BRACELET GOTHIQUE
représentant des épisodes de la vie de saint louis
Exécuté par F.-D. Froment-Meurice en 1842
(Longueur : 17 centimètres)
Ces trois illustrations nous ont été communiquées par M. Vever
LA TOILETTE FÉMIMNE 4i
verait-on do modes, chez nous, de celte persistance et de ce « rayonnement » ?
Les bijoux complètent la toilette. Il y eut des bijoux romantiques.
On peut même dire que c'est dans l'orfèvreiie que l'influence du romantisme s'est manifestée avec le plus de généralité et le plus d'éclat. Les raisons en sont évidentes d'elles-mêmes. Une salle à manger Henri 111 ou une toilette Marguerite de Bourgogne suppose des habitudes de luxe et un certain rang social. Le bijou est plus facilement accessible. Puis, on peut porter une agrafe, une broche, une bague moyenâgeuses, sans avoir nécessairement tout le costume assorti. La vogue du bijou romantique fut donc considérable.
Froment-Meurice, un des premiers, s'avisa de tout le parti que son art pouvait tirer de la poétique nouvelle et il appliqua le « genre moyenage « à ses compositions.
Aussi occupe-t-il. comme le dit fort bien M. Vever, dans son luxueux livre, La Bijouterie française aa A/A" siècle^. (I une place prépondérante parmi les orfèvresjoailliers de la période romantique. Il en est l'orfèvre par excellence ». Non certes que l'a'uvre du <( Beiivenuto Cellini moderne », ainsi que l'appelait Bal/ac, et de ses
I. I*. iG8. — Th. (iautiora dit clelui : «Il cisèle l'idée que celte forte génération a cliantée. peinte, creusée, modelée ; il apporte au trophée de lart du xix' siècle une couronne aux brillantes feuilles d'or, aux impérissables feuilles de diamant ». — Cf. encore Victor Hugo, les Conleinplalions, I, Aurore.
Nous sommes frères ; la lleur Par deux arts peut être faite...
imilateurs, soit « tout à fait irréprochable au point de vue delà reconstitution archéologique «. Mais on était si las du style Louis Philippe « qu'on raccueillit telle qu'elle se présentait et sans y regarder de trop près : on la trouvait magnifique et l'on s'en accommodait fort bien... La littérature et la presse aidaient à l'enthousiasme et l'entretenaient^ ».
D'autant que ces grands bijoutiers ne se contentent pas d'imiter et de reproduire en or, en argent ou en bronze, « certains frontispices, certains culs-de-lampe romantiques », de traduire en un mot « la littérature en ciselures et en orfèvreries » ; ils demandent aux artistes de l'époque des conseils et des modèles spéciaux. Pradier, Geoffroy de Chaumes, Feuchères, Cavelier, David d'Angers, Vechte. Klagman, d'autres encore travaillent pour l^>oment-Meurice et Wagner. On comprend l'engouement suscité par tout ce qui sortait de leurs ateliers -.
Ce fut une révolution complète dans l'orfèvrerie. Froment-Meurice et AA agner — les œuvres de Wagner furent très remarquées à l'Exposition de i(S34 — eurent des imitateurs, et l'on ne vit plus désormais que « bijoux composes d'ogives, avec des chevaliers bardés de fer. des pages à toques emplumées, des casques, dies lévriers, des blasons, des écussons, des attributs héraldiques. Tout un arsenal féodal se créa, en ciselures, en émaux. » Même des ferronnières ornèrent le front des dames ; car en vérité.
1. Vever, ibid., p. i58. — Le livre contient la reproduction de quelques jolis bijoux moyen âge.
3. A côté de Froment-Meurice et de Wagner, les principaux bijoutiers sont alors Bapst, Rudolphi, Petiteau, Benière, Caillot et Robin pcro. — La première exposition à laquelle prit part Froment- Meurice est celle de 1839. 11 avait alors 25 ouvriers et faisait 200.000 francs d'affaires ; en i8Vt, il avait 80 ouvriers ; il en eut 120 en 1847 Pt faisait des affaires pour 1. 100. 000 francs.
LA TOILFTTE FÉMININE 4-5
pourquoi ne pas imiter intégralement et jusqu'au bout ? Les compositions nouvelles étaient, pour l'époque, des merveilles de grâce, de finesse, de légèreté. Tout le monde leur fit fête.
Rien n'est distingué par exemple comme de glisser un de ces « ravissants bijoux d dans une corbeille de mariage. C'est une attention à laquelle les fiancées sont particulièrement sensibles, pour peu qu'elles aient le goût délicat et informé, k Je n'ai pas besoin de vous dire, Monsieur», écrit une Parisienne à un provincial qui va devenir son cousin, par alliance, « si j'approuve votre idée d'offrir un bijou moyen âge à notre chère Marguerite. Elle a du ^oût, ainsi ne doutez pas du grand plaisir que vous allez lui faire... J'accepte aussi bien volontiers de mettre à votre disposition ce que vous appelez, avec trop de complaisance, mes lumières... Avant de vous accompagner chez Froment -Meurice, vous me permettrez de vous faire admirer le médaillon et la bague que mon père et mon mari m'orit offerts le mois dernier. Vous verrez, c'est exquis, c'est à se mettre à genoux devant ; et monseigneur de P***, qui est de nos intimes, prétend qu'un de ces beaux matins, je ferai mes dévotions devant ma châtelaine, comme devant une Sainte Vierge ...' >»
Du château de la B***^ où elle villégiature, aux environs de Rouen, une jeune Parisienne écrit à sa mère - : <( Enfin, j'ai mon bijou, comme presque toutes mes amies... > Et l'allégresse de la jeune femme est en effet si vive, qu'elle en oublie de dire quelle est la nature du bijou, bague, épingle, etc. « C'est une surprise que m'a rap})ortée de Paris ce cachotier {sic) de liUdovic. Il me tarde tant de