‹ Le romantisme et la modeChapitre 56 sur 99 · L AMEUBLEMENT ET L ARCHITECTURE I · texte numérisé non relu

L AMEUBLEMENT ET L ARCHITECTURE I

murs, de lourdes tapisseries ù dessins héraldiques et, dans les intervalles, des pieux, des dagues, des épécs, des haches d'armes, des arquebuses et des perluisanes. Partout des coffres massifs, des bahuts en chêne, luisants el sculptés, des sièges à dossier, hauls et raides comme des dressoirs, et des cheminées monumentales, dont le vaste manteau puisse abriter toute une famille autour d'un tronc d'arbre qui flambe joyeusement tout entier i, etc., etc.

Rien n'est oublié. Pièces et mobiliers y aiïerenls, armoires, crédences. bancs en chêne massif, lits à colonnes, tout est noté, étiqueté avec une scrupule diligence. Pas un seul souvenir de lecture qui n'ait été mis à profit. L'intoxication littéraire — ou romantique — est complète. Et la « longue missive » de se terminer naturellement par l'inévitable demande : <i les adresses, s'il vous plaît, des artistes capables de me seconder >.

Le moyenâgeux édifice profila-t-il jamais sur le ciel de l'Orléanais u sa silhouette dentelée et triomphante ni' Nous l'ignorons tout à fait. Mais, ce que nous savons bien, c'est que le cas du naïf jurisconsulte en herbe de Beaugency n'est pas un cas isolé, et que la fièvre de la « bâtisse romantique » acquit alors une violence singulière.

Comme pour la toque à créneaux, et pour les mêmes raisons sans doute, ce sont les grandes familles qui donnent l'exemple.

« Cette Geneviève est-elle heureuse d'avoir un amour de mari comme le sien ! Il va lui faire bâtir un pavillon gothique, un tout petit pavillon, avec tourelles, poiviières, créneaux, enfin toutes les choses qu'on voit en un château féodal. Nous irons l'inaugurer à la prochaine saison. On jouera à la châtelaine, on aura de belles robes traînantes, des aumônières, des pages, des lévriers... Notre

bonheur sera coniplel si vous pouvez être des nôtres ' », etc.

« Pardon de vous quitter si vile », écrit M""" d'A*** à ^r'^deL***, le 3 septembje 1837, a mais vous savez qu'à celte époque de l'année je suis toujours follement occupée... Et puis, et puis (à vous je peux bien confesser toutes mes faiblesses), je ne peux pas m'arracher de la vue de mes petites tourelles. Elles grandissent un peu tous les jours, elles sefïilcnt... Mon Dieu ! comme elles vont être jolies!... Vous savez que celle de gauche s'appellera de Aotre joli nom d'Alice"-... )

Et la bourgeoisie imite les grandes familles.

« Les C***vont passer des vacances délicieuses, à ce qu'ils disent. Ils se reposeront, le père des fatigues de son prétoire, la mère des tracas de son salon, et leurs enfants de la paresse de toute l'année, dans un château, pardon, dans un castel gothique, entendez, restauré à la gothique. On m'a invité à aller l'admirer. C*** étant parfaitement ignorant de tout ce qui n'est pas le code, leur castel gothique doit être joli ! Ils auront ilanqué de tourelles et de clochetons quelque affreuse et lourde masure... Enfin nous verrons bien ^ » .

Il avait donc bien raison, notre u flâneur parisien >% d'écrire dans son Journal, à la date du 8 juin i83^ :

« C'est une épidémie décidément, nous nous moyenâgisons à force. Après la toilette et les bijoux, ce devait être le tour de l'habitation ; le voilà arrivé. Aous avons eu des salles à manger gothiques, des parloirs gothiques, on

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