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CHAPITRE XIV

Conclusion.

On a pu voir que, pendant la période où nous avons essayé d'en suivre le développement, le roman sentimental a eu une destinée assez sinofulière.

Quand, ayant rencontré dans la société des circonstances favorables, il a réussi à se détacher du roman d'aventures; quand, sous l'influence et sur le modèle de certaines œuvres étrangères, il a commencé à se manifester par quelques essais intéressants, les guerres de religion sont venues interrompre pour longtemps ses progrès.

Le jour où dans le royaume pacifié la vie mondaine a pu se réorganiser avec des garanties de durée et dans un grand sentiment de sécurité, il a reparu aussitôt, il s'est accommodé aux dispositions de ce milieu nouveau et il s'est appliqué à lui représenter de son mieux l'idéal auquel il aspirait. Il a gagné à cela de jouir alors d'une faveur particulière et d'éclipser les autres genres; mais l'on peut trouver qu'il a payé chèrement son succès puisqu'il a été contraint par la de limiter son observation à quelques sentiments arrangés et convenus. L'obligation de montrer dans des situations à peu près invariables des âmes toujours très nobles et très parfaites l'a condamné en quelque sorte à l'immobilité, lui a

interdit presque généralement toute étude directe de la nature, a exclu toute expression d'une passion véhémente ou d'une souffrance vraie. D'autre part, tant pour compenser la médiocrité de son fond que pour satisfaire le goût de ses lecteurs, il a été conduit à attribuer une importance exagérée au cérémonial de la galanterie et pour avoir raffiné là-dessus avec un zèle indiscret il est souvent tombé dans de oraves erreurs de sfoùt. Et ainsi donc quand il a eu enfin un public, il en a été, si l'on peut dire, le prisonnier.

Il faut donc conclure que jusqu'à l'époque de VAstrée le roman sentimental n'a trouvé que des conditions peu propices à son libre développement, — et le pire malheur est qu'il ne s'est rencontré pour l'affranchir et le tirer des sentiers rebattus aucun écrivain de grand talent.

Sous la forme artificielle qu'il s'est laissé imposer et dans les bornes étroites où il a été maintenu, il n'en révèle pas moins quelques tendances intéressantes. Il peut fournir des indications utiles soit pour l'histoire de la société mondaine, soit pour l'histoire d'une période de notre littérature encore assez mal connue.

Tout d'abord son existence même et son incontestable succès confirment ce que nous savons par ailleurs — et nous ne savons malheureusement que fort peu de chose — sur le progrès de l'esprit de société pendant le règne de Henri IV. Ils nous montrent que l'heureuse tentative de la marquise de Rambouillet n'a pas eu ce caractère exceptionnel qu'on lui a longtemps prêté, qu'il y a eu avant les célèbres assemblées de la Chambre Bleue d'autres réunions où les femmes ont exercé déjà leur empire et où, au lendemain des agitations de la guerre civile, la classe noble s'est appliquée à réapprendre l'art

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à demi perdu de la politesse avec une ardeur qui presque tout de suite a dépassé le but.

Nous devinons par les petits livres où se reflètent si évidemment les goûts de ces premiers mondains sur quels sujets roulaient leurs conversations et, en tenant compte de la différence qu'il y a entre la fiction et la réalité, quel en était le ton. Nous voyons que l'amour a été leur grande occupation et qu'en voulant trop le spiritualiser et le discipliner ils ont fini par le confondre avec la galanterie. A l'Hôtel de Rambouillet, l'instruction sera certainement plus étendue, la matière des entretiens incomparablement plus riche; une femme supérieure y donnera le ton et l'on y recontrera d'autres auteurs que les des Escuteaux et les Nervèze. Mais ce sera toujours le même souci de distinction, le même dédain de toute vulgarité et de toute violence, le même effroi de ce qu'il y a d'instinctif et d'individuel dans la passion : tout en s'élevant sensiblement au-dessus de la génération précédente, on n'aura pas tout répudié de son héritage.

D'un autre côté, au point de vue littéraire, les romans de la fin du xvi® et du commencement du xvii^ siècle ont eu sans doute quelque influence sur notre théâtre : peutêtre sur la pastorale dramatique qui emploie souvent les mêmes moyens (pères cupides repoussant les amoureux sans fortune, enlèvements, etc.) et développe assez fréquemment les mêmes thèmes (plaintes, prières, dissertations sur l'amour, combats de l'amour et de la chasteté, etc.), en tout cas, sur la tragi-comédie qui leur a pris un bon nombre d'incidents et même de sujets ^ Mais ils

1. Cf. Les Amours de Pistion (1601), roman de Du Périer et Acoubar (1603), trag.de Du Hamel; les Amours de Dalchmion et de Déflore (1599), roman de J. Philippes et les Amours de Dalcméon et de Flore, trag. de Est. Bellone (1600); les Amours de Filandre et de Marizee (1598), roman

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présentent surtout pour nous cet intérêt qu'on y peut voir en quelque sorte une préparation à VAstrée.

h'Astrèe a été visiblement écrite sous l'influence de la Diana. DTJrfé, qui avait commencé dès 1596 à imiter Montemayor', lui a emprunté non seulement le cadre et le déguisement pastoral, mais encore plus d'une situation et plus d'un épisode : les deux dernières parties ellesmêmes ne se détachent pas complètement de ce modèle"-. Mais il ne faut pas oublier que, rentré en grâce auprès du roi, d'Urfé a fait, à partir de 1605, plusieurs séjours à la Cour et qu'il a très probablement entrepris sa grande œuvre sous l'inspiration de la même société polie dont les idées et les tendances s'étaient déjà manifestées dans les romans antérieurs ^ Il est donc naturel qu'il ait été conduit à continuer sur plus d'un point une tradition établie. Son mérite est, non pas d'avoir imposé à son public des conceptions nouvelles, mais d'avoir donné uneexpression plus savante et plus complète à ce qui s'était traduit jusque-là sans expérience et sans art.

Nous avons montré le roman mondain secouant le joug de l'antiquité, s'opposant aux œuvres étrangères, choisissant des sujets français et des sujets modernes, situant

de Nervëze et les Amours de Philandre et de Marlzee, trag. com. de- Giboin (Lyon, 1619, in-8") ; les romans sur la question religieuse et la Philis de Chevalier (Paris, 1609, in-12), etc.

1. Dans son poème de Sireine, écrit du 24 noTembre I59ô au 1" juillet 1599 ces dates sont données par le manuscrit autographe de la BibL Nationale).

2. Voir, par exemple, IV, ix et V, iv, une histoire d'amours contrariées, souvenir de la Diana, I, éd. d'Anvers, 1575, i° 28 et suiv.

3. M"® de Gournay note bien que VAstrée, « cet opulent et plaisant tissu de nobles histoires » qui « sert de bréviaire aux Daines et aux galands de la Cour », a pour auteur un courtisan, la qualité de M. d'Urfé « layant rendu longtemps fort visible auprès de nos Roys ». {L'Ombre: de la Damoiselle de Gournay, Paris, J. Libert, 1626, in-8°, p. 593.)

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enfin ses aventures dans des régions de nos provinces qu'il décrit, sinon avec un vif sentiment du pittoresque, du moins avec une certaine exactitude topographique. D'Urfé racontera de même des aventures bien françaises et, quoique pour plus de commodité il les recule jusqu'au v^ siècle et dans une Gaule légendaire, le plus souvent contemporaines, il leur donnera comme cadres des sites de lui bien connus, « l'agréable rivage » du Lignon, les paysages de son cher Forez, le Bugey, la Provence, les villes qui bordent le Rhône, ou les plaines de Calais.

Comme beaucoup des récits de nos romanciers, la plupart des histoires de VAstrée pourraient s'intituler des histoires véritables. Il est à peu près certain que l'auteur y a représenté, sous des voiles d'ailleurs assez discrets, la grande passion de sa jeunesse et bien d'autres circonstances de sa vie ou de la vie des siens, qu'il y a fait entrer aussi beaucoup d'amours illustres de son temps et même des amours royales. Nous n'avons pas à discuter ici la question des clefs de VAstrée : mais personne^ croyons-nous, ne se refuse à reconnaître qu'elle renferme mainte allusion à des événements du temps et que ces allusions n'ont pas nui à son succès.

Comme plusieurs de ses devanciers, comme l'auteur du Désespéré Contentement d'Amour, par exemple, ou celui de Clidamant et Marilinde, d'Urfé mêle volontiers aux narrations sentimentales des tableaux de sièges ou de batailles, des souvenirs déguisés des dernières guerres.

Il ne dédaigne pas non plus le thème si rebattu des épreuves imposées aux amants par l'avarice ou l'ambition des pères ^

Enfin il laisse à l'amour sa place prépondérante.

1. Voir, par exemple, l'histoire de Gelion et de Bellinde (I, x), la dureté des parents de Diane (V, vi).

Dans VAst?'ée comme dans les romans antérieurs chacun aime, chacun parle d'amour et se persuade que l'amour est l'unique affaire de la vie. Et presque tous aiment selon le rite, c'est-à-dire d'un cœur épuré, délicatement, oravement, avec des formes cérémonieuses. Ce livre, comme le dit le titre, est bien écrit en l'honneur de (( l'honneste amitié ». Les deux personnages principaux de l'histoire centrale, Céladon et Astrée, et beaucoup de couples du second plan ne font que réaliser d'une façon supérieure l'idéal tant de fois ébauché du parfait amant, respectueux, tendre, plaintif et obstinément fidèle, de la demoiselle fière, ombrageuse et rebelle, dont la pudeur résiste à tout mouvement de tendresse, qui sait son prix et veut qu'on l'ait méritée longtemps.

Il est donc permis de dire que V Astrée se rattache nettement aux nouvelles sentimentales qui l'avaient précédée. Cette constatation du reste n'en diminue pas la valeur, et c'est au contraire en la rapprochant des œuvres nées sous des influences analogues et dans un même milieu qu'on peut mieux mesurer sa véritable originalité.

D'abord elle n'a pas seulement recueilli l'héritage de la nouvelle amoureuse, mais dans son ample contexture elle a pu réunir tous les éléments possibles d'intérêt, elle a associé tout les genres que nous avons vus se développer parallèlement au genre sentimental et qu'il n'avait jamais complètement éclipsés. Elle a ainsi fait entrer dans le cadre élargi de la pastorale le roman chevaleresque resserré [Histoire de Galathée^ de Lindamor et de Polémas, Histoire de Damon et de Madonte, Histoire de Bosanire, Celiodante et Rosilêon^ etc.), — le roman d'aventures {Histoire de Syhie et de Ligdamoriy Histoire de Lydias et de Mélandre)^ — « les histoires tragiques w,

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[Histoif'e de Célidée, Thamyi^e et Calydon, Histoire de Doris et de Palémon, Histoire d'Azaïde), — et même (Histoire de Sihaniré) les histoires mélodramatiques.

Quant au fond sentimental lui-même, il est singulièrement enrichi. D'Urfé a été le premier à composer réellement des caractères. Il excelle à différencier les unes des autres toutes ses figures d'amoureux; en chacune d'elles il indique vigoureusement le trait qui lui constitue une physionomie originale. 11 note les mille nuances de la passion. Derrière les types par trop idéalisés qu'il met sur le devant de la scène, il en fait mouvoir une infinité d^autres qui sont plus vivants, des hommes violents comme Damon, légers comme Lycidas, généreux comme Ergaste, des femmes oublieuses comme Galathée, coquettes comme Stella, gaies et spirituelles comme Phylis ; il crée le personnage du moqueur, de l'infidèle Hylas, incarnation nouvelle du Galaor de YAmadis, qui s'oppose aux exagérations des dévots d'amour et des héros de la constance, grand seigneur sans délicatesse, mais non sans grâce, qui avait assurément dans la réalité plus d'un modèle et qui devait plaire aux partisans de l'amour réaliste que le platonisme n'avait pas convertis. — Les infidélités font naître les jalousies, et c'est là une matière très riche et pathétique que le roman sentimental avait dû jusque-là s'interdire. — De plus d'Urfé complique le jeu des passions en faisant entrer un plus grand nombre d'acteurs dans les intrigues de ses petits drames. Nous ne rencontrons qu'exceptionnellement chez lui les couples isolés d'amoureux réglant entre eux leurs affaires de cœur. Il nous représente, par exemple, un cavalier entre deux maîtresses ou une jeune fille hésitant entre deux amants : le commencement de l'histoire de Tircis, Cléon et Laonice (I, vu) montre à quel point l'intervention

d'un troisième personnage peut introduire de variété dans la mécanique des sentiments. Quelquefois il va plus loin encore : ce sont quatre ou cinq intérêts opposés qu'il met aux prises : Histoire d'Hylas, Cii^cène, Florice, Parthenopé et Dorinde (II, iv), Histoire d'Alcandre, Amilcar, Circène, Florice et Palinice (IV, ix).

Moraliste expérimenté qui a connu la vie, il a pu donner à cette psychologie une base solide. Familier avec la philosophie antique (son recueil à'Epistres Morales en est tout pénétré), il en a peut-être emprunté ces grands sentiments de devoir et de sacrifice qui commencent à se faire jour dans VAstrée et qui annoncent, de très loin, sans doute, Ihéroïsme cornélien.

Homme d'action qui au cours d'une existence agitée a eu de graves résolutions à prendre, il a su enfin représenter les passions, non plus dans l'état purement sentimental, mais comme principes d'énergie et tendant à l'acte. Chez lui l'amour est le plus souvent encore fatal dans son principe \ mais dans plus d'un cas des âmes partagées se débattent, des volontés se tendent pour résister au destin, et ainsi se trouve introduit dans le roman un mouvement qui vient, non du dehors, mais du cœur même des personnages, qui est par là essentiellement dramatique.

Le style de VAstrée ne marque pas un moins grand progrès sur le roman antérieur ou contemporain. Le lecteur moderne peut trouver que la langue y manque encore de précision dans les analyses, que les conversations y sont parfois traînantes, qu'elles ne sont pas toujours exemptes des défauts alors à la mode, redon-

1. « Voyez comme le Ciel dispose de nous sans notre consentement. Dès l'heure que je le vis, je l'aimay, et dès l'heure qu'il vid Cleon, il l'aima... » Ainsi parle Léonice (I, vu) et beaucoup disent de même.

dance et affectation. Mais les lecteurs de 1607, qui pouvaient juger par comparaison , s'enchantèrent des phrases claires et bien ordonnées de ces bergers, « les plus discrets et les plus civils qu'on eust- jamais pratiqués )). C'était là le style d'un gentilhomme, où rien ne sentait l'érudition ni le pédantisme, et c'était aussi le style d'un homme formé par les bons modèles, que sa culture préservait des erreurs de goût. Sorel oppose aux ouvrages du même temps, où l'on a introduisoit des Seigneurs et des Dames dont les entretiens n'estoient pas fort subtils », « les beaux et sçavans Discours » de VAstrée^. Ce fut là, à n'en pas douter, une des grandes raisons de son succès.

A un autre point de vue, les Douze premiers livres de VAst7'ée, auxquels devaient bientôt s'ajouter (en 1610) les Douze livres de la Deuxième partie, constituaient déjà un monument imposant et solide que les trois autres suites (1619-1627) allaient encore accroître. Dans la Première partie seule, douze histoires différentes, si nous comptons bien, commençaient à se développer parallèlement à celles d'Aslrée et de Céladon, de Diane et de Sylvandre. L'on était loin de la simplicité ingénue des Du Souhait, des Corbin ou des De la Regnerye étendant pour remplir leurs minces volumes les maigres péripéties d'une seule aventure.

Leurs petits in-douze pouvaient suffire à un public qui n'avait pas encore le goût des lectures suivies et les auteurs auraient été sans doute bien en peine de remplir un cadre plus vaste. On remarque cependant un peu avant VAsti^ée une tendance à réunir en de plus gros

\. Bibl. Franc., p. 159. — Chapelain écrit à Gruterus (déc. 1667) que « VAstree de M' d'Urfé a esté le premier roman... propre à estre leu mesme par les sçavans. » {Lettres, éd. Tamizey de Larroque, II, p. 542.)

recueils ces brèves histoires. De 1594 à 1603, La Mariane du Filomene (1596), où sont juxtaposées deux actions centrales sur lesquelles viennent se greffer des récits secondaires, est un exemple unique. En 1603, L'Enfer J d'Amouî' comprend trois nouvelles de ton différent. En 1606, de Nervèze assemble en ses Amours Dwerses sept histoires qui avaient déjà paru séparément. L'année suivante, des Escuteaux publie a son tour des Amours Diverses divisées en quatre histoires.

Mais rien n'annonçait dans ces essais de groupement l'art déjà très sûr qui a distribué dans VAstrée une matière incomparablement plus abondante, associant heureusement les épisodes, les faisant s'appeler les uns les autres de la façon la plus naturelle, les quittant et les reprenant sans confusion, évitant la monotonie, variant les sujets et changeant de ton à proposa On peut dire que par là d'Urfé est tout à fait supérieur. Il adonné dès l'abord à sa construction une assise tellement solide et si bien disposée que les autres parties de l'œuvre y sont venues naturellement prendre leur place. Sans parler de la qualité delà matière, ce robuste assemblage devait opposer au temps une autre résistance que les frêles essais de ses devanciers.

L'année 1610, à laquelle nous arrêtons notre étude, marque un déclin du genre sentimental. Sans doute VAstrée le représente avec éclat, et l'œuvre se prolonge jusqu'en 1627, où Baro publie l'authentique IV^ partie et la Y^ arrangée par lui d après les papiers de l'auteur et les confidences qu'il avait reçues de lui. Mais, nous

1. Sur cette heureuse disposition des matières dans VAstrée, voir l'excellent travail de M. Marsan sur la Pastorale dramatique française^ 1905, p. 279.

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l'avons vu, VAstrée enferme tous les genres et on a justement remarqué que les derniers volumes font plus de place que les précédents aux éléments chevaleresque et tragique.

Déjà, dans les dernières années du règne de Henri IV, les jeunes gentilshommes commençaient à se lasser de la monotonie de la vie mondaine et souhaitaient la fin d'une trop longue paix. Dès 1606, dans La Guide des Coui^tisans^, de Nervèze constatait cette impatience et leur conseillait d'employer dans les fonctions civiles l'activité qui ne pouvait plus s'exercer dans les combats. En 1608, il dédiait au marquis de Rosny, fils de Sully, Les Aventures guerr-ieies et amoureuses de Leandre ~ pour le consoler du déplaisir « d'estre venu trop tard pour se trouver dans les armées )), Deux ans après, ses Ai'entuj'es de Lidior^ offraient un nouvel aliment à cette ardeur belliqueuse de la noblesse.

Après la mort du roi, l'agitation qui se répand dans tout le pays, les révoltes de grands seigneurs qui se succèdent jusqu'à la réunion des Etats, qui reprennent dès le lendemain et où les dames même jouent leur rôle, peu après, la guerre civile, tout cela entretient dans les esprits une fièvre de mouvement qui ne peut évidemment pas se satisfaire dans des histoires d'amour et de galanterie. On revient donc aux romans de grandes aventures [La Constance d'amour du sieur de Favoral^,

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