RENARD DANS LE POULAILLER DE LA NOIRE ABBAYE
Renard, un soir, sortit et s’en alla droit à l’abbaye des moines noirs de Compiègne où il savait qu’il y avait des chapons gras. Il rôda autour du poulailler, prêta l'oreille, n’entenditaucun bruit et pensa que toute la volaille dormait. Il tira la chevillette attachée à une petite corde, qui tenait la porte fermée,
entra et attrapa silencieusement un beau chapon qui valait, certes, plus de cinq sous. Il lui tordit le cou, et sans demander nappe ni serviette, joyeusement il le mangea, se disant :
— Je lui rends tout le mal qu'il ne m'a pas fait.
Souvent, vous le savez, il en va ainsi à la Cour — tel est puni qui n’avait pas péché.
Renard mangea les bons morceaux de son chapon — ce fut un riche festin. Il jeta la plume et les os. Tout en mangeant, il jurait qu’il choisirait les plus beaux chapons de ces simoniaques de moines pour les manger aussi. Mais il ne savait pas ce qui lui pendait à l'œil |
Un domestique se leva pour satisfaire un besoin pressant. Il entendit Renard ronger les os de son chapon. Il pensa qu'un goupil ou un blaireau était entré chez les poules. Il courut au poulailler, ferma la porte qu’il trouva ouverte, remit la chevillette, l’attacha et puis revint à la maison en criant :
— Levez-vous ! Levez-vous ! le goupil est pris ! Il faudrait qu’il fût bien malin pour s'échapper !
Et moines de se lever, de courir au poulailler, chacun portant son bâton. Ils ouvrirent la porte, et tous ensemble entrèrent. Renard tremblait de peur, il savait qu’il ne sortirait pas de là sans dommage.
« Ha ! pensait-il, méchants moines, mauvaises gens ! Parce qu'ils portent noir manteau on dit que ce sont des prêtres ! Ce sont des diables ! Le diable aussi est noir — comme eux. Il serait temps, si j'avais un vrai prêtre sous la main, de me confesser et de recevoir Corpus Domini ! »
Pensant cela, Renard se préparait à fuir, quand un moine,