‹ Le roman du Chaperon-RougeChapitre 8 sur 59 · G LE ROMAN · texte numérisé non relu

G LE ROMAN

Bon Dieu ! le singulier personnage que je vois là-bas. Quelles cabrioles il fait! quelles gambades ! Le voilà qui marche sur la tète, maintenant. Est-il drôle ! est-il amusant! ah! ah! ah! Il faut que je lui propose de jouer avec moi. Hé ! l'homme ! l'homme !

{Entre le fou.)

LE FOU

Qui m'appelle ? Est-ce vous, petite fille, qui m'appelez ?

Oui, c'est moi, le Chaperon-Rouge, et je viens vous demander s'il vous plairait de nous amuser ensemble. Vous m'avez l'air réjouissant.

LE FOU

Pour être réjouissant, je suis très-réjouissant. Ah ! vous êtes le Chaperon-Rouge, vous ; qu'est-ce que cela? Oui, je me souviens, une fillette qui aimait beaucoup les fleurs et qui s'en allait toujours par les chemins de traverse. Moi aussi, je les aime, les fleurs; veux-tu que je te fasse une couronne avec les branches de ce saule? Elle est très-jolie comme cela. A propos, vous m'avez déjà dit votre nom, je l'ai oublié.

CHAPERON-ROCGE.

Chaperon-Rouge.

LE FOU

J'oublie toujours. Dis donc, toi, tu ne vas pas me reconduire là-bas! {PI curant.) Je suis si heureux d'être libre ; je ne fais de mal à personne ; petite, je t'en prie, ne me reconduis-pas là-bas.

Où donc là-bas?

LE FOU

Chez le médecin, ce gros à lunettes, qui m'arrose d'eau froide tout le jour, comme un jardin potager.

Tiens! c'est un fou; je ne m'en serais jamais doutée.

LE FOU

J'ai la cervelle un peu malade, mais ce n'est pas une raison pour me meurtrir le crâne et me faire mal aux oreilles.

N'aie pas peur, je. ne te reconduirai pas. Y a-t-il longtemps que tu t'es échappé?

LE FOU

Je ne sais pas. Quand on est heureux, on ne sait jamais depuis quand. Veux-tu que je te raconte l'histoire du colibri et de la princesse ? Mais, auparavant, il faut que tu me dises ton nom, j'oublie toujours.

Est-il amusant! Voilà dix fois que je le lui répète. Je m'appelle Chaperon-Rouge.

LE FOU

Chaperon, assieds-toi sur mes genoux et écoute mon histoire.

CHAFERON-ROUGE.

Nenni ! nenni 1 II se fait tard, la nuit tombe, il faut que je coure vite chez bonne-maman.

LE FOU

Allons, je commence...

Non, tais-toi, je m'en vais... {Sans bouger de place.) Adieu !

LE FOU

Va- t'en.

Eh bien! non, je reste... Raconte- moi ton histoire. {On entend hurler un loup.)

LE FOU

Viens te mettre sur mes genoux. — Qu'as-tu? tu trembles.

• As-tu entendu la vilaine bète ? Hou ! hou I

LE FOU

N'aie pas peur ; je suis là.

Qu'il est gentil, mon fou! Allons, je l'écoute. [Elle passe ses bras autour du cou de son ami.)

LE FOU

Il y avait une fois un colibri et une princesse qui s'aimaient éperdument... Est-ce que tu dors?

Non, mon ami ; — un colibri et une princesse.

LE FOU

Seulement, on s'opposait à leur mariage, parce que le colibri était trop... M'entends-tu ?

Oui; mais ne raconte pas si fort.

LE FOU

Un soir, le colibri dit à la princesse...

CHArEROX-ROUGE, à moitié endormie.

Elle est... bien... jolie... ton histoire.

LE FOU

Elle dort! son baleine douce me glisse dans le cou ;

— elle respire lentement ; ses boucles d'oreille me caressent la peau. — Je suis très-heureux.

{Il s'endort. — Le loup passe en courant.)

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