, surtout le renard \
En grande chasse il s'en va, escorté d'une suite nombreuse : un capitaine, trente chevaux portant les gens de vénerie, une centaine de gentilshommes; en tête, cent chevau-légers, et autant en queue : c'est exceptionnel^. Il aime beaucoup mieux une suite restreinte, quelques domestiques, à peine, et un petit nombre de courtisans. D'avance, pour les chasses à courre, il a fixé lui-même les « relais et les quêtes ^ ». C'est un chasseur acharné, poursuivant un cerf des journées entières, se laissant surprendre par la nuit au milieu des bois, presque seul. Il lui arrive des aventures : il se perd, errant dans l'obscurité, afin de trouver quelque maison de charbonnier, puis arrive tout mouillé dans une méchante auberge et passe la nuit comme il peut\ Il sait tous les coups; il en invente. Cette passion a fini par devenir tyrannique et, au dire de tous les contemporains, abusive, surtout en 1623. « Il manque de modération », écrivait le nonce Corsini; « sans doute il n'a que ce plaisir et s'abstient de bien d'autres moins innocents ; mais néanmoins,
1. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 3.j5 v". 365 V; 4026, fol. 1 t", 2 r"; 4027, fol. 50 v°, 75 v°, 76 r°, 166 v°; lettre de M. de Bréval au due de Lorraine de 1624 (/6td., nouv. acq. fr. 3145, fol. 156 t°); dép. de Pesaro du 10 juillet 1023 {Ibid., ms. ital. 1780. p. 320); R. de Salnove, la Vénerie royale, Paris 1655, in-4°, p. 111 et suiv.
2. La Chasse au vieil grognard, dans E. Fournier, Variétés hist. et litt., t. III, p. 34. Voir des récits de chasses du temps en grand équipage dans d'Audigier, Histoire tragi-comique de notre temps, p. 473 et suiv.
3. Dép. de Pesaro du 27 janvier 1623 (Bibl. nat., ms. ital. 1779, p. 159); Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4023, fol. 404 t", 439 r". En général les quêtes et les relais étaient fixés d'avance : ainsi, « pour courre aux buissons de Versailles, » il fallait 15 hommes « de quêtes » et 7 relais (R. de Salnove, la Vénerie royale, p. 356). Louis XIII veillait de près à la garde de ses chasses (Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 158 r°.)