‹ Le roman du RenardChapitre 9 sur 23 · BRANCHE · texte numérisé non relu

BRANCHE

Cette branche est de toutes la mieux contée et la plus agréable de style ^ elle a plus d'esprit, d'invention et de gaieté que les autres. L'auteur y reproche à Perrot d'avoir oublié la partie de l'histoire du Renard la plus intéressante, celle du plaid et du jugement à la cour du Lion ^ et c'est cet oubli qu'il se propose de réparer (1).

Le loup qui a sur le cœur l'affront qu'il a reçu dans sa femme , va en porter plainte et demander justice à la cour de Noble le lion. Le roi lui conseille de laisser là cette affaire, dont il ne peut recueillir que honte et chagrin.

Les barons ne sont pas d'accord entre eux sur le procès : plusieurs opinent à ce qu'il se poursuive. Fromont l'àne, après avoir, dans son préambule, de-

(1) Cette branche resscnil)!e beaucoup au poème dont nous donnons la traduction.

mandé à Dieu de lui procurer moisson abondante de rliardons tendres, soutient quisenprin n'est vraiment pas C..., puisque sa femme , arrêtée dans un piège , et par conséc[uent n'ayant pu se défendre , n'a probablement pas consenti au délit. Hersant ellemême, sur les représentations de Grimbert , cousin du Renard , consent à ce qu'on assoupisse une affaire dont l'éclat scandaleux rejaillira sur elle. Enfin, après de nouvelles représentations du roi , Iscngrin s"apaise, et déjà il consentait à la paix, quand tout à coup on voit entrer un nouvel accusateur qui fait changer de face au procès, c'est Chante-Clair le coq. Accompagne de ses femmes, il traînait tristement avec elles un petit char funèbre , sur lequel il y en avait une, étendue, que Renard venait d'étrangler. Il réclame justice et punition du traître. Le roi ordonne que le coupable paraisse devant sa cour. La pauvre poule ayant péri de mort violente est déclarée samte et martyre. Couard, le lièvre, va se coucher sur sa tombe , et il est guéri de sa fièvre : Isengrin y court pour un mal d'oreille, et il est aussi guéri. Enfin il s'y fait maints beaux miracles, de l'authenticité desquels on ne peut douter, dit l'auteur, car ils furent attestés par Rogneux le chien.

Après plusieurs incidents. Renard parait devant Noble, le salue, se plaint de ce que des envieux ont profité de son absence pour le desservir, se dit vieux et hors d'état de parler long-temps^ mais du reste il proteste de son respect pour le roi et de sa soumission à ses ordres. Noble le traite fort durement. Les

barons le déclarent traître et voleur, et comme tel, ils le condamnent à être pendu. On dresse les fourches; on lie le coupable, et alors tous ses ennemis, jusqu'au lièvre lui-même , viennent linsulter.

Sans ressource et sans espoir, il se jette aux pieds du roi , et après s être avoué un grand pécheur, il demande qu'on lui permette de se croiser, et d'aller en expiation de ses fautes aux saints lieux outre-mer. Noble répond que ces pèlerinages lointains n'ont encore corrigé personne; qu'il connaît même des gens qui y sont allés bons et en sont revenus mauvais; et que quant à Renard, en vain il irait en terre sainte , il n en serait pas moins tout aussi pervers qu'auparavant. Cependant sur la nouvelle instance que fait Grimbert , en mettant pour condition que la croisade soit à vie , le roi accorde la grâce. Le pèlerin se met donc une croix sur l'épaule , on lui apporte l'écharpe et le bourdon , et on lui annonce que s'il meurt il ira tout droit en paradis. A peine est-il en route qu'il rencontre le lièvre. Couard se sauve sur une roche élevée; le croisé l'y poursuit et l'attrape. De la hauteur où il se trouve , apercevant au-dessous de lui , dans la plaine, Noble et sa cour , il a linsolence de les insulter, il va même jusqu'à leur jeter à la tête son écharpe et sa croix, en honnissant ceux qui l'ont affublé de ce sot équipage. Le roi en fureur ordonne à ses barons de courir après lui. Bientôt il est atteint, et reçoit même quelques coups de dents; mais enfin il échappe et regagne Maupertuis. Noble avec son baronage vient l'y attaquer, il

résiste pendant six mois. Mais une nuit que les assaillants, épars décote et d'autre, dormaient tous sous des arbres, il sort sans bruit de la place , et pénétrant jusqu'à la reine, qui reposait aussi, il se glisse près d'elle. Elle se réveille , et dans la persuasion où elle est que c'est le roi son mari , elle se prête complaisamment à tout ce qu'il veut. Lui , au lieu de se retirer, reste là impudemment jusqu'au jour. La reine le reconnaît et crie Haro. En vain il veut fuir, il est arrêté , et pour le coup il ne peut échapper à la potence. D'abord il demande à être enfermé dans un monastère, et propose de prendre l'habit religieux. Pour toute réponse on lui donne un confesseur ^ déjà même il a les yeux bandés et la hart au cou , quand soudain on voit paraître sa femme et ses enfants, qui. instruits de son arrestation , viennent demander sa grâce , et proposer pour sa rançon une grosse somme d'argent.

A la vue de l'or, le roi cède. Mais presque à l'instant même il se voit forcé de retirer son amnistie , par Leffet d'une accusation nouvelle qu'on lui apporte ; c'est Chauve-Souris qui vient dénoncer la mort de Dom Pelé le rat, son mari, que Renard a étranglé. Celui-ci, sans attendre la décision de l'affaire, commence par se sauver. Tout le monde , et Noble luimême se mettent à sa poursuite. Mais d'un coup de pierre, il blesse grièvement le roi à la tête, et il se sauve tandis cju'on sempresse de secourir le blessé.

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