‹ Le roman du Chaperon-RougeChapitre 10 sur 59 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LES MÊMES, LE FOU ET LE CHAPERON-ROUGE. {Ils arrivent en folâtrant, Iras dessus, bras dessous.)

CHAPEUOX-ROUGE.

Vois-tu, mon ami, je te parle franchement, tu es le seul homme au monde avec qui je puisse m'entendre, et je jure de ne t'oublier de ma vie. Promets-moi de songer quelquefois à moi, de ton côté.

LE FOU

Je veux bien, je veux bien; mais il faudra que tu me dises ton nom. Est-ce que tu me l'as déjà dit?

chaperon-rouge, essuyant une larme.

Hélas! le seul homme que j'aie jamais aimé! — L'ami

prête-moi ton dos, que j'atteigne ce cerisier ; — je veux me faire des pendants avec les cerises.

les trois affligés, se montrant tout à coup. Enfin, la voilà !

chaperon-rouge, vu peu effrayée.

Que voulez-vous de moi, braves gens? à qui donc en avez-vous, avec vos mines furibondes ?

tous les trois, à la fois.

C'est à toi, à toi seule que nous en voulons... C'est tout ton sang qu'il nous faut.

CHAPERON-ROUGE , OU fOU.

Hé! l'ami, au secours, au secours!

LE FOU

C'est très-bon, les cerises!

Messieurs, messieurs, expliquez- vous d'abord, mcn

sang coulera après. — {A l'enfant.) Toi, commence; que me veux-tu?

l'enfant.

Te dire que tu es une méchante fille et la cause de tous mes malheurs. Grâce à toi, on m'a mis à la porte de l'école ; le père Picou m'a cassé les reins à coups de trique, et la mère Picou {avec un sanglot) ne veut plus me bailler à manger.

CHAPERON-ROt'GE.

Et d'un. — A un autre,

l'homme de lettres.

J'avais bien raison de me méfier de toi ; tu m'as encouragé dans ma paresse et dans mes folles rêveries ; j'ai laissé mon travail de côté, et me voilà sans ressources pour un mois.

Peccaïré, et toi ?

l'amoureux.

Moi, je veux te demander raison de tes mauvais con-

seils et des méchantes idées que tu nous a mises hier dans la cervelle ; ma pauvre Marie a taché de vert sa robe blanche ; sa mère a tout deviné et Ta mise au couvent.

Est-ce fini ? Vous n'avez plus rien à dire!

TOUS

Que te faut-il davantage ?

C1IAPERON-ROUGE.

Ecoutez-moi, mes enfants, écoutez-moi quelques minutes. Je ne suis point le démon pernicieux et malin pour lequel vous voulez bien me prendre, et j'éprouve un profond chagrin de tous les malheurs qui vous arrivent. Etes-vous tant à plaindre, du reste ? Chacun de vous me doit une journée adorable, qui n'a duré que vingt-quatre heures, il est vrai, mais ce n'est point par ma faute. Ne vaudrait-il pas mieux accepter vos maux présents en souvenir des bonheurs passés, vous résigner un peu et me remercier beaucoup ? Telle que vous me voyez, mes pauvres amis, je vais payer dans quelques instants mes plaisirs d'hier et de cette nuit. Un loup est là qui s'impatiente à m'attendre, et pour évi-

ter sa dent cruelle, je ne puis rien faire, hélas ! 11 est dans ma destinée de Chaperon-Rouge d'accepter cette mort sans me plaindre; — imitez mon exemple, chers enfants, et ne regrettez jamais un plaisir, si cher que vous ayez pu le payer : le bonheur n'a pas de prix ; il n'y a que des sots pour le marchander. Et maintenant je me livre à votre vengeance, faites de moi ce que vous voudrez.

TOUS

Si jolie et si malheureuse ! Comment pourrionsnous lui en vouloir ?

Là! j'en étais bien sûre que vous ne me feriez pas de mal ; vous êtes des enfants, de bons enfants, et je veux vous laisser un souvenir de moi. {Quittant ses boucles d'oreilles.) Une cerise pour chacun. Tenez, et gardezles jusqu'à demain... C'est bien long, n'est-ce pas?.. AUoris, adieu, mes amis, et songez quelquefois au Chaperon-Rouge. {S' adressant au fou.) Et toi ! veux-tu venir m'embrasser un brin, un dernier brin ?

le fou, gambadant sans V entendre.

Alors le colibri dit à la princesse : Le moment est venu ite nous séparer... Tra la la la, deri deri, la la.

Il n'a pas beaucoup de mémoire, mon amoureux... (Huit heures sonnent.) Allons, voici le moment; tous les romans ont une fin, le mien comme les autres ; il est plus court, et voilà tout. Bonsoir, la compagnie. (Elle entre dans la maison.)

TOUS

Adieu, Chaperon. {On entend un grand bruit à l'intérieur.)

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