‹ Le roman du lièvreChapitre 25 sur 36 · Ut Confession», partie I. lir. YI · texte numérisé non relu

Ut Confession», partie I. lir. YI

S. Id.

SUR JEAN-JACQUES lîOUSSEAU ET M™* DE WAHENS 3 i9

Tu es là, par quelque minuit limpide, lorsque la brume ne quitte pas le lit des ruisseaux et que s'élèvent, de la vallée, avec la prière des Sources, les sanglots rauques des sonnailles... Tu es là, tout au bord de la muraille. Ton ombre bouge. La chandelle que tu as fixée au fond du seau, pour éclairer ta carte, rougeoie, vacille et fume. Une voix a tremblé auprès de toi. C'est Maman. Elle sourit, intriguée sans doute par ta physique amusante, cet attirail de sorcier auquel son goût pour l'alchimie s'intéresse. Je la vois, emmitouflée à cause du serein, épaisse et courte, mais revêtue de je ne sais quel charme puissant et joyeux.

Elle se penche vers toi et je distingue, en dehors de l'ombre que la flamme déplace, une boucle désordonnée prise dans le col du vêtement, son menton volontaire, son nez voluptueux saillant du placide ovale de la joue, un coin de son front trop bombé, obstiné et fier.

Elle te gronde doucement.

— Petit?... dit-elle.

— Maman?... lui réponds-tu.

3î>0 SUR JEAN-JACQUES HOUSSEAU liT M"" DU WAnBNS

Et, de la fenêtre où je suis maintenant, j'aperçois là-bas, au sommet de la vigne, le petit sentier tombant sur Ghambéry. C'est là que Jean- Jacques allait guetter l'aurore, et c'est au delà de ce chemin qu*ilsse promenèrent, tout un jour de fête, « de colline en colline et de bois en bois, quelquefois au soleil et souvent 'à l'ombre^ nous reposant de temps en temps,.. * ».

C'est au sommet de la « côte » qu'il allait prier.

« Je me levais tous les matins avant le soleil... Je regardais de loin s'il était jour chez Maman : quand je voyais son contrevent ouvert, je tressaillais de joie et j'accourais...^ ».

Je l'évoque, par un matin pur, sur ce sentier. Il marche vers la ville, un livre sous le bras, à pas comptés, la tête basse. Sa méditation l'exalte. Parfois, de son index levé, il montre Dieu et ses lèvres remuent. A sa droite, le Nivolet elle Montdu-Désert brisent l'azur. Déjà, à contempler la hauteur noire de ces montagnes, l'âme du jeune

i. Les Confet$iont, partie I, Ut. VL i. Id.

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