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LA GUERRE, FONDATRICE DE L'AUTORITÉ POLITIQUE

nements, et ce sont elles aussi qui amènent la subordination des centres locaux de gouvernement à un centre général, lorsqu'un agrégat composé ou doublement composé est impliqué dans la lutte. Où il y a guerre, il y a autorité ! ; où il n’y à pas de guerre, il n'y à pas de chefs, ou bien ils ont une autorité faible et limi-

ARC \ à a 9 Q ,* . % © , tée *; où domine l’industrialisme, ce pouvoir est encore affaibli ou bien doté de contre-poids.

L'influence militaire toutefois se manifeste seulement d’une manière secondaire et indirecte dans linstitution des corps représentatifs, qui sont les derniers venus de lordre politique. Le premier objet en vue duquel on les assembla fut le vote des fonds, lesquels ne sont liés au régime guerrier qu’en tant qu'ils lui sont en grandes partie destinés. Quant aux corps consullatif, ils puisent, suivant Spencer, leur origine dans le conseil de guerre formé des principaux combattants, ainsi que tendrait à le démontrer la survivance de l’usage d'assister en armes à leurs séances. Mais cette règle est, en réalité loin d’être générale: on reconnait, par exemple, une toute autre filiation aux ministres de l’ancienne monarchie française, qui étaient d’abord de simples secrétaires. Le rôle de l’activité belliqueuse se dessine beaucoup plus nettement dans le troisième élément de la structure politique : les chefs de gouvernement, qui incarnent au plus haut degré le principe d’autorité, doivent à la guerre non seulement leur existence, mais leur caractère monarchique.

« L'intérêt militaire, dit Jhering, enrichit Etat d’une idée jusque-là ignorée, celle de la suprématie et de la subordination*. » L'union des individus et des petits agrégats et l'accord de leurs actes, que nécessitent l’offensive et la défensive. ont pour effet de produire une autorité centrale coordinatrice", d’abord limitée à la durée des opérations ét aux attributions militaires, ensuite permanente et dotée d’une plus vaste compétence.

l, Gumplowiez, p. 176, 219 : toute autorité est le résultat d’une guerre.

2. Spencer, t. Il, p. 97 s; H. Collins, p. 395. Ex : chez les peuplades où les individus sont dispersés pour la recherche des aliments (Fuégiens, Cayagas, Veddas, Boschimans, Esquimaux...) ou chez les tribus avancées et sédentaires non adonnées à la guerre (Papous, Alfaroux, Todas, Bodos...)

3. Ib., p. 248. — Jhering n’applique cette idée qu’à l’organisation politique (curies, tribus, roi) et, contrairement à Spencer, réserve le domaine de la famille au principe de coordination (gentes). Mais il exagère en ajoutant: « La guerre apprit l’ordre au peuple. » — De même : A. Franck, Le rôle de la g. dans la form. des nations et la soc. en général, Rev. d’hist. dipl., 1887, p. 169 s.

4, Spencer, t. I, p. 99: Ex. : Hébreux sous Sauül et David, Grecs, tribus germaniques, Empire allemand... — Jähns, p. 69 : la police est toujours de nature guerrière : les sheriffs anglais maintenaient la paix intérieure et repoussaient les

ennemis extérieurs; gens d’armes...

La sélection coopère au même résultat : € Les hostilités habituelles, qui réclament une coopération rapide des parties, exigent la subordination. Les sociétés où il y en a peu disparaissent et laissent seules debout celles où il y en a davantage »

La forme monarchique du gouvernement admet une double explication analogue. La royauté, explique Jhering, ne se concilie pas avec le sentiment d'indépendance et de spontanéité individuelle, avec le sentiment viril de soi-même, seuls régnants à l'origine; elle ne s'explique pas davantage par la fonction de justice (accomplie alors au moyen de la vengeance ou de Parbitrage), ni par la religion, ni par la puissance paternelle, mais seulement € par les exigences de la guerre? ». Il est peu de nécessité plus évidente que celle de Punité dans le commandement des armées et même de la population entière pendant les hostilités et même dans toute la période primitive d'insécurité. Plusieurs causes tendent, après le retour de la paix, à conserver une influence prépondérante à celui dont les ordres ont assuré le succès : la crainte du retour des dangers dont il a su délivrer le pays, le dévouement de l’armée qui s’est illustrée avec lui, la force morale qu’il s’est acquise par les sympathies de la nation entière y tiennent la première place. La sélection fixe l’institution de manière durable : € Les grandes populations, gouvernées par une volonté unique, généralement celle d’un soldat d’une tribu étrangère qui les a vaincues et leur a sauté sur le dos », ont les plus grandes chances d’écraser les innombrables petites cités au moment même où elles commençaient à fonder leur liberté”. Le militarisme tend ainsi à conserver l'unité de direction ou à la rétablir #.

S'il est, dans la société armée primitive, un chef qui s’impose de lui-mème ou auquel Passemblée des guerriers donne naturellement la préférence, c’est à coup sûr le chef des troupes, le ca-

1. Spencer, ib., p. 195. — Cette action conserve l’autorité, sans la faire naître. « Pourquoi les gouvernements se sont-ils perpétués ? Parce que les forts tuaient les faibles quand ils le pouvaient. Or on est plus fort, dans le combat, avec un gouvernement quelconque que lorsqu’on en est dépourvu. » (Bagehot, p. 26.)

2. Ib., p. 254, 118 : Le roi s’appelle rex (regere, régir) non parce qu’il gouverne, au sens juridique, mais parce qu’il commande, au sens militaire ; c'était un général en chef permanent qui n’avait personne au dessus de lui.

3. Bagehot, ib., p. 196, 71 : Souvent, dit Macaulay, une armée a été heureuse sous un chef incapable; jamais elle ne le fut sous la conduite d’une assemblée délibérante.

4. Spencer, t. III, p. 436 s : chez les Hottentots, Malgaches, Péruviens, Mexicains, Egyptiens, le monarque ne faisait qu’un avec le général en chef,

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