‹ Le roman d'un spahiChapitre 8 sur 14 · LETTRE DE JEANNE MERY A SON COUSIN JEAN · texte numérisé non relu

LETTRE DE JEANNE MERY A SON COUSIN JEAN

« Mon cher Jean,

« Voilà tantôt trois ans de passés depuis ton départ, et j'attends toujours pour que tu me parles de ion retour; moi j'ai bien foi en toi, vois-tu, et je sais que tu n'es pas pour me tromper; mais çà n'empêche pas que le temps me dure; il y a des fois la nuit où le chagrin me prend, et il me passe toutes sortes d'idées. — Avec çà, mes parents me disent que si tu avais bien voulu, tu aurais pu avoir un congé pour venir faire un tour vers chez nous. — Je crois bien aussi qu'il yen a ici, au village, qui leur montent la tête.,

mais c'est vrai pourtant que notre cousin Pierre est revenu deux fois au pays, lui, pendant le temps qu'il était soldat.

» Il y en a qui font courir le bruit que je vais épouser le grand Suirot. — Crois-tu? quelle drôle de chose d'épouser ce grand benêt qui fait le monsieur ; je laisse dire, car je sais qu'il n'y a rien dans le monde pour moi comme mon cher Jean. — Tu peux être bien tranquille, il n'y a pas de danger qu'ils m'attrappent à aller au bal; ça m'est égal qu'ils me disent que je fais des manières; pour danser avec Suirot ou ce gros nigaud de Toinon, ou d'autres comme ça, non vi aiment; je m'assieds bien tranquille le soir sur la barre' de chez Rose devant la porte, et là je pense et je repense de mon cher Jean, qui vaut mieux que tous les autres, et pour sûr je ne m'ennuie pas quand je pense à lui.

» Je te remercie de ton portrait; c'est bien loi, quoi qu'on dise ici que tu as joliment changé; moi je trouve que c'est bien toujours ta même figure, — seulement que tu ne regardes pas le

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