I. Juliette Percherancicr, Bourges, avril i
aux remmcs à s'habiller, et ce n'est pas un médiocre service qu'ils leur ont rendu. On voit circuler des mantclets, des manches boufTantes, des toques à créneaux... d
Et elles ont dû c circuler » aussi dans d'autres villes de province. La preuve en est dans cette lettre, qui ne porte malheureusement ni date, ni indication d'origine, ni signature, mais qui ne peut avoir été écrite qu'à cette époque, et par une provinciale. Nous en respectons scrupuleusement la syntaxe et l'orthographe :
(( Madame, permétez-moi de vous remaircier de la confiance dont vous voulez bien me témoigner. Je crois que vous serez contante. Ma maison, je peus le dire, est fort bien achalandée et j'ai pour principe de servir que les dames tout à fait bon genre ». Suit une liste de dames u tout à fait bon genre ». « Vous avez raison de vouloir une toque a créneaux et je prens la liberté dont vous excuserez de vous féliciter de votre goût. C'est la grande mode ; et mes ranseignements privés me conseillent à penser qu'on en portera davantage encore que l'année passée. J'en ai fait beaucoup ces tems-si et soit dit sans me flater je croiquej'y suis devenue assez expériencée. Peut-être vous avez vu celles que j'ai fait pour Médames... » Ici huit noms de clientes, u Elles ont eu la bonté de me faire connaître leur contantement. J'cspaire que vous ferez bientôt de même et dans cet espoir j'ai l'honneur d'être à l'avantage... »
Ln post-scriptum nous apprend qu'il y avait, sur une feuille détachée et suivant le désir exprimé par la future cliente, une espèce de devis avec indication d'étoffes employées et prix en regard. La feuille est perdue : la perte est regrettable.
I, \ TOILETTE FÉMININE 3l
A côté de la loque et de la toque à oréueaux dont ou A ieut de voir la vogue, que d'auties coiffures plus ou nioius directement inspirées du loinantisme ! Non qu'il soit facile de se reconnaître dans cette incroyable variété et dans ces extravagantes fantaisies ^. A la lettre il en éclot une presque chaque jour, s'il est vrai, comme on l'a dit, que ((de i8i5 à i83o, on comj)tcrait aisément plus de lo.ooo formes de chapeaux et de honnels- ». Mais si les contemporains eux-mêmes eussent été embarrassés, non certes poui* tlélinir. mais pour dire avec quelque netteté ce qu'ils entendaient par ces mots : un chapeau romanticjue. et s'il eut été vain probablement de le demander aux Yictorine, aux Burly, aux Normandin, aux Herbault, aux Gagelin. aux Saint Laurent, auv Maurice Heauvais, une chose du moins est certaine, c'est qu'il y a eu des coiffures auxquelles on a attribué l'épilhète sans hésiter.
C'est Arsène Houssaye qui constate {Confessions, 1, p. 397) que, dans le salon de M'"" Récamier, (( toutes les femmes étaient Jolies sous ces chapeaux romantiques ; on les dirait coiffées dune vague ou d'un nuage ». C'est la baronne de M*** qui, du fond de la province 011 elle
1. C'est ce que constatait, en i83i, un philosophe mondain, dans CCS réflexions un peu prétentieuses. « La mode a ses révohitions, comme les empires ; mais autrefois elles étaient lentes et progressives : aujourd'hui, elles suivent le mouvement des esprits et participent à l'instabilité de nos institutions. » (Caté par Challamel, Histoire de la mode, p. 1(39. )
•î. Uzanne, La Fran(;aise du siècle, p. 9") ; Un siècle de modes féminines, p. l'i.
villégiature, écrit à une de ses amies : (( Vous me voyez ravie, ma chère mignonne ; mon mari vient de partir pour Paris (je supplie votre esprit de ne mettre là aucune malice), d'où il me rapportera un chapeau pour remplacer celui qu'un vilain coup de vent m'a complètement gâté avant-hier. Je l'ai prié de me le commander plus romantique encore que le précédent, tout ce qui se fait de plus roman ti([ue. ultra romantique même, quelque chose enfin de mousseux, de nuageux, d'envolé, d'aérien, d'immatériel... Excusez-moi, je viens de causer une bonne demi-heure avec un confrère de M. Hugo en poésie, a ous voyez qu'il y paraît. »
Autant donc qu'il est possible d'apporter quelque ordre dans la plus gracieuse des incohérences, il semble bien qu'en fait de coiffure le romantisme se soit manifesté autant jjar la façon dont on a garni les chapeaux que par les formes qu'on leur a données. A l'imitation de la célèbre danseuse Maria Taglioni, — dont il faut bien savoir en effet que l'influence fut alors considérable, — - on mettait toutes sortes de fanfreluches aux robes et aux corsages pour rendre la toilette froufroutante et vaporeuse ; berthes, tabliers, écharpes en dentelle, voiles de blonde, tout est combiné en vue d'envelopper la femme de choses légères et frissonnantes, et pour lui donner « un air d'idéale séraphicité », comme nous avons pu lire dans une page inédite, ou encore « une apparence de charmant fantôme de légende ». Et la coiffure obéit à la même esthétique.
On dresse le chapeau sur la tête comme une tour ou on l'arbore comme un panache'. Larges bords légè-
I. Dnils le Guiit noaveaiu cl"V. Devéria, M""' Vatrin porte un chapeau chargé de rubans, immense, égal en liautciir au tiers de la personne.