‹ Le roman de Renard, version moderneChapitre 51 sur 70 · TYBERT VA CHERCHER RENARD · texte numérisé non relu

TYBERT VA CHERCHER RENARD

— Renard, je viens au nom du Roi. Ne m’en veuille pas ! Je n’ai pas de haine contre toi, mais il n’y a personne à la Cour, fors Grimbert ton cousin, qui ne te haïsse à mort. Tont le monde se plaint de toi, et le Roi aussi te hait.

— Laisse-les menacer, répondit Renard, et aiguiser leurs dents. Je vivrai, tant que je dois vivre. J'irai à la Cour pour entendre ce qu'on dit de moi.

— Tu ne feras que sage — et j'en suis bien aïse car je t'aime. Mais j'ai si grand'faim que j'en ai l’échine tordue. Aurais-tu coq ou geline à me donner, ou chose quelconque que je puisse manger ? |

— Me voilà très embarrassé, dit Renard, je n’ai ni cog ni geline. Je ne pourrais t'offrir que des souris ou des rats. Je ne pense pas que tu veuilles goûter si pauvre manger.

— Mais si ! Mais si! au contraire, je ne m'en lasserais jamais, donne-moi vite ces souris et ces rats.

— Oh ! je vaist’en donner! Suis-moi, je marche devant.

Il sortit de sa tanière et Tybert le suivit, sans penser à mal ni ruse. Îls arrivèrent dans un village dont les coqs et les poules avaient passé presque tous par la cuisine de Renard.

— Tybert, dit Renard, voilà ce qu'il faut faire. Cette maison que je connais très bien, est celle d’un prêtre qui a beaucoup d’orge et d’avoine en son grenier. Mis les souris y font grand dégât et en ont déjà mangé plus d’un demi-muid. J'y suis yenu dernièrement, j'ai étranglé dix poules dont j'ai mangé cinq sur place, et j'ai emporté les cinq autres. Vois le trou par où je suis entré. Entre et remplis ton ventre !

Le traître mentait. Le prêtre qui habitait là n’avait orge ni

avoine, et tout le village le plaignait parce que sa femme — la mère de Martin d'Orléans — avait dissipé tout son bien. Il ne lui restait bœuf ni vache ni autre bête, sauf deux poules et un coq que Renard espérait attraper bientôt. Martin qui depuis fut prêtre, et moine ensuite, avait tendu un collet dans le trou — que Dieu bénisse ce fils de prêtre qui on à prendre chats et goupils !

Renard, qui connaissait le piège, dit à son compagnon :

— Pourquoi n’entres-tu pas, Tybert ! Tu n'oses pas.entrer, capon ! Allons ! Entre 1! Je t'attends là dehors.

Tybert s’élança dans le trou, mais tout de suite vit sa folie, car le collet lui serra rudement le cou. Il recula, tira, mais plus il reculait, tirant, secouant la tête, plus le collet se serrait et l’étranglait. |

Au bruit. qu'il faisait, Martin sauta à bas du bit.

— Or sus ! mon père! ma mère ! venez vite ! allumez la chandelle ! courons au trou ! le goupil est pris!

La mère de Martin s’éveilla, se leva, alluma la chandelle, prit le bâton de sa quenouille: Le prêtre aussi se leva, et tous trois firent pleuvoir plus de cent coups sur le dos du'chat. Le Chat se défendit vaillamment ; jouant des griffes et des dents il mordit cruellement le prêtre qui se mit à crier. La femme aussi se mit à cricret. tomba pâmée. Martin lui porta cs Tybert rongea le collet et s’échappa. . :

Comme il se serait vengé de Renard s’il l'avait is dehors ! Mais Renard ne l'avait pas attendu. Dès qu’il l’avait vu pris, dès qu'il avait entendu crier Martin, il était Le et vite était rentré à Malpertuis. ue not

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