SCÈNE VI
Un conseil de guerre. — Le major et le bourgmestre au tribunal. — Au banc des accusés : Réséda, Venterbich, le trompette. — Bourgeois et bourgeoises dans le fond. — L'adjudant sert de greffier.
LE BOURGMESTRE
Accusée Réséda, levez-vous et nous dites comment vous vous nommez.
L'AMOUR-TROMPETTE. ilo
LA BOUQUETIERE.
Vous le savez bien, monsieur le bourgmestre, puisque vous venez de m'appeler par mon nom.
LE BOURGMESTRE
Dites toujours.
LA BOUQUETIÈRE
Je m'appelle Réséda, bouquetière de père en fils, à l'angle de la grand'place.
LE BOURGMESTRE
Greffier, écrivez les aveux de l'accusée. Accusé Venterbich, avouez-vous reconnaître la susdite Réséda, votre complice ?
\ENTERBICH.
la, che regonnais.
le bourgmestre, se frottant les ?nains.
Ecrivez qu'il reconnaît.
iiu L'AMOUR-TIîOMPETTE.
le major, bas au bourgmestre.
Laissez-moi prendre la parole, cher ami; j'irai plus vite en besogne.
LE BOURGMESTRE
Inutile, major ; je m'en tirerai bien tout seul.
LE MAJOR
Mon excellent ami, je vous prie de ne point m'échauffer les oreilles.
LE BOURGMESTRE, à part.
Brutal, va !
LE MAJOR
Or çà, Venterbich, je suis bon enfant, moi, et si tu es franc avec nous, je te garantis que tu en seras quitte pour une excellente bastonnade. Attention ! De qui tiens-tu le clairon que tu as dans la poche?
VENTERBICH.
De la betite bouguetière.
L'AMOUR-TROMPETTE. li"
LE MAJOR
Pourquoi t'a-t-elle fait ce cadeau? Ce n'est pas la mode, que je sache, de se donner de ces choses-là entre amoureux.
YENTERBICH.
Elle afre tit lui serfir à se faire aimer, en souvlant tetans.
réséda, pleurant.
C'est la pure vérité, monsieur le major ; j'ai donné l'instrument à Venterbich ; je lui donne tout ce que j'ai.
LE MAJOR
Et vous-même, mon enfant, de qui teniez-vous le clairon ?
RÉSÉDA
Du petit monsieur que voici.
le major, au trompette.
Eh bien ! qu'en dites- vous, jeune homme? Eh bien?
LE BOURGMESTRE
Il dort, le gredin! {Rires dans la salle ; V adjudant tire les oreilles au trompette.)
le trompette, se réveillant.
Messieurs et damés, comment avez-vous passé la nuit? bien, n'est-ce pas? et moi de même ; j'ai seulement quelques lourdeurs dans la tète...
l'adjudant.
Silence !
le trompette.
Ah I pardon, j'oubliais.
LE MAJOR
Accusé, levez-vous.
le trompette, se dressant sur ses ergots. Je suis levé, monsieur le major.
LE MAJOR
On ne s'en douterait guère; montez sur le banc. —
L'AMOUR-TROMPEÏTE. 119
Quel était votre dessein en donnant la trompette à cette jeune personne?
Je voulais la remercier de sa grâce touchante et de ses fleurs; vous comprenez bien, mon cher major, que je ne me doutais pas qu'elle ferait passer mon clairon à Venterbich, que Venterbich vous le transmettrait, et que vous-même, vous...
le major , rougissant.
Fort bien ! fort bien! \e subtilisons pas. — De qui teniez-vous cette trompette endiablée?
A dire vrai, monsieur, je suis né comme cela, mon clairon sur le dos , en sautoir, attaché par un fil rose; je dois vous dire que nous habitions vis-à-vis d'une caserne. Maman aura eu sans doute un regard d'un de ces messieurs, comme on dit ; à coup sûr, c'était d'un trompette.
LE BOURGMESTRE
J'oserai faire remarquer à monsieur le major qu'il y
a du sortilège là- dedans, et que ceci relèverait peutêtre d'un pouvoir ecclésiastique.