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SECTION III. — SÉLECTION EXTERNE

I. Desiderata d’une bonne sélection. — IT. Facteurs de supériorité militaire et facteurs de supériorité sociale.

La guerre fait-elle triompher la nation la meilleure, c’est-à-dire exerce-t-elle une sélection favorable entre les belligérants ? Ce résultat supposerait qu’elle fournisse une mesure exacte des aptitudes des adversaires et que cette mesure repose sur des aptitudes sociales et non pas seulement militaires.

Le premier de ces desiderata est commun à toute sélection : pour que le résultat en soit significatif et indique de quel côté se trouve la plus exacte adaptation ou les meilleures aptitudes, 11 faudrait qu’il fût déterminé par les qualités constitutives des partenaires, par elles toutes et par elles seules, et non d’après leurs dispositions accidentelles ou momentanées ou bien d’après des éléments complètement extérieurs.

1° La guerre donne-t-elle l'expression de toutes les qualités des belligérants ? Il semble paradoxal d’affirmer qu’en accomplissant une chose spéciale, on fasse emploi de la généralité de ses propres aptitudes et qu’on se manifeste dans son intégralité. Mais que n’a-t-on pas dit pour soutenir la guerre? On en à fait une sorte de juridiction supérieure, un peu mystérieuse, qui, abandonnant le droit positif ?, proportionnerait les droits aux pouvoirs et aux aptitudes et assurerait un triomphe mérité à celui

4. Taille moyenne plus petite, cheveux plus clairs, brachycéphalie. — Chiffres dans Matériaux pour la géogr. anthrop. de l'Hérault; Die Auslese dnrch den Krieg, Globus, t. 64, n° 20 ; Sél. soc., p 236 s. La sélection militaire, conclut-il, substitue les brachycéphales (inférieurs selon lui) aux dolichocéphales.

2, I1 ne s’agit plus d'une procédure ordinaire, qui énonce le droit du plaideur dont les prétentions sur un point spécial sont les plus justifiées, elle donne le droit à celui qui est globalement le meilleur, sans même qu’il y ait un litige préexistant. La guerre, dit-on, est un mode d'activité comme un autre : le gain y est légitime pour celui qui peut le prendre.

qui est le plus digne de Pobtenir. Ge n’est point, disait Bossuet ?, la fortune, le hasard, mais Phabileté, qui décident des batailles et président à l'établissement et à la ruine des empires; dans ce jeu sanglant, celui € qui a prévu de plus loin, qui s’est Le plus appliqué, qui a duré le plus longtemps dans les grands travaux et enfinqui a le mieux su pousser ou se ménager suivant la rencontre, à la fin a eu l’avantage et a fait servir la fortune même à ses desseins. » D’autres sont allés plus loin. Cherchant le sens du résultat des guerres, Cousin ? prétend que la victoire dépend des civilisations respectives des nations en présence : € Toute la vertu d’un peuple comparaît sur le champ de bataille ; il est là tout entier avec tout ce qui est de lui. S'il est vaincu, c’est que son vainqueur était plus moral, plus actif, plus prévoyant, plus sage, plus courageux... » De nos jours, Mabille * développe le même thème : € Aux jours des grandes luttes internationales, un peuple manifeste avec éclat tout son génie, toutes ses aptitudes, toute sa science, toute sa moralité; en un mot il révèle tout ce qu'il est. » Les armes et les engins ne sont pas dus, comme on le suppose, à l’habileté d’un constructeur ou à Fimitation, ils ont été € inventés par le peuple, choisis par les soldats »(?), ils résultent du caractère et du génie de la nation! L'organisation militaire reflète assez fidèlement létat social, plus ou moins unitaire et démocratique, elle est en harmonie avec la morale qu’on professe, avec le culte religieux qu’on pratique. € La guerre est ainsi une justice armée dont l’arrêt se fonde sur la valeur eæacte des nations belligérantes. »

QIl ne faut pas, expliquait antérieurement G. Rôssler ‘, être scandalisé de ce que, ici, la force soit prise comme mesure de la valeur des peuples : deux individus ne peuvent pas se mesurer avec la totalité de leurs forces, aussi la force est entre eux un mauvais valorimètre (Werthmesser); les peuples, par contre, se mesurent avec l’universalité de leurs puissances, avec les €mentes quæ agitant molem »... La faiblesse physiologique, chez l’in-

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