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CHAPITRE II

a France

La nécessité d'une réorganisation économique de notre pays ne fait de doute pour aucun de nous. Son urgence nous apparaît surtout par l'étude de l'évolution économique et sociale des autres grandes nations. L'économie des nations a été profondément modifiée par la guerre ; les centres de productions se sont modifiés, le courant des échanges a varié et 7.000 kilomètres de frontières intérieures nouvelles sont apparus en Europe. Les crises monétaires ont remué des industries entières, bouleversé des méthodes établies et les efforts de rétablissement ont imposé des principes nouveaux, des transformations industrielles, avec une rapidité inconnue jusqu'à ce jour dans les phénomènes économiques.

Depuis plusieurs années, nous avons vu les efforts des grandes nations guidés par la recherche de rendements meilleurs et leurs méthodes se sont souvent rencontrées sur les points suivants :

1° Abandonner les histoires de concurrences et la manie du secret des affaires pour concentrer ou consolider les entreprises ; développer les contacts, les échanges de vues et les ententes entre les dirigeants, les techniciens, les administrateurs pour élargir les bases de la coopé-

ration intellectuelle et materielle et diffuser le progrès scientifique,

2° Simplifier, uniformiser, standardiser, travailler en série toutes les fois qu’il s’agit d'objets d'utilité courante sans caractère artistique.

3° Adopter les principes d'organisation scientifique du travail ; réaliser le progrès social par des salaires accrus, la sécurité du travail, le bien-être du travailleur et la bonne utilisation des loisirs. Etablir une coopération plus étroite entre employeurs et employés, etc.

Il nous faut envisager quelle est la situation de la France et comment on pourra l’améliorer, soit en utilisant des méthodes déjà en vigueur à l'étranger, soit en continuant nos traditions anciennes qu'il suffirait peutêtre de moderniser.

Nous sommes en présence d’une menace multiple. La diminution du marché intérieur (le Nord et l'Est étant reconstruits), peu actif, difficile à satisfaire, prédisposé à accueillir volontiers les produits étrangers : de graves difficultés en matière d'exportation, comme personnel et comme matériel même :; des risques imminents d’invasion étrangère sur nos marchés, etc.

Cependant, la France possède une position géographique remarquable, un climat heureux et un sol harmonieux. Nous sommes peut-être un peu pauvres en certaines matières premières, mais nos colonies peuvent accroître singulièrement nos ressources naturelles. Depuis cinquante ans, l’industrie a pris des bras à la terre, mais l’agriculture est restée une grande richesse et si la vie est relativement bon marché en France, c'est que l'agriculture y protège l'industrie. Enfin le travailleur français possède des qualités exceptionnelles d’in-

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telligence, de finesse, d'ingéniosité et d'initiative, il est susceptible de produire un effort presque démesuré s’il a la certitude d'en être le premier bénéficiaire. I1 a le sens de l'épargne et le goût inné de la propriété.

Malgré cela, nous devons convenir, que, dans bien des industries étrangères, on se trouve en présence de méthodes de travail plus profitables puisqu'elles demandent, pour la fabrication d’une unité, moins de matière, de travail et de salaire. La France devrait-elle renoncer à posséder une industrie suffisamment puissante ? Notre industrie est-elle mal adaptée ? Ses points faibles sont nombreux.

I nous manque le goût pour les organisations collectives et une politique générale économique. « Une de nos faiblesses, dit E. MERCIER, est notre activité individuelle indisciplinée, multipliant exagérément les entreprises sans s'assurer des bases suffisantes, leur développement provoquant la concurrence désordonnée avec toutes ses conséquences désastreuses, d’une part, pour la prospérité des entreprises, d'autre part, pour la qualité des produits fabriqués. Les conséquences en sont multiples : frais généraux excessifs, initiative créatrice paralysée, multiplication illimitée des modèles et des types, frais d’études exagérés, etc., et surtout prix de fabrication trop élevés, avec leurs répercussions fatales. La France est un pays où il est difficile de faire pénétrer les méthodes d’unification, de normalisation, où il est difficile de vendre à deux clients la même chose.». Il nous manque aussi de la main-d'œuvre. L'éducation des Français ne les prépare pas à s’expatrier et on manque d'agents commerciaux à l'étranger. Nos colonies sont insuffisamment mises en valeur. Les syndicats ouvriers et patronaux s'occupent trop de

OR polit,. . oublient leur rôle professionnel. L'Etat, qui veut sans cesse économiser, abandonne parfois trop les laboratoires de ses Facultés et de ses Instituts. La dépopulation n’est pas un facteur de relèvement national. Si la qualité générale des produits fabriqués en France est bonne, elle est irrégulière, à cause des achats de matières premières en trop petites quantités, de la variété des travaux demandés au même individu, et les prix de revient sont trop élevés. L'industrie moyenne a détruit l'artisanat en se substituant à lui. L'industrie est trop divisée et n’a pas l'appui désirable des banques. « De quélque côté qu'on regarde, dit Aug. DETŒUF, je ne vois à la situation actuelle que des inconvénients et aucun avantage, sinon celui d'exister ». Une loi plie sous la discipline toutes les nations modernes, dit E. MERCIER, celle de la production. Il nous faut produire davantage, il faut améliorer notre rendement de toutes les manières possibles et dans ce but il faut appliquer les méthodes de rationalisation. M. le Professeur Roger PICARD, dans son cours, fait à Lille, nous apprend alors que la rationalisation, en France, s'occupe - 1° Dans le travail de l’individu, de l’amélioration du rendement et du gain, de l’orientation et de la sélection professionnelles, de l'étude psychophysiologique de l’ouvrier et de ses fonctions, de l’utilisation et de l'économie de l'effort, etc. ; | 2° Dans l'usine, elle s'occupe de l’organisation des services de production et de vente, des services administratifs et commerciaux, de l'étude du prix de revient, etc... ; | 3° Dans l’industrie, elle recherche la standardisation des produits, de l'outillage et des méthodes, la concen-

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tration industrielle, l'élimination des parasites dans la distribution des produits, etc... ;

4° Entre les nations, elle tend à la formation de cartels internationaux, unions douanières, conventions luridiques, etc.

La rationalisation doit assurer l'équilibre entre la production et la consommation ; elle consiste non seulement à mieux produire, mais à mieux servir : elle exige la collaboration entre ouvriers et patrons, producteurs et consommateurs, individus et Etat ; elle n’est vraiment réalisée que si les moyens mis en œuvre fonctionnent au profit de tous, sans écraser personne, que si elle assure aux hommes la maîtrise des forces économiques. l

Les premières organisations qui ont été établies en France sur le terrain économique ont été des organisations de classes destinées à la lutte, par la grève ou le leck-out. La guerre a rappelé aux ouvriers comme aux patrons que l’umion fait la force et des ententes industrielles se sont créées un peu partout qui ont régularisé les prix et la production. Ces ententes ont réparti les fabrications de manière à troubler le moins possible l’économie générale du pays. Ge fut d’abord le contingentement, qui affecte à chaque maison un certain pourcentage, basé sur de multiples facteurs et lui assure des commandes du marché total. Puis, le comptoir, qui centralise les services commerciaux de tous les adhérents ; toutes les commandés sont prises au comptoir qui les répartit entre ses participants de la façon la plus économique et la plus rationnelle ; il réalise ainsi l'harmonisation de la production avec la consommation. Il est un stade supérieur au contingéntement avec comptoir de vente, c’est la concentration, qui

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parait, en France, assez difficile à réaliser. Elle vient naturellement à la pensée des dirigeants de la grande industrie, mais sa réalisation se heurterait à la méfiance de l'industrie moyenne qui joue un grand rôle en France. Enfin, il y a la rationalisation qui ne consiste pas uniquement en la spécialisation des usines qui entraîne l'amélioration des outillages et la diminution des prix, mais aussi en une standardisation de tous les produits ou appareils, dirigée vers la diminution consdérable du nombre de types de manière à pouvoir pousser en plus grande série la fabrication de chacun. Tôt ou tard, l’industrie française, sauf les industries d’art dont l'artisan français restera toujours le maître, devra se diriger dans cette voie. Elle y est déjà engagée ; le nombre des établissements ayant plus de cent ouvriers augmente aux dépens de ceux qui en ont moins, et certaines grosses industries, l'automobile, le tissage. etc., sont parfois des modèles de concentration. Toutefois, il faut reconnaître que l'équilibre raisonnable de notre pays doit comporter le développement simultané et parallèle de nombreuses fabrications en série, et du plus grand nombre possible de fabrications de choix. En France, la rationalisation est poursuivie par : 1° Un organisme centralisateur français qui est la Commission permanente de standardisation, créée le 10 juin 1918, rattachée au ministère du Commerce et comportant des représentants des autres ministères. 2° En juin 1926 a été fondée l'Association française de normalisation dont le but est de centraliser la propagande, les études, informations et documents relatifs à la normalisation. Aux termes de ses statuts, elle a pour objet de grouper les organismes qui s'occupent en France de normalisation, de représenter ces organismes

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auprès des pouvoirs publics et des associations "étransères et enfin d'encoürager le développement de la normalsation en France.

À côté des méthodes de réorganisation industrielle, d'amélioration d'outillage, il y à l'organisation du travail. Trop souvent en France, les industriels travaillent au progrès dans leurs usines, les savants et les chercheurs dans leurs laboratoires et les uns et les autres ne se connaissent pas assez. Nous possédons en France:

1° Le laboratoire central de psychologie expérimentale des Hautes Etudes dont M. Laxy est le directeur. M. LAHY créa Te laboratoire psychotechnique de la T. C. R. P. dont les résultats sont les suivants : Avant le laboratoire, le nombre de machinistes reconnus incapables pendant et après l'apprentissage était de 20 %. IT n’est plus que de 3,4 %, ce qui économise 150.000 francs d'apprentissage, et la diminution des accidents est de 16,5 %, d'où 1.300.000 francs d'économies M. LAHY a créé aussi une,section d’études techniques de la machine à écrire. Cet institut forme des psychotechniciens experts auprès des industriels. I1 n’y a guère que des étudiants étrangers qui préparent ce diplôme, à cause du manque de débouchés pour les étudiants français ;

2° Le Laboratoire de Physiologie du Travail au Conservatoire des Arts et Métiers. Les noms de Amar et Langlois y sont attachés. Le Docteur Faillie et M. Pottevin y enseignent. Le laboratoire, bien outillé, étudie tout ce qui a rapport au facteur humain dans l'industrie ; il comporte trois sections d’études : Un centre d'orientation professionnelle, une section de physiologie du travail, une section d'hygiène du travail ;

3° L'Institut Lannelongue d'hygiène sociale, qui a

publié dans ses notes et mémoires les travaux de M. Frois et de ses collaborateurs, une étude sur le rendement de la main-d'œuvre et la fatigue professionnelle. L'Institut Lannelongue ne peut aujourd'hui travailler qu'au ralenti, faute d'argent ;

4° L'Enseignement technique, dirigé par M. Labbe, a déjà créé plus de 120 offices d'orientation professionnelle, et il fait une active propagande. Il à créé les écoles professionnelles, il subventionne l'Institut de psychologie, le laboratoire des Arts et Métiers, l'Office d'Hygiène sociale, les sociétés pédagogiques, etc. Qu'on permette de citer 1ci les efforts du laboratoire de Médecine Légale et de Médecine Sociale de Lille, qui, depuis 1918, s'occupe de ces questions.

Mais ces organismes français ne peuvent être comparés à ceux que nous avons cités à l'étranger. Chez nous les applications sont allées plus vite que les recherches et que l’enseignement, mais sans unité.

En dehors de ce qu'a fait l'Etat pour la rationalisation, il faut connaître l'opinion des ouvriers el des industriels sur l'introduction de la’rationalisation en France.

Ceux des travailleurs français à qui on a expliqué ce dont il s'agissait sont acquis à nos idées, mais beaucoup d'autres, ayant subi des tentatives de rationalisation trop partielles ou trop égoïstes, mal faites ou insuffisamment préparées, ont gardé une méfiance malheureusement basée sur des faits positifs. C’est à eux surtout que nous devons nous adresser et que nous devons faire comprendre le but que nous poursuivons. D'ailleurs, au cours de nos enquêtes, nous nous sommes aperçus que la plupart des ouvriers désirent une meilleure organisation du travail. C'est ainsi que dans un opuseule

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