‹ Le rôle moral de la bienfaisanceChapitre 1 sur 57 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

En publiant, après la quatrième partie de la Morale de la Vie sociale déjà parue, cette cinquième et cette sixième partie, il m'est donné de terminer le second volume de mes Principes de Morale; il y a quelques années, je n'espérais plus arriver si loin. Cependant ma satisfaction n'est pas complète, car je prévois que ces parties nouvelles ne répondront pas à Tattente générale. La Doctrine de l'Évolution n\a pas été pour moi un guide aussi sûr que je le pensais, et la plupart de mes conclusions, obtenues par voie empirique, sont de celles qu'auraient pu élaborer des hommes doués de sentiments droits et d'une intelligence cultivée. En dehors de quelques sanctions générales auxquelles je me réfère indirectement, le lecteur rencontrera tout au plus quelques conclusions d'origine évolutionnaire éparses ou plus particulièrement rassemblées dans les derniers

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chapitres ; elles viennent s'ajouter aux conclusions ordinaires, mais elles en diffèrent parfois.

J'aurais dû prévoir ce résultat. La règle exacte des activités d'un être aussi complexe que l'homme, vivant dans des conditions aussi complexes que celles de la vie à l'état de société, ne se prête évidemment pas à des conclusions également définies dans toute l'étendue de sa juridiction. La division la plus simple — la conduite privée — dépend déjà naturellement en partie de la nature de Tindividu et des circonstances où il est placé ; tout ce qu'il est possible de faire, c'est de prescrire des règles approximatives. Une compensation judicieuse entre les exigences auxquelles il faut satisfaire, et les extrêmes qu'il faut éviter, sera seule le plus souvent capable de nous guider.

Dans la première grande division de la conduite publique — la Justice — nous avons pu à la vérité formuler des conclusions d'une précision remarquable. C'est que fort heureusement la conception de l'équité ou de l'égalité domine la partie importante de la Morale, qui traite des justes rapports à établir entre les individus, sans tenir compte de leur nature, ni des circonstances ; l'idée de mensuration y a son mot à dire et nos déductions acquièrent de la sorte un caractère quantitatif qui les rapproche des sciences exactes. Mais si,

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quittant la catégorie importante des injonctions, qui en leur qualité de base d'une coopération sociale harmonieuse, sont impératives, nous abordons les deux divisions restantes, la bienfaisance négative et la bienfaisance positive, nous entrons dans une région où les complexités de la conduite privée se mêlent aux complexités de ses rapports avec la conduite non moins complexe des autres hommes, question qui comprend des problèmes pour la solution desquels aucune espèce de mesure ne vient à notre secours. Leurs éléments sont nombreux et variables. Ce sont les effets immédiats et les effets lointains de l'action sur le bienfaiteur et sur le bénéficiaire, sur les personnes qui vivent dans leur dépendance et sur la société elle-même. Aucun de ces effets n'est fixe ou susceptible d'être mesuré; nos conclusions étant de nature empirique, ne seront que des approximations de la vérité.

En plus d'une certaine harmonie générale résultant de l'application du raisonnement évolutionnaire, le contenu de la cinquième et de la sixième partie de mes Principes de Morale ne méritera donc l'attention qu'aux trois points de vue suivants. En premier lieu on trouvera dans chaque partie, exposées avec précision, les exigences et les limites multiples, dont il faut tenir

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