Le roman de Phlorios et Platzia Phlore
Un noble chevalier de Rome et sa belle épouse regrettant de ne pas avoir d'enfants, font vœu d'aller faire un pèlerinage au sanctuaire de Saint-Jacques-de-Galice. La jeune femme devient enceinte; on se met en voyage pour l'Espagne. Le roi de ce pays, un Sarrasin nommé Philippe, attaque avec son armée les pèlerins; le chevalier romain et un grand nombre de ses compagnon- de voyage sont tués, son épouse devient la servante et bientôt l'amie de la reine espagnole, qui tache de la consoler de son malheur. La reine s'appelle Kalliotera, la captive Topatzia. Un jour la reine lui fait porter une étoffe précieuse venue de la Dalmatie.
Au mois de mai les deux femmes accouchent le même jour de deux superbes enfants, la reine d'un garçon qu'on nomme Phlorios, son amie chrétienne d'une tille appelée Platzia Phlore „parce qu'elle avait la fraîcheur du lis". La chrétienne ne survit pas à ses couches. Les enfants grandissent. Le roi ordonne à son fils d'aller à l'école, mais Phlorios n'y consent qu' à condition que Platzia Phlore I \ accompagne. Après un certain temps d'instruction, la lecture du ..livre d'amour" (c'est-à-dire d'Ovide), révèle à Phlorios sa passion pour sa belle compagne; il n'a des yeux que pour elle et dorénavant il se soucie de tout enseignement comme „d'une toile d'araignée." Son précepteur s'en plaint auprès de son père et lui signale la cause de l'indifférence de son élève. Le roi voulant séparer le couple^ invite Phlorios à se rendre à Montorion pour \ compléter ses étud< il y sera le bienvenu auprès du duc son parent. Mais le fil- refuse de quitter Platzia Phlore. qu'il déclare aimer pins que sa vie. Cependant il se conforme à la volonté de son père lorsque celui-ci lui promet que la jeune fille le rejoindra bientôt : pour le moment elle doit tenir compagnie à la reine (pu. teignant une indisposition, e'est alitée. Le jeune homme prend congé de sa belle; elle lui donne une bague dont le saphir perdra son lustre dès que celle qui
l'a donnée se trouvera en danger.
4 LE ROMAN DE PHLORI03 ET PLATZL1 PHLORE.
A Montorion le duc s'efforce en vain de faire en sorte qne Phlorios oublie son amour; il ne prend aucun plaisir aux fêtes qu'on donne en son honneur. Le roi Philippe de son côté veut se débarrasser de Platzia Phlore, qu'il soupçonne d'avoir ensorcelé son fils à l'aide d'un breuvage magique; de concert avec son épouse il ordonne à son sénéchal de lui envoyer, comme venant de la part de Platzia Phlore, une volaille empoisonnée. Assis à table, entouré de ces chevaliers, le roi reçoit des mains du sénéchal une belle volaille, que. d'après les paroles du traître, la noble Platzia Phlore présente à Sa Majesté. Il en découpe une aile et la jette à un de ses chiens, qui tombe raide mort. Platzia Phlore est accusée d'avoir attenté à la vie du roi, et comme la pauvre tille ne réussit pas à trouver une seule parole pour attester son innocence, elle se voit condamnée à être brûlée vive. Conduite au lieu du supplice, elle déplore l'absence de Phlorios. son seul protecteur.
A cette heure môme, Phlorios s'éveille plein d'inquiétude, il regarde sa bagne et la voyant terne il emprunte à un ami des armes et un cheval et se précipite au secours de sa bien-aimée. A son arrivée le bûcher est déjà allumé. Sans être reconnu il promet son aide à la victime et lui demande l'explication de ce qui se passe. Platzia Phlore lui raconte la ruse du sénéchal, sur quoi le jeune chevalier s'adresse au peuple, déclare fausse l'accusation portée contre la jeune fille et provoque en duel l'accusateur. Dans le combat qui suit Phlorios reste vainqueur, il tue le sénéchal et retourne à Montorion après avoir recommandé Platzia Phlore aux soins du roi. A Montorion il explique son absence en disant qu'il a passé son temps avec de belles dames, mais il reste triste et lorsque le duc lui envoie deux jeunes filles qui par une coquetterie éhontée tâchent de le séduire, il reste insensible à leurs paroles et à. l'étalage de leurs appas. Le roi Philippe, renseigné sur l'état d'Ame de son fils, trouve un autre moyen de se défaire de Platzia Phlore ; sur l'avis de sa femme il vend la jeune fille à des marchands étrangers. On l'invite à revêtir ses plus beaux vêtements prétendant que Phlorios est revenu de Montorion et désire lui parler. A la vue de la beauté extraordinaire de Platzia Phlore les marchands offrent de vrais trésors: de l'or, des boucliers, des animaux et une coupe artistement ornementée. Le marché est conclu et la jeune fille est emmenée par les étrangers; sa profonde douleur émeut tout le monde el touche même le cœur du roi et de la reine.
I m• seconde fois la bague merveilleuse avertit Phlorios d'un danger; il accourt aussitôt, mais cette fois il vient trop tard. Il lait des reproches amers à ses parents et il déclare son intention
d'abandonner sa famille et tous les honneurs qui l'attendent pour se mettre à la recherche de son amie. Le roi doit acquiescer à la décision de son fils; il lui fait un long discours plein (h• conseils sur la manière dont on doit se conduire en voyage: ce -ont surtout la modestie et la. largesse qu'il lui recommande. La reine répète ces conseils en peu de paroles; en outre elle lui donne une bague magique qui préserve le porteur de toute mort violente.
Phlorios se met en route accompagné de nombreux chevaliers. Après quelques jours il découvre les traces de Platzia Phlore ; l'hôtesse d'une auberge où l'on passe la nuit est frappée de la ressemblance qu'elle remarque entre le jeune seigneur et une jeune tille qu'elle vient d'héberger et qui, en compagnie de riches marchands, est partie pour l'Egypte. On se rend immédiatement à Alexandrie et à l'hôtel où Phlorios descend il apprend que celle qu'il cherche est allée à Babylone; comme preuve de sa reconnaissance pour les informations qu'on lui donne, il remplace un verre cassé par une précieuse coupe d'argent. Les renseignements reçus à la première auberge ont été récompensés par le don d'une belle ceinture et d'un riche vêtement tout neuf. D'Alexandrie on part pour Babylone.
A Babylone son hôte lui raconte que les marchands ont vendu la jeune fille à l'émir, qui la garde dans une tour dont L'ai est surveillé par un châtelain impitoyable. Les largesses que fait Phlorios pour se gagner l'amitié de son hôte, lui font apprendre encore davantage. On lui fait une description détaillée (h' la tour, qui porte sur son sommet une fontaine dont l'eau miraculeuse si trouble à l'approche d'une jeune fille qui a commis une tante. Le châtelain est joueur et avide d'argent; c'est de ce cote qu'il faut l'attaquer.
Phlorios va le trouver. 11 est sans armes et par son habile Langage il entre en relation d'amitié avec le gardien sévère. Celui-ci, gagné par la ressemblance de Phlorios avec s;i prisonnière, accepte de jouer avec le jeune homme, qui gagne la partie, mats refuse I argenl et lui en donne par dessus le marché. Le lendemain on dîne ensemble ; de riches présents offerts par Phlorios font du châtelain un ami dévoué. Alors Phlorios lui raconte le véritable but de son voyage; s.. η nouveau confident lui suggère un stratagème pour \ arriver. Le moide mai, la tête «le Pâques fleuries, approche : de loin côté on viendra apporter des fleurs que L'émir enverra aux belles dames de son entourage. Le jeune homme n' aura qu à Be cacher daD8 nue des corbeilles de fleurs pour être introduit dans la tour. Il le fait, mais à deux reprises sa ruse esl sur le poinl d'être découverte : d'abord l'émir, en prenant quelques roses, touche la tète de l'intrus, ensuite
6 LE ROMAN DE PHLOEIOS ET PLATZIA PHLORE.
une des demoiselles de Platzia Phlore pousse un grand cri en voyant sortir la tète d'un chevalier d'une des corbeilles. Mais la singulière ressemblance que ce chevalier présente avec sa maîtresse lui fait comprendre que c'est Phlorios; elle garde *on sang-froid et elle raconte à >e> compagnes accourues que c'est un oiseau qui l'a effrayée. Enfin les amants sont réunis et se dédommagent dans la chambre de la jeune fille des privations que la séparation leur a fait souffrir. L'émir mis en éveil par l'eau de la fontaine, demande à voir Platzia Phlore. Lorsqu'on lui apprend qu'elle est indisposée, il va la visiter et la trouve endormie dans les bras de son amant. Il se retient avec force de les tuer sur-le-champ et demande au conseil des grands seigneurs de sa cour de prononcer un jugement. Les jeunes gens sont condamnés au bûcher. Phlorios veut passer sa bague protectrice aux doigts de sa bien-aimée, mais celle-ci refuse et les amants tendrement entrelacés sont jetés dans les flammes. La force magique de la bague est telle que le feu s'éteint. Le peuple voyant le couple indemne et chantant les louanges de Dieu, invoque la miséricorde de l'émir pour ces innocents. L'émir se montre clément , on délivre les amants de leurs liens et on demande à Phlorios d'où il vient et comment il s'est introduit dans la tour. Il répond qu'il est le fils du roi d'Espagne, que l'amour pour Platzia Phlore lui a fait surmonter tous les dangers et que, grâce à l'art de sa mère, experte en philosophie, il a pu franchir le seuil de la prison. A ces mots l'émir, parent du roi d'Espagne, court embrasser les amants, il les comble de ses bienfaits, fait célébrer leur mariage et les renvoie à leur patrie. Là ils sont reçus avec magnificence; un second mariage royal a lieu et toute la cour, tout le peuple d'Espagne se convertit à la religion des grecs orthodoxes. La ville de Rome choisit Phlorios pour son roi.
Hypothèses sur V origine du ri ι m mi. La version grecque est le
remaniement d'un poème italien. L'auteur et la date de la version
grecque. Quelques couplets du cantare et tableau de concordance.
§. 1. L'histoire qu'on vient de lire se retrouve avec des variations plus ou moins importantes dans presque toutes les littératures de l'Europe. Aujourd'hui on est d'accord que toutes ces versions ne sont que des traduction- ou des remaniements d'un original français, composé au XIIme siècle, qui nous a été conservé dans deux rédactions différentes, l'une faite à L'usage des classes supérieures de la société l'autre d'un
caractère plus populaire. x) C'est de la version populaire du poème que dérivent les traductions dans les langues de l'Europe méridionale.
Inutile de dire que les savants ne se sont pas arrêtés à ces résultats assez sûrs. On s'est demandé d'où venait cette histoire qui sous tant de rapports rappelait des mœurs étrangères au monde occidental. Les réponses désignaient tantôt l'Orient, tantôt Byzance comme lieu d'origine. En faveur de l'Orient on a allégué surtout : a. que le noyau du récit (amour de deux enfants élevés ensemble, séparation par les parents, aventures et voyages des héros, réunion des amants) est un motif très répandu dans les romans persans du temps des Sassanides ; h. que ce même motif est traité dans les Mille et une Nuits. On y trouve encore cette particularité que le jeune homme, déguisé en femme, s'introduit dans le harem du calife; il se trompe de porte et vient chez la sœur de ce dernier. De même Phlorios se glisse dans la prison et manque d'être découvert, parce qu'il se montre trop tôt.
Voici ce qui a paru militer en faveur d'une origine byzantine: a. dans le poème français les parents de Floire s'opposent à son mariage à cause de la condition inférieure de Blanchefleur, dans le monde oriental cette différence de position sociale n'aurai! puété un obstacle2); b. les noms propres ont l'air d'être traduits du Grec: Floire répondrait à "Κν^ος ou Γι. Αειριαεις, Blanchefleur à Αευκα.ν&ίχ ou à Αέίριότη, Fenice à Φοίνιξ etc.
Reste un grand nombre de particularités qui peuvent être rattachées aussi bien à Byzance qu' à l'Orient, et dont quelques-unes peuvent appartenir à la forme la plus ancienne du récit. Je n'en signale qu'une seule, la ressemblance extraordinaire du héros el de l'héroïne qui aide Phlorios à retrouver Platzia Phlore. Ainsi l'hôb d'une auberge donne des indications sur le chemin à prendre, parce que la personne de Phlorios lui rappelle une jeune tille qu'elle a reçue chez elle il y a quelques jours (v.'v. 1220, 1227 — 1229 ; à Babylone le châtelain favorise l'entreprise du héros, parce qu•• celui-ci ressemble étrangement à Platzia Phlore (v. 1 LOS) el grâce à cette même ressemblance la servante de la jeune fille reconnaît dans l'intrus l'amant de sa maîtresse (v.v. 1007, 1631). Qu' ν a-t-il au fond de toul cela? Flore et Blanchefleur étaient-ils primitivement frère el sœur? El fautil chercher l'origine lointaine du sujel dans un pays comme l'Egypte où le mariage consanguin et;nl permis? Ou bien doit-on aller plus
1 Flaire et Blancheflor, poèmes do XIII• siècle, publiés avec une introduction, des
notes et an glossaire par Edelestand du Bferil, Paris Ifi
'-'. Je fais observer qu'elle l'aurail été fcrèi peu à Β mce. On peu! dire la même chose
:m sujel de la différence de religion; le roman de Digéuis en fournil la preuve.
S Ι. Κ L'OMAN DE PHLOKIOS ET PIATZIA PHLORE.
loin encore et penser à une époque de proniixuité sexuelle?. . Nous n'avons aucune envie de nous lancer dans de telles considérations, qui ne promettent aucun résultat sûr ; toutefois nous nous étonnons que cette curieuse ressemblance n'ait pas été discutée par les critiques.
Les deux opinions émises sur l'origine du poème ont ceci de commun qu'elles reposent sur la ferme conviction que le poème français est une traduction on un remaniement. Or c'est justement ce qui nous paraît très difficile à prouver. M. Leendertz x) relève dans le roman quelques incohérences qui sans doute peuvent provenir de fautes de traduction, mais qu'on peut aussi bien expliquer, d'une autre façon.' Accordons-lui cependant que ce sont en effet les erreurs d'un homme qui comprenait mal ce qu'il voulait rendre en langue française; est-ce une preuve que le roman tout entier est l'imitation d'un original étranger? Ne se peut-il que l'auteur se soit trompé dans certains détails empruntes à différentes histoires qui lui étaient connues soit par un texte écrit soit par la voie orale? Certes, les éléments constitutifs de son poème sont en grande partie d'origine orientale ou byzantine; un roman grec comme l'histoire de Daphnis et Chloë lui a peut-être suggéré certains traits de ses héros, mais tout cela ne nous contraint pas à lui refuser l'honneur d'avoir composé ce charmant conte d'amour. 2)
Nous n'avons pas insisté sur la valeur intrinsèque des rapprochements qu'on a faits entre le poème français et les récits orientaux ; nous avouons qu'ils nous semblent assez vagues. Si nous avons dit deux mots sur la question compliquée des origines du roman, c'était pour faire ressortir la différence qui existe entre emprunt de matériaux et traduction complète. Avant tout nous nous méfions de l'hypothèse des ^originairx perdus", dont vraiment on a abusé. Gidel en avait besoin pour rattacher une grande partie de la littérature populaire grecque à des poèmes écrits en ancien français; d'autre part le livre de Gaston Paris sur la littérature française au moyen Age contient tout un chapitre consacré à des romans mis en fran-
1 Dans L'introduction à son édition de la version néerlandaise du poème (Floris ende Blancefloer van Dièderic van Assenede, oitgegeven door Dr. P. Leendertz Jr., Lèiden 1912 . M. Leendertz a traité à fond toul ce qui se rapporte à L'origine du roman. Pour des détails plus précis nous renvoyons Le Lecteur à cette excellente étude. Presqu'en même temps que L'éditjon publiée par M. Leendertz a paru L. Ernst, Floire mni Blantscheflw\ Studie zur vergleichenden Literaturwissenscbaft, Strassbourg 1912. Ce travail ne s'occupe pas des versions méridionales du poème.
2 Ν oublions pas que ceux qui soupçonnent nue origine étrangère sont enclins à négliger les détails qui prouveraienl Le contraire. Ainsi le fait qu'os donne aux jeunes gens Ovide comme Livre de Lecture esl bien caractéristique pour l'éducation du moyen âge occidental; il serait arbitraire d'attribuer cette particularité à un traducteur.
LE ROMAN DE PHLORIOS ET PLATZI.V PHLORE. 9
çais et remontant à des originaux grée- qui auraient existé et se seraient perdus. Le grand nombre de ces pertes prétendues dans les deux littératures suffit a les révoquer en doute.
Si Ton pouvait admettre que ces romans grecs perdus avaient appartenu à la littérature populaire, dont en Grèce on ne faisait pas grand cas, on s'expliquerait encore la disparition de quelques uns, mais la date des écrits français qui en seraient des traductions nous force à les rapporter à une époque où l'on n'écrivait qu'en grec ancien. Or des monuments de ce genre disparaissent rarement -ans laisser de trace.
§ 2. Mais revenons à la version grecque que nous allons publier. Elle est la traduction ou plutôt le remaniement d'un poème toscan, intitulé // cantare di Fiorio e Biancifiore et datant du XIV"" siècle. L'importance de ce poème et ses rapports, d'une part avec l'original français, d'autre part avec un roman espagnol, avec le Filocolo de Boccace et avec notre version grecque ont été mis en lumière par M . ' π scini, dans son beau livre Il cantare di Fiono e Biancifiore, Bologna 1889 — 1S99, deux volumes in 8°, publiés en 202 exemplaires numérotés. M. Crescini a montré à l'évidence (pie ce cantare se rattache par l'intermédiaire de poésies du nord de l'Italie à la version populaire de l'original français (o. I. II p. 14), qu'il a été la source du roman espagnol et de notre poème grec [p. L I p. 81 — 486), et que Boccace s'en est servi pour écrire son premier roman, le Filocolo {o. I. I p. 32 — 80, II p. 1 — 28) l). Le roman de Boccace forme un gros volume de près de s<)(> page- peut in v . le poème italien, tel qu'il nous est conservé dans le- plu- anciens manuscrits, ne compte que 110 1 vers, divisés en 188 couplets (ottave rime). Cette différence d'étendue provient surtout de ce que Boccace a fait du simple conte médiéval un livre surchargé des ornements mythologiques et allégoriques qu'aimait la renaissance; en outre il a développé le thème en y ajoutant un grand nombre d'aventures et en donnant l'explication psychologique du caractère des personnages, chose dont se souciaient fort peu le- conteurs médiévaux. 11 suffit de citer un seul exemple de ce procède Dana le cantare, comme dans les autres versions de Flore cl Blanchefleur, le sénéchal poursuit l'héroïne simplement parce qu'il est méchant et que son maître le lui ordonne ; <hins le Filocolo \\ aime lui-même
i) Profitant des recherches tait.- par M. Creecini, j'ai étudié dans un article intitula ,•„ Blanchefleur ", Zuid-Europa ><<■ Gidt L916 II. p. 147 et néridionales
du poème en cherchant de mettre en lumière comment les différente te d'un
même sujet répondenl aux divergences psychologiques qu'on lee Italiens,
i. ^ \ ig oie et les I ■
10 LE ROMAN DE PHLQRIOS ET PLÀTZIA PHLÔRE.
la jeune Hlle et c'est par le dépit d'un amour froissé que Boccace a expliqué sa haine féroce.
A côté de l'accroissement dû à l'auteur du roman, il faut tenir compte du fait que Boccace a connu une rédaction du caniare moins succincte que celles qui nous ont été conservées. A vrai dire le texte que nous en possédons est tellement resserré qu'il paraît plutôt l'abrégé d'un poème qu'une œuvre originale.
Voyons maintenant comment l'auteur de la version grecque a traité son modèle. Il l'a suivi de beaucoup plus près que Boccace ; néanmoins il s'est permis assez de liberté pour amplifier le texte en y introduisant des détails de son invention. On peut se demander si, comme Boccace, il avait à sa disposition un texte moins écourté que le nôtre. Il est vrai que la version grecque, seule parmi les rédactions méridionales l), nous apprend que l'émir avait l'intention d'épouser Blanchefleur et que le mariage des héros est célébré une seconde fois en Espagne; une troisième particularité, la mort de Blanchefleur un an après celle de son mari, n'est mentionnée que dans le manuscrit de Vienne (voir ci-dessous p. 19), qui est le plus jeune. Toutefois il faut se garder d'attacher trop d'importance à ces deux détails qui peut-être sont dûs à l'esprit moralisateur du traducteur ; une union illégale le choquait : nous verrons ci-dessous qu'il laisse de côté un passage où l'émir est représenté comme un voluptueux, qui passe chaque nuit avec une autre femme; un mariage contracté devant un infidèle n'avait pour lui qu'une valeur provisoire. -)
M. Crescini (o. 1. p. 467) a établi que la rédaction du can tare dont s'est servi le poète grec, ressemblait à celle qui nous a été conservée par un groupe constitué par deux manuscrits de Paris (D et E, d'après la notation de M. Crescini) et par un manuscrit de Florence (C). Cependant la ressemblance dont parle M. Crescini est très relative et n'exclut pas de grandes différences. Les couplets assez nombreux du caniare qui sont propres au groupe C Ώ Ε et que M. Crescini n'a pas admis dans son texte, n'ont pas d'équivalent dans la version grecque. 3) Cette observation nous porte à supposer que le traducteur avait sous les yeux un manuscrit du
1 Crescini, e.l. I. \>. 168.
De même l'auteur de Belthandràs ι•ι Chrysantza fait suiwc L'union de ses héros par un mariage devanl Uévèque de la capitale (Voir Legrand, Biblioth. gr. vulg. I. ]>. lus. v.v. L330 et suiv. ι.
Ό ;ι intercalé un couple* entre Les <«.u|,l,ts .">1 et 52, et deux couplets entre (il et 62, <'>'.• et Tu: C et ι, oui ajouté un coupfel entre 1 1 et 1.".. I»; et 17. 72 et 7:». 00 et '.'t. 125 et 126, et quatre couplets entre 56 et :>7: /•: a un couplet de plus entre 107 et 108, 125 et 126. Cela t'ait un total de 11 couplets (= 112 vers> donl on ne trouve rien dans le po<
LE ROMAN DE PHLOBIOS ET PLATZIA PHLOBE. 1 1
cantare qui s'éloignait assez de ceux que non- connaissons, hypothèse qui est confirmée par les remarques suivantes.
1°. La version n'a rien qui réponde aux couplets 1 (prologue), 43 (une députation rapporte au roi la provocation en duel de Fiorio), 68 (le patron du navire des marchands salue les messagers du roi), 76 (l'émir garde dans sa tour cent jeunes tilles: chaque nuit il en choisit une). 7S — s^ (les parents de Fiorio font ériger un cénotaphe pour Biancifiore dans l'espoir de tromper son ami), 06 et 97 (l'aubergiste Biligiante recommande à Fiorio de descendre à l'hôtel de Dario où il trouvera bon accueil). 1 1 9 (le châtelain annonce à Fiorio qu'il le cachera dans une corbeille remplie de fleurs). 11 est probable que le traducteur a rejeté les couplets I et 76, qu'il jugeait superflus ou inconvenants: admettons ensuite que par une négligence vraiment extraordinaire il a sauté les couplets 43, 68, 96, 97, 119, dont cependant les derniers contiennent des détails importants et même indispensables : il reste toujours la série de onze couplets (78 — 88) qu'il était impossible de ne pas remarquer et οΐι il n'y a rien qui eut pu le scandaliser.
2°. Dans trois passages les événements se succèdent dans un autre ordre que dans le cantare: les nom- de la reine et de sa captive, ainsi que l'arrivée d'une étoffe de la Dalmatie (v.v. 1 12 — 122 = couplet 9) l), sont mentionnés après le récit des confidences qn-e se tout les deux femmes; Blanchefleur prononce sa prière après le coup d'épée porté par le sénéchal (v.v. 688— 701 = couplet 50) : l'épisode du verre cassé a lieu dans la seconde auberge (v.v. I 26 7 127 5 couplet 94). La conclusion s'impose que dans le manuscrit du cantare que suivait le traducteur grec, les couplets 10, 51, 95 précédaient les couplets 9, 50, 94 du texte actuel. Or, dans ( D le couplet 9 vient aussi après 10 il manque dans // et l'ordre 51, 50 s'observe également dans Ε (pas dans (\ /)), mais en vain on cherche parmi les variantes données par M. Crescini un exemple de 95 précédant 9 I. Les trois transposition-, prises ensemble, confirment donc que le modèle du remaniement grec quoique apparenté au groupe CD /'. avait son caractère propre.
3°. En discutant la videur des deux manuscrits que nous connaissons du poème grec, nous montrerons que la traduction h été faite sur un original dont le texte dans plusieurs passages étail obscur (voir ci-dessous ch. 111). Dès à présent non- osons dire que le poète
> Le cantare fail donner l'étoffe à Topatzia, parce qu'elle excelle daiel'aii de broder; dans la version grecque la reine en revêl Bon amie.
grec avait affaire à un manuscrit défectueux, et plus ou moins différent de tous ceux que nous a fait connaître M. Crescini. x)
Comparé au cantcure italien, le remaniement grec porte un caractère rhétorique et moralisateur. C'est dans ce sens que le texte a été amplifié. L'auteur aime à insérer de beaux discours qui remplacent quelquefois un ou deux vers du poète italien (exemples: v.v. 158—166. 201—209, 406 — 4.26, 1091 — 1148, 1151—1168, 1 L75 — 1520); il montre une vraie virtuosité à former de longs adjectifs, exprimant les rares qualités de ses héros (exemples: v.v. 154 et suiv., 190 et suiv., 732 et suiv., 790 et suiv., 1712 et suiv.); les figures rhétoriques qu'il affectionne sont la palillogie, qui consiste à commencer un vers par le mot qui finit le vers précédent (exemples: v.v. 382—383, 443—444, 459—460, 568—569, 1209—1210, 1570—1571, 1690—1691, 1762— 1763) et l'interruption (exemples: v.v. 543., 1198, 1490, 1491, 1492) L'enjambement, chose rare dans la poésie du peuple, se rencontre chez lui très souvent et quelquefois au détriment de la clarté (exemples: 241—242, 332—333, 461—462). Il résulte de tout cela un style verbeux et ampoulé qui cependant ne manque ni de vivacité ni de force.
Nous avons vu que l'auteur laisse de côté ce qui est trop contraire à la morale chrétienne et qu'il tient à régulariser l'union de Phlorios et de Flatzia Phlore par un mariage ecclésiastique ; son caractère de moraliste se manifeste d'une façon positive par les leçons de conduite qu'il donne, là même où elles sont assez déplacées. Dans le cantare le roi d'Espagne se contente de dire à son fils qui part à la recherche de son amie•. ,,a tutta gente dona e fa larganza ed usa cortesia et leanza" (couplet 90); l'auteur grec a développé ces simples paroles dans deux discours, l'un fait par le père et l'autre par la mère du jeune homme. Les conseils du père occupent 5 7 vers (1091—1148), ceux de la mère 17 (1151—1168); ils rappellent les leçons de sagesse qui forment le poème à Spanéas (cf. Krumbacher, Gesch. '1er byz. Lit., p. 802 et suiv.). Que des parents donnent de longs conseils à un fils partant en voyage, c'est san> doute la chose la plus naturelle du monde, mais l'auteur n'a pas senti qu'il est bizarre de faire prêcher la morale par un couple qui ne recule devant aucun crime. Cette considération n'entrait pas
I.' plus ancien texte du canlare que nous connaissons a déjà assez de passages
corrompus, cf. Crescini, o. /. I. p. .">7 et suiv.
"ii peut dire La caricature, de cette figure eont les ττίχοι κλιμακωτοί àe
■- Krumbacher Gesch. </,>,• byzant. Lit., y. .Vil et suiv.) en donne îles exemples amusants.
LE ROMAN DE PHLORIOS ET PLATZIA PHLOKE. 13
dans L'esprit du poète; pour lui les préceptes de la sagesse sont toujours bons à entendre, n'importe qui les énonce.
§ 3. Le texte ne nous donne aucun renseignement sur le porte grec. Krumbacher {Gesch. der Ujz. Lit. p. 868) a cru en trouver un dans les derniers vers du poème, où nous lisons que les parents de Phlorios avec tous leurs sujets sont convertis εις πίστιν τψ κΰ&ολικψ Ύωμαύων ορθοδόξων (ν. 1794 de notre édition). Les paroles citées prouveraient, d'après Krumbaclier, que l'auteur de la version était un Franc hellénisé, un gasmule peut-être: un grec muait changé ces paroles que le savant allemand traduit par ,,ζιιιη orthodoxen lcatliolisch.en Glauben." Pour lui le fait que le père de Platzia Phlore est, comme dans le caniare, un chevalier romain qui fait un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Galice, doit être interprète de la même façon. Il nie semble (pie l'opinion de Krumbacher repose sur une erreur de traduction: εις- ττίστιν τψ κα,&ολικψ 'Ρωμαίων ορ&ο26ξων signifie ,,à la religion grecque orthodoxe". Un Franc hellénise aurait dit simplement ,,la religion catholique'* ou, mieux encore, „la religion des Latins". Le traducteur grec n'avait aucune raison de changer les noms des lieux de L'original; il nous raconte une histoire qui s'est passée εν πα,λχιοΐς τοϊς "χ^ρονοις (ν Pour lui il n'y avait dans ces temps anciens qu'une seule religion chrétienne, celle qui dans sa pureté primitive était conservée par les Ύωμαΐοι ορθόδοξοι. Nous avons vu que la version a un caractère essentiellement grec: rien n'y vient appuyer la thèse de Krumbacher.
Pour notre part, nous croirions volontiers que le traducteur était un ecclésiastique grec, un moine probablement. Ce ne sont pas seulement les traits dominants de sou œuvre qui nous ont suggéré cette hypothèse, mais aussi quelques-unes vie ses expressions. \u vers 1152 la mère de Phlorios appelle son fils το φως το νοέρον τψ 'όλης μου καρδίας; au milieu des flammes du bûcher les héros chantent les louanges du Seigneur comme des martyrs chrétiens el toute la terminologie de ce passage v.-. . I ï 0 I I 734, notamment le vers 1733) parait empruntée à la lecture édifiante «le- moin<
La langue populaire de la version el le fail qu'on y rencontre des vers empruntés aux chansons du peuple (exemples : v.v. 764, 1369, 1450, 1600) ne sont pas défavorables à la supposition «pie m. us Venons de faire. Au contraire. En Grèce, comme ailleurs1), le bas clergé, recrut*' en grande partie parmi I - inférieures de la
1 Voir Salverdfl de Grave, Cher hel ontstaan mn l*••' genre der chanmm de génie Compte rendus de l'Acad. d'Amsterdam, T. I. p. 514
14 LE ROMAN DE PHLOKIOS ET l'LATZIA PHLOBE.
société, avait une singulière aptitude à adapter au goût du peuple drs romans et des contes, écrits dans une langue étrangère ou ni van te.
Pour la datation du poème dans sa forme originale nous avons comme terminus a quo la date du cantare, dont le manuscrit le plus ancien ne peut remonter plus haut que l'an 1343 (Crescini, o. 1. p. 55). Le terminus ad quem nous est fourni par le rns. L, écrit dans la seconde moitié du XVme siècle. Etant donné que le ms. L n'est pas le manuscrit original (voir ci-dessous, p. 20 et suiv.) et que les scribes ont la coutume de modifier les formes grammaticales des textes, on ne se trompera pas de beaucoup en attribuant le poème original au commencement du XVnie siècle ou à, la dernière partie du XIVme.
La langue ne nous permet pas de préciser la date du texte que nous publions; l'ensemble des formes grammaticales que nous en relevons au ch. IV nous en fait rapporter l'origine au XVme siècle.
Nous n'avons aucune conjecture à proposer sur la provenance du texte, qui est écrit dans une langue commune.
§ 4. Le eau/are n'est pas dans toutes les mains, l'édition de M. Crescini n'étant tirée qu' à 202 exemplaires. x) Pour donner une idée du texte italien à ceux qui ne peuvent le consulter en entier, nous copions les couplets 17 et 32 — 36. Nous les avons choisis parce que la comparaison avec les vers grecs qui y répondent (184 — 200, 389 — 518) montre clairement la méthode suivie par le remanieur. Une comparaison complète des deux textes sera facilitée par le ,, Tableau de Concordance" que nous ajouterons. On y remarquera que certains couplets de l'original sont rendus par deux ou trois vers de la version grecque, tandis que d'autres — ceux surtout qui contiennent des discours — ont donné lieu à des développements démesurés.
Stanza 1 7 -)
•E poi lesson lo libro deU'amore, chelli facea legendo inamorare, e dava lor di tal ferite al core,
ι I m' édition -du cantare, faite sur quelques manuscrits seulement, a été publiée par E. Hausknechl dans Irchiv fur dos Studium der neueren Sprachen, vol. 71 (1884), ρ 1 I". Le travail de Hausknechl méritoire en soi a été surpassé de beaucoup par le livre de M. Crescini.
Nous reproduisons fidèlemenl le texte établi par M. Crescini, en laissant de côté l'apparat critique.
LE ROMAN DE PHLORIOS ET ΡΙΑΤΖΙΛ PHLORE. 15
clie spesse volte i facèa sospirare :
e Fiorio riguardava Biancifiore, di lei non si potea saciàre.
e lo maestro se ne fu acorto :
■ al re Feliee η 'an do molto tosto.
St. 32.
Ε Ί re fecie sonare a parlamento e tnto il puovol fecie ragunare, e disse: be' signiori, io mi lamento di Biancifior che mi voile atoscare.
quella vedendo si gran tradimento non si sapea disdicer ne scugiare:
vérr' è che i savii l'eber gindicata ched ella fosse ad ardere menata.
St. 33.
E incontro li diciea tuta la gente pero che non sapean ben la cagione; e Ί siniscalco cane e ricredente tosto la fece metere in pregione, e fecela legare istrettamente, perch' ella non dicesse sua ragione :
poi la fece menare a la giustiçia lo siniscalco pieno di maliçia.
Sti 34:
Ad arder fu menata la dongella sença ragione e per amor di Fiorio.
ella dicea : lasa tapinella.
ο drudo mio, tu ti stai a Montorio, ià non sai di questa mischinella, corne per te ricevo gran martori nonn' agio messo che tel venga a dire corne pcr te son menata a morire.
Si. 35.
E poi dicea : ο misera dolenl perché Bon io ad ardere menata?
io non agio ne amico ne parente che mi conforti e sono abandonata, ο laso lo mio core e la mia mente !
per te. Fiorio, mi dnole ch'i'son natal io mi morô, e tu non mi vedrai, e a la tua vita alegro non sarai.
St. 36.
E Fiorio a quello punto avea dormito :
con g ran paura si fue isvegliato,
e riguardô l'anello ch'avea in dito,
quello che Biancitiore li avea dato ;
e vide lo giafiro iscolorito
che molto fortemeiite era scanbiato.
alora disse: doloroso, laso,
credo che Biancifiore sia a mal paso.
Tableau de concordance entre le eau tare et ta version grecque de PJilorios et Platzia PJ/lore.
Ν. B. Les numéros en caractères gras sont ceux des Stanze (couplets) du cantare ; les autres chiffres représentent les vers de l'édition présente.
1 manque dans la version grecque, 2=1 — 17, 3=18 — 23,
597, 43 manque dans la version grecque, 11 = 598 — 615, 45 =
LE ROMAN DE PHLOEIOS ET PLATZIA PHLOEE. 17
S91, 64 = 892—904, 65 = 905—914, 66 = 915— 924, 67 = 925 — 930, 68 manque dans la version grecque, 69 = 931 — 93S, 70 = 939—945, 71 = 946—974, 72 = 975—981, 73 = 9£ 1029, 74 = 1030—1044, 75= 1045 — 1052, 76 manque dans la version grecque, 77= 1053 — 1061, 78 — 88 manquent dans la version grecque, 89 = 1062—1090, 90 = 1091—1148, 91 = 1149 1183,92 = 1184—1229,93 = 1230—1249, 94 = 1267 — 1275. 95 = 1250 — 1266, 96 et 97 manquent dans la version grecque, 98 = 1276—1283,99 = 1284—1.292, 100 = 1293—1306, 101 = 1307 — 1315, 102 = 1316—1325, 103 = 1326—1336, 104 =
119 man-
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lus la
version
grecque
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Les manuscrits, les éditions et les commentaires. Tableau îles corrections proposées.
§ I. Nous connaissons deux manuscrits contenant l'histoire de Phlorios et Platzia Phlore. Ce sont:
L = Musée britannique, rnss. additionnels d°. 8241, ff 782 165 v°.
V = Bibliothèque de Vienne n°. 211. ff. 211 r 222 \ .
L date de la seconde moitié du Ν V siècle. Ces! le même manuscrit qui nous a conservé, aux ff. 165 r à 202 s . les chansons d'amour, dont en 1913 M. Pernol el moi avons donné une nouvelle édition 1). La maison Donald Macbeth, 66 Ludgate llill à Londres, nous en a fourni d'excellentes photographe
ι Ζρατοχα/γνια chansona d'amour), publiées avec une traduction, une élude critique -m• les ύκατάλογχ, des obeervationi grammaticales el un indei par l>. C. Beueling -ι M. Pernot, Parit Athènei 1913 Bibliothèque grecque vulgain \
V. ri, uni. der Kon. Aka.l. v. Wetensch. Λ M ι Ι'1• *VT1 N"• ''•
L'histoire de Phlorios et Piatzia Phlore y est acéphale, le f. 78 r° commençant par le vers. . . αν συλλαβή η γυνή του va τεκνοποίηση, suivi d'une note de copiste: λείπει εδώ. Vient ensuite le vers 36 de notre texte, après quoi le texte continue sans interruption. Des notes marginales, glissées en partie dans le texte, montrent que c'est la copie d'un manuscrit illustré, ou qui devait l'être. L n'a ni illustrations ni blancs destinés à en recevoir; ces notes prouvent donc que notre manuscrit est la copie d'un autre, et en même temps que cette copie a été faite par un scribe peu intelligent.
On pourrait se méprendre sur le caractère de quelques-unes des notes marginales, mais d'autres ne laissent pas de doute. Je citerai d'abord cette seconde catégorie.
Après 182: Ό διδάσκαλος va. τους διδάσκη και τους δυο; après
I 0 10 : εδω (sic) Ό βασιλείς και η δέσποινα, και την κόρψ επαίρνουν οι πραγματευτώ ε ς; après 131 S: eèœ (sic) Ό Πελεσαντας κα) Ό Φλώριος.
On reconnaîtra des indications analogues dans les passages suivants: Après 111: κάθεται Ό βασιλεύς και ν\ βασίλισσα να παρηγορούν τψ κορψΐ après 157: Ό βασιλεύς και ν)' μητέρα του διδάσκουν τον υιον τους; après 11) 7: τον βασιλεαν συντυ'χα'ινει Ό διδάσκαλος', après .0:2 0 : Ό βασιλεύς διδάσκει τον υ'ιόν του (même note après 10'JO et après 1111); après 517: Ό Φλώριος σηκώνεται από τον υπνον; après 557: ή κόρη παρακαλεί τον Φλώριον α ρ ματ ω μεν ον, après 828: ο Φλώριος κα) οι αρχοντοπούλες; après 976: ο βασιλεύς και οι πραγματεί: ahc; après 998: η κόρη λιγο^υμά. Ces notes marginales, écrites à l'encre rouge, à en juger par la photographie, indiquaient la scène à illustrer1); la plupart pouvaient aussi servir de devises aux dessins. Elles sont de la même main que le manuscrit.
Le texte de L, quoique partotit défiguré par la négligence du scribe, est assez clair, surtout dans la première moitié du poème.
II est plus sobre et moins éloigné de celui du cantare (pie la rédaction conservée par Γ (voir ci-dessous): malgré les fautes nombreuses qu'on y rencontre, le texte de L nous donne une image plus fidèle de l'original disparu. Nous renvoyons le lecteur pour les détails à nos observations sur les vers 150, 245, 720, 819,
1115, L602, 1702 et aux paragraphes que nous avons conb aux noms propres {Introd. eh. IV, § 97 et suiv.). L a servi de base à l'édition présente.
1 Π entendu que nous n'interprétons pas de la même façon toutes les notes
pii se trouvenl dans les manuscrits destinés à être ornés de dessins. Dans tous
■ us connaissons de Lybistros <■/ Rhodamne mi n laisst'• des blancs poni
ine, mais 1rs notes marginales y ont un caractère différent.
LE L'OMAN DE PHLOMOS EL ΗΛΤΖΙΑ PHLOItE. 19
V est le manuscrit de Vienne bien connu dont Wagner a publié une grande partie dans ses Carmina graeca medii aevi (Leipzig, L879). Dans la préface de ce livre on trouvé, de la main de M. Sathas, une description détaillée du manuscrit. Nous en rappelons ici les traits suivants :
Γ a <:té composé vers la moitié du seizième siècle; il contient des pièces en prose et en vers; l'histoire de Phlorios et Platzia Phlore y occupe les ff. 211 à 222v.
Noua avons vu que la version du roman qui nous est transmise par L était destinée à être illustrée. Rien ne nous autorise à constater la même chose pour le texte conservé par V. M. Kôstlin (voir ci-dessous, p. 22) a observé que plusieurs vers n"\ sont que des notes marginales introduites dans le texte, mais ces notes ont un caractère tout différent: elles résument ou annoncent le contenu du passage qui va suivre. J'en citerai quelques-unes: è βααη) βουλεύεται χ,ακ•/,.* βουλψ μεγάλων τικρότατην, οδυνηρών, ύς ϊδειζεν το τέλος (872 α. 6); λόγια τα ανντύγα<Γίν οί apyc eç αλλήλους | κα) μετά ταΰτ* επήραν του; κ1 υττ:< >38 α, b); εύχεται και υτεύχετχι τατερας ο Φλωρίοι ' μ,ε δάκρυα κχί ρε βρυΎκτμ,ούς λέγει τρος τον υϊόν του (10!) 1 α, 6). On en trouvera d'autres exemples aux vers 857 a, b, 916 a, b. c, 1111 a, b, 1458 a, 1 lîs a etc.; d'ordinaire elles se composent de deux ou trois vers les notes de L sont très brèves et en prose), et elles ne donnent aucune indication au dessinateur. Ces interpolations ne
rencontrent pas dans le texte de L. d'autre pari V n'a (tas une seule des indications propres à L. On pourrait supposer que le scribe de /'. plus attentif que celui de L, se soit gardé de copier des noti - qui n'avaient pas de sens dans un manuscril non-illustré, mais le texte il•• / se soucie si peu de clarté et d'ordre que nous n'acceptons pas cette explication, qui en outre esl en contradiction avec les résumés marginaux glissés dans le texte. Noua croyons donc (pie la différence que nous avons remarquée entre les notes de L et de V provient de ce que ces deux manuscrits ne sonl pas des copies d'un même modèle.
Le texte de V abonde en passages inintelligibles, en vers superflus, en lacunes laissées telles quelles ou gauchement conibli On n'a qu' à jeter un coup d'oeil dan- les éditions de Bekker el de Wagner (voir ci-dessous, p. 21 pour s'en convaincre. I a des développements qui sont étrangers 8 /. exemples: 916 a, 6, c, L088 a— h, 1586 a — », 1638 a d} 1796 a h) ' : il renchérit
ι En revanche il laisse de côté on rend \m\ ni les interruptions rhétoriques,
v,ir ci-dessus p. L2 el les vers 543, L198, 1490 e1 buîv.
LE KOMAN DE PHLORIOS ET PLATZIA PHLORE.
sur la prédilection qu' avait saiis doute l'original pour les adjectifs composés. Souvent les deux manuscrits se complètent ou se corrigent et d'ordinaire c'est L qui paraît le mieux informé.
Les passages sont nombreux où il y a corruption manifeste aussi bien dans L que dans V. Dans la grande majorité des cas les deux manuscrits présentent à ces endroits des leçons différentes (citons les vers 151. 279, 572, 0S5, 1205, 1303). Le texte est à peu près identique, quoique corrompu, aux vers 1327 et suiv., 1528, 1564•, 1641, 1662 (voir nos observations sur ces vers). Nos observations sur les vers 1055 et 132 7 portent sur des lacunes communes. Cette identité prouve qu'il existe une certaine parenté entre L et /", niais les grandes différences qui séparent ces deux manuscrits prouvent qu'elle était éloignée. Vu le caractère indépendant de L et de V, il faut chercher l'origine de la corruption du texte dans un manuscrit antérieur à ceux dont L et 7' sont les copies respectives.
Il y a des cas où l'obscurité doit remonter au texte primitif de la version, parce qu'elle provient d'un passage obscur ou corrompu du cantare. En voici un exemple. Dans le cantare Fiorio en sauvant son aime du bûcher n'est reconnu de personne, pas même de Biaucifiore. Or nous lisons au couplet 41: Ε Fiorio disse: nonn' aver temença e la guardia de l'elmo si levô: I si corne cavalier di gran valença davanti a tutto il popolo parlé. M. Crescini (o. L I, p. 202) s'étonne à juste titre que le poète italien ne s'est pas aperçu du contresens que présentent ces vers: le jeune homme en levant la visière de son casque ne pouvait garder l'incognito sur la place publique de sa ville natale. Λ cet endroit L a un vers dépourvu ■ί<• ^ii< : vj θεωρία, του y.uC(r&ièioC φυλάξη fl"é, τψ χορψ (ν. 572), et / a laissé le passage de coté, probablement parce que son modèle ne l'avait pas non plus. 11 faut admettre q\i'ici l'altération du texte a sa source dans un passage inintelligible du eantare.
( ''est surtout dans les développements du texte que les vers dénués de sens sont fréquents. V étant postérieur a L. on y trouve un texte plus interpolé, car toute proportion gardée on peut appliquer à notre roman ce qu'on a constaté pour les poèmes vulgaires attribués υ Prodrome1): chaque copiste était tenté d'ajouter des vers de sa fabrication au texte original et leur verve poétique s'est urtout sur les parties rhétoriques et didactiques du poème qu'ils ù reproduire.
Nous somnii - convaincu que, si un heureux hasard nous mettait
™ Permit, Voptrm prodratniquea en grec mU/oire^ Amsterdam, 1910
l>. 1H et suiv.
LE KOMAN DE PHLORIOS ET PLATZIA PHLORE 21
sous les yeux un manuscrit plus ancien que L, on ν trouverait un texte ayant les mêmes traits dominants, reproduisant des obscurités de l'original italien, mais moins défiguré par des interpolations.
§ 2. L n'a- pas été publié jusqu' ici. de V nous possédons trois éditions complètes et le fragment d'une quatrième. Emmanuel Bekker en publia le texte dans les Mémoires de V Académie de Berlin (1845, p. 125 — 180), sans introduction, sans notes1) ou commentaire d'aucune espèce. L'illustre philologue s'est contenté de diviser le texte en vers et d'en rétablir l'orthographe,- en y laissant un très grand nombre de finîtes {τρεσβιν pour ττρεο-βνν, ν. 12; χλ/ο pour xXuc'iyovv, v. 17; άτιμοι pour ccty\ μου, ν. s6 ; ορεινής pour oèivviç, v. 209, etc. etc. Pour la constitution du texte son édition est sans valeur; elle a servi de base aux publications de Mullach, de Maurophrydes et de Wagner. 2)
Mullach (Conjectaneomm byzantinorum libri duo, Berlin 1862, p. 32 — 60) a réimprimé les premiers 103 vers du texte de Bekker; il en a corrigé les fautes d'orthographe et il a ajouté dès n critiques et explicatives.
Dans son Έκλογη μνημείων της νεωτέρας 'Ελληνικής γλώσσης Ι (Athènes 1866), Maurophrydes donna une nouvelle édition du poème. Il a épuré le texte de Bekker des fautes d'orthographe ; au bas des pages il a proposé sur plusieurs passages difficiles des corrections, toujours accompagnées d'un point d'interrogation. Plusieurs de ces conjectures sont confirmées par L. Maurophrydes a connu le travail de Mullach.
Enfin, huit ans après l'édition de Maurophrydes, Guillaume Wagner en publia une autre dans les Ifedieval Greeks m texte I (Londres 1870, p. 1 — 56); l'auteur avait l'intention de faire suivre les textes de ce recueil d'un glossaire et de notes explicatives voir la préface, p. XXI), mais la seconde partie de son livre n'a jamais paru. Le texte qu'il donne a profité des corrections de Mullach et de Maurophrydes, qui sont en partie mentionnées aux bas des pag Wagner lui-même a redressé quelques erreurs du manuscrit el il
!> 11 y a un•- seule exception: a la fin dn poème <ίι trouve la remarqut : nV 1428 und
11.'!.'! lies ri vit '.■■ pour rc-^s? . Lea vei 1541, 1542 spondanl au \
l'édition présente) sont imprimée ainsi:
εκείνον έχει xï.yhivov ['ότι οιχ φίλον -χτχει εκείνον έχει χ>.ν,~-ινον\ οτι νχ τρέπει φίλος.
L'éditeur n'explique pas les crochète; il n'en fait ici.
-ι La guerre européenne nous ;i empêché de consulter ril de Vienne. La haute
compétence de Bekker en paléographie el son dessein manifeste de donner nue édition quasi diplomatique nous sonl garants qu'un nouvel examen dn manuscrit n'aurait donné que des résultats Insignifiante.
a signalé plusieurs passages obscurs, soit eu déclarant le texte corrompu (par exemple, aux pages 46, 47, 48, δ δ de sou édition, les passages correspondant aux vers 1502, 1545, 1 5^0 a, b, 1δ81 c, 1766, 17G7 de notre texte), soit en supposant des lacunes (voir aux pages 3, 10, 14, 1S, 19, 81, ol de son édition). Malheureusement il a travaillé d'une manière peu systématique ; tantôt il admet parmi les variantes des divergences sans valeur, telles des fautes d'itacisine, tantôt il change des mots ou des formes du texte de Bekker sans en avertir le lecteur.
Le nombre des passages incompréhensibles du texte de Wagner est certainement dix ou douze fois plus grand que celui des vers corrompus qu'il signale. Des huit lacunes supposées par lui une seule est confirmée par L. En somme L'édition de Wagner n'est pas de beaucoup supérieure à celle de Maurophrydes ; c'était de sa part un jugement trop sévère de déclarer que son devancier avait donné un texte qui ne mérite pas confiance („a very un trust worthy text", préface p. XVIII). '
§> 3. Trois études spéciales ont été consacrées au roman, à savoir :
1. H. Kôstlin, Zn PAlorios und Platziaphlora (Bijz. Zeitsckr. I 1 892), pp. 393 — 399. L'auteur remarque que la tradition du texte laisse beaucoup à désirer; il signale un grand nombre d'interpolations, il propose des corrections sur une dizaine de passages corrompus et il discute l'étymologie de quelques noms propres. La plupart des ses athétèses sont confirmées par le manuscrit de Londres. ses conjectures ne le sont pas.
:2. J. Schinitt,. Zu Phlorios und Platziaphlora (Byz. Zeitsckr. II (1893), pp. 212 — 221). "Schmitt fait observer que l'étude du roman grec doit se baser sur celle du cantare et sur le livre de M. Crescini, dont à l'époque où il écrivait avait paru le premier tome. Il combat les corrections de M. Kôstlin et en propose d'autres sur deux ou trois passages. Dans un seul cas (v. 193) le manuscrit de Londres a ratifié sa collection. 11 conclut que l'état du texte n'est pas an^si mauvais que le croit M. Kôstlin et qu'il n'a pas besoin d'une cure radicale.
3. h. Teza, Del nome Μττ ï y^v\ λ nella Δ,ιηγ η <τ ι ς Φλωριον κ λ) ΠλάτζίΛ Φλώρης {Rendiconti délia Ι\. Acad. dei Lincei, classa ior. Ser. 5, IV (1895), pp. 511— .520). D'après M.
Teza le nom Μπεχβλ (ν. L588, L600) ou Μπεχηλάά (ν. 1606) d'origine germanique el équivaul à Beraht-hild ou Perahthild. 11 présente quelques corrections sur des passages obscurs, dont nnc seule (voir v. 283) esl confirmée par le manuscrit de
LE ROMAN DE PHLORIOS ET PLATZIA PHLOKE. 23
Londres, et juge ainsi de l'état du texte publié par Wagner: „il testo bizantino vuole ancora ripulitori, ma tutti debbono aspettare che lumi e soccorsi dia il eodiee di Londra" (p. 513). Enfin, il compare les lacunes supposées par Wagner avec Les passages correspondants du cantare.
Nous insérons ici un tableau synoptique des principales corrections proposées par Mullach (Ml.), Maurophrydes (M.). AYagner (W.), M. Kôstlin (K.), Schmitt (S.), M. Teza (T.). Nous n'y avons pas reçu celles qui ont un caractère orthographie) ne ou qui ont rapport à des détails insignifiants (par exemple cl &ο&εοι pour cl Si α&εοι etc). On a espacé les corrections admises dans le texte de l'édition présente; presque toutes ont été confirmées par le manuscrit de Londres.
Tableau des corrections proposées. l)
6 suppr. K. — 14. ωσάν M. — 16. S tu vu '%y r. γ^. Ml. — 17. vu πάγουν M. ετοίησεν W. — 24. μετ1 uîtoC Ml. — 2 7. ζ. για. t. Ml. — 35. έστησαν Ml. — 44. éiSev M. — 50. el ς air : M. πάν αυτούς Ml. — 52. θράσους M. £ράμον Ml. — Après 60 une lacune W. - (35. r. S\ τε και W. — 79. τελείως II'. 94. ούτως Ml. eh ταύτα M. — 97. οαυρμοι Ml.
106. vu συνεργησωμαι M. — 137. άγουρους M. — 150. ocv$v) μία Ml. άν^έμια M. άν^έμιον Λ. 160. ταπεινούς M. —
o-yeèov τι W. — 193. νεραντζαροτάκουστον Μ. ν ε ρ αν τ ζ ε f τάκουστον S. —
201. τον υ'ιον σου Μ. — 204. τούτου κα) μόνη συντυγ^ίά II . — 207. κα& αυτόν Μ. — 217. bV ου ... εκείνον II'. 223. τατράς ou
πατρί Μ. — 232. ètu σένα .)/. -■ 233. èixro σε II'. ètx τοίτο στέλλει Τ. — 236. με λέγεις II'. 245. κ. κ. αγάπης το rraSl vu φησν\ς vu με y.o^y T. — 247. άωκωσι M. 251. ofb-.ωσασιν ψ. —'252. κ. $ψ.αν τψ W. — 281. αύτο τ. ό. 1/ 283.