‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 78 sur 345 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Après le 24 avril 1617, Louis XIII assiste à tous les conseils; il y prend part et veut s'instruire. — Son bon sens, son jugement; il est réservé et impénétrable. — Les séances du conseil; le roi met aux voix les décisions; il a ses idées. — C'est dans ses conversations avec les ambassadeurs étrangers qu'on peut le suivre remplissant ses fonctions royales : ce que disent les dépêches de ces ambassadeurs. — Louis XIII a une haute conception de son autorité; il est impérieux et personnel; il dit <• qu'il veut être obéi. » — Comment il se soumet à la représentation : sa prestance au cours des entrées dans les villes. — Popularité du jeune roi vers 1620. — Incidents qui témoignent de son rôle personnel dans la direction de l'Etat et d'une manière de gouverner qu'on attribuera plus tard à Richelieu : les affaires Guémadeuc, d'Arsilemont, de Toscane. — Louis XIII et le soulèvement intérieur de 1620; Louis XIII et l'affaire du Béarn; ses campagnes de 1621 et 1622 contre les protestants : initiative et décision du roi. — Rapports de Louis XIII avec ses ministres de 1617 à 1624; actions et réactions. — Louis XIII ne veut pas être gouverné.

Maître effectivement, après la disparition du maréchal d'Ancre, de la direction des affaires du royaume, il n'était pas dit que Louis XIII possédât les connaissances nécessaires à la lourde charge qu'il assumait. On ne l'avait préparé à rien. « Si les diadèmes sont fardeaux bien pesants pour ceux même qui ont les épaules les plus fortes, écrivait un contemporain, je vous laisse à penser si ce n'est pas une merveille que

de jeunes tendrons ne soient point accablés sous un tel faix!' » Le prince allait sans doute, laisser à ses conseillers ou favoris le soin de conduire l'Etat en son nom : Richelieu, dans ses Mémoires, fait entendre qu'il en a été ainsi : d'après lui, Louis XIII n'aurait été qu'un roi muet et irresponsable entre les mains d'un entourage qui le faisait ag-ir. La réalité ne paraît pas avoir été tout à fait telle.

Dès qu'il se vit véritablement souverain, Louis XIII manifesta son intention d'assister à tous les conseils. Héroard note les réunions des ministres auxquelles le roi prend part : il y en a tous les jours et elles durent longtemps-. Un témoin oculaire, le secrétaire d'Etat Pontchartrain, nous apprend le rôle qu'y joue le prince : « C'est lui qui conduit, écrit-il, qui ordonne, qui voit, qui résout les réponses ; il emploie gaiement à cela une partie des matinées; il est véritablement jeune, mais il a bon sens et jugement^ ». Les ministres rompus aux affaires, discutent; le roi écoute et décide. Ces conseils vont être pour lui l'école à laquelle il s'instruira. On admira, au premier moment, sa bonne volonté : « malgré son âge, déclarait un ambassadeur étranger, il donne tous les signes de vouloir être roi; il prend goût au gouvernement de ses peuples et bien que jusqu'ici il ait été tenu pour ne s'occuper que de choses sans rapport avec

1. Lettre envoyée à Londres de Paris le 26 février 1619 : Bibl. nat., Morcau 724, fol. 197 r". 0. Bon appelle Louis XIII « giovanetto re, inesperto e nuovo ncl governo » {Relazione, dans N. Barozzi, Relazioni dcgli Stati Europei, Venise, 1859, série II, Francia II, p. 62, 63).

2. Héroard, lîibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 393 r° et suiv., à partir du 25 avril 1617.

3. Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p. 391. « Maintenant, dit-il. nous verrons le royaume gouverné tout autrement ».

ce qui lui convenait, en réalité on découvre en lui une intelligence capable de connaître les affaires et beaucoup de résolution^ ». Plein de bonne volonté, Louis XIII montrait un grand zèle à s'initier aux affaires publiques. Il consentait à y consacrer le temps nécessaire. Le métier lui plaisait. Quelles dispositions y apportait-il?

« Je vous donne le roi Louis XIII, disait Nicolas Goulas, pour tout autre que l'on ne vous l'a figuré et qu'on ne le croit; car il a de belles qualités : un grand cœur, un grand esprit, une parfaite intelligence". » La qualité prédominante chez le jeune souverain, Pontchartrain, qui a vécu côte à côte avec lui, a traité les affaires devant lui et l'a vu à l'œuvre, vient de nous l'indiquer : le bon sens et le jugement. « Il est avisé, confirmait Sully, fin, et de facile compréhension^ ». Ceux qui l'approchaient remarquaient l'aisance avec laquelle il comprenait ce qu'on lui expliquait : « clarté d'entendement, vivacité d'esprit non pareille, jugement solide, » disait-on ^ Louis XIII a appris à gouverner en écoutant et en questionnant : « il a acquis une grande connaissance des affaires, écrivait l'ambassadeur d'Angleterre, en conversant habituellement avec des gens sages et exercés ^ » Par ce procédé, un peu lent, mais sur; grâce à une

1. Dépèche de l'ambassadeur vénitien du 2 mai 1617, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 89. « Le roi se loue maintenant de cognoistre que la France manquoit d'un homme et qu'il est cet homme. » (Malingre, Hist. universelle de ce qui s^est passé es années 1619 et 1620, Paris, A. Vitrey, 1621, in-12, p. 2). Héroard écrit de Louis XIII le 18 septembre 1620 : « tout le jour employé aux audience* et aux aiîaires jusqu'à cinq heures et demie » (Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 354 v").

2. Mém., de I^icolas Goulas, gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d'Orléans, éd. G. Constant (Soc. de l'hist. de France), t. I, p. 16.

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