‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 143 sur 394 · Journal : 20, 21 22 septembre · texte numérisé non relu

Journal : 20, 21 22 septembre

4. Grimaud, p. 227, donne l'opinion de quelques-uns des juges, notamment du baron Mounier d’après ses Souvenirs et du duc de Broglie dans son discours de réception à l’Académie française. Il renvoie aussi aux Archives Parlementaires, t. LXIX, pp. 698 sq. — Montalembert raconte (Journal : 25 septembre) qu’un officier de dragons, parfaitement inconnu de lui, l’arrêta dans la rue pour le complimenter de son discours. Deux mois plus tard à Mâcon le directeur de la poste lui «sauta au col » en lui déclarant : « votre plaidoyer a ému toute la France ». La scène racontée dans le Jowrnal de Montalembert (25 novembre) a été transcrite par le P. Lecanuet.

quiétés en raison de leur costume. Une affaire plus grave a surgi en Pretagne. Par arrêté du préfet de Nantes, la Trappe de la Meilleraye a été dissoute. Des trappistes étrangers s’y trouvaient en nombre et deslégitimistes y étaient venus faire des retraites. On avait dénoncé la Trappe comme foyer de l'agitation vendéenne. Les trappistes ayant refusé d’évacuer, l'affaire fit le plus grand tapage parce que l’exécution fut poursuivie manu militari. L’'Avenir publia le 6 octobre une lettre ouverte au Révérend Père abbé, le conjurant de ne pas laisser prescrire son droit. Si ce qui a été commis demeure Aimpuni, y lit-on, il n’y a plus en France ni liberté, ni propriété, la force règne et non plus la justice. Pour soutenir sa cause l'A gence offre au Père abbé le temps, l’argent, les forces des catholiques unis et le prestige des succès acquis. Il faut déférer en justice les autorités civiles et militaires qui ont ordonné et dirigé cet attentat, réclamer auprès des tribunaux la libre jouissance d’une propriété légitimement achetée. Alléguerat-on des vœux ? Qui a droit de les connaître et « où est-il écrit qu’un vœu anéantit sur la tête d’un Français le droit de propriété ? » Si le Conseil d’État refuse d'autoriser les poursuites, l’opinion jugera ! L’A gence ne demande qu’une chose, que le Père abbé remette entre ses mains « ses infortunes, ses droits, ses devoirs. »

Montalembert signa cette lettre avec sept autres membres du conseil de l’A gence. Celle-ci intenta trois procès, deux au civil pour obtenir réintégration du propriétaire et des dommages-intérêts, l’autre au criminel contre le préfet. Le gouvernement et les tribunaux les firent avorter, après que la Chambre eût passé à l’ordre du jour sur la requête de l'abbé, un seul député l’ayant défendu !,

Mais l'Ouest n'était pas la circonscription de Montalembert ?, et tandis qu’un membre de l’Agence s’installe à la Meilleraye, lui part pour le Sud-Est. « Afin de tuer grandement la vie» — selon l’expression de Lacordaire —-, il se donne

1. Correspondance de Montalembert et de L. Coynudet. Lettre de Cornudet : 2 janvier 1832, p. 23.

2. Dans les À. L. R. (Dossier 563) nous avons trouvé un pouvoir en blanc de l’abbé de la Meilleraye en date du 12 octobre 1831. Montalembert a dû le recueillir au moment de la liquidation de l'Agence.

à corps perdu à « l’entreprise religieuse et gigantesque de l'Avenir », de l'Agence 1.

Il rejoint à Lyon « l’excellentissime » Combalot qui sera son compagnon de voyage’. Il fonde l'Association lyonnaise,et jusqu’en Provence allume ou alimente de son ardeur des foyers d'action catholique libérale.

Tout le début d'octobre il mène en Lyonnais et Dauphiné une propagande endiablée. Son procès a achevé de lui gagner les cœurs des amis de l'Avenir, qui se disputent l’honneur de le loger 3. À Vienne, il est l’hôte de l'abbé Graveran, futur évêque de Quimper 4. A Voiron, un correspondant de l’A gence se montre tout ému de « l’amical embrassement des anciens catholiques » donné par Montalembert à ce jeune clergé épris des doctrines nouvelles, en cachette de l'évêché « proper metum judaeorum » 5.

A Grenoble, le 10 octobre, « terrible discussion » avec l’évêque Mgr Philibert de Bruillard, assisté de son grand vicaire Ceston et de son théologien Rousselot, les persécuteurs en question $. À Digne, il voit l’évêque Mgr Miollis ; le surlendemain, 19 octobre, à Forcalquier et Viens, son ancien précepteur l'abbé Monier de la Quarrée ; le 21 à Aix, l’abbé Sibour ?. À Lyon, il a conseillé la création d’une section dauphinoise de l’A gence : le délégué lyonnais s’empresse d’écrire à Montalembert, de passage à Marseille, où il touche Mgr de Mazenod, qu’il a satisfaction, que d’autre part « l’organisation lyonnaise... de plus en plus nombreuse à appris avec plaisir l’organisation de l'association dauphinoise », qu’enfin Montalembert devrait revenir par Romans où une réunion

1. Lacordaire à Montalembert : 2 juillet 1833 ; cité par Mlle de Lallemand : Montalembert et ses amis, p. 211.

Page 1