‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 86 sur 192 · Portraict de la Vraye Amante · texte numérisé non relu

Portraict de la Vraye Amante

6. Les Hazards amoureux de Palmelie et Lirisis, par le sieur de Nerveze, Paris, 1594, in-12 ; — /(/., Paris, du Brueil, 1600, in-12 ; Lyon, T. Ancelin, 1603, in-12. Histoire IV* des Amours diverses^ Paris, T. du Bray, 1606, in-12.

7. Un roman de Des Escuteaux, qui appartient plutôt au genre sentimental et sur lequel nous aurons donc à revenir, Les Amours de Clidamant et de Marilinde (1603), se termine en Téritable roman d'aventures et Ton y rencontre un épisode assez curieux de naufrage.

Saisis par une tempête aux environs des colonnes d'Hercule, les deux amants sont ballottés pendant douze jours sur une mer furieuse et enfin jetés, avec quelques autres passagers, sur une « isle inhabitable » où leur navire se brise. Ils montrent là presque autant d'énergie que fera plus tard Robinson dans des circonstances assez analogues.

Il leur est tout à fait impossible de « racoustrer » leur vaisseau, mais

FIN DU XVI® ET COMMENCEMENT DU XVIl'^ SIÈCLE 183

abordages par des galères ennemies \ enlèvements par des pirates barbaresques -. — Combats : en tous pays^, contre les chrétiens et contre les infidèles; en Hongrie, contre les Turcs*; en Piémont^, dans le Périgord contre les Liffueurs ^.

Que Ton joigne à cela quelques déguisements, des

ils peuvent en retirer quelques « victuailles » et une bonne provision de froment. Un premier examen de l'îlot les décourage un peu : ils se résignent mal à l'idée de « passer en ce désert misérable le reste de leurs jours ». Mais Clidamant, laissant ses compagnons endormis, repart à la découverte. Il trouve une belle caverne, « séparée en plusieurs chambres » : « cinq ou six fontaines l'entouroient avec un nombre d'arbres qui rendoient un ombrage si plaisant, qu'on eust dit qu'ils avoient esté plantez là pour embellir ce lieu ». Les naufragés se sentent « consolez en la délectation que leur offroit la beauté de ceste solitude ». « Clidamant fait promptement faire des palissades et dresser une chambre à sa maistresse et à sa demoiselle, séparée des autres, où il fait accommoder deux licts, avec matelats et autres commoditez qu'ils avoient sauvé de leur navire... ». « Cependant jugeant bien qu'ils n'estoient prests de partir de ce lieu et qu'ils n'auroient vivre pour longtemps, il fit accommoder un endroit de l'isle, où il fit semer du blé, et presque tous les jours alloient à la chasse. »

Par leur industrie les naufragés se soutiennent ainsi quatre ans dans cette solitude.

Il n'est pas impossible que ce singulier épisode soit un souvenir de l'histoire des matelots de La Rochelle qui firent les Robinsons dans une île déserte voisine des Bermudes. Cette aventure venait justement d'être racontée par Lois de la Blachiere dans son Histoire véritable de certains voïagea périlleux et hazardeux sur la mer, Niort, 1599.

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