‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 314 sur 394 · III. LE CHEF CATHOLIQUE ET LE CLERGÉ SÉCULIER · texte numérisé non relu

III. LE CHEF CATHOLIQUE ET LE CLERGÉ SÉCULIER

Le

Successeurs des Douze, les évêques charpentent l’Église. Montalembert secondera donc la hiérarchie tout en la jugeant fort librement. Il se préoccupera d’autre part de pousser à l’épiscopat des hommes en qui il a confiance.

Les nominations d’évêques tiennent la place qu’on sait dans les rapports de l’Église et des États. Dans le régime concordataire qui était en vigueur alors à Paris, elles étaient prononcées par le roi. Le gouvernement assurait le traitement des évêques. D'où la tendance des « officiels » à les considérer comme des fonctionnaires. Montalembert ne cessera de réfuter cette erreur.

Il rapporte un jour à Cornudet le récit d’une visite au garde des sceaux, à la fin de 1840. Le ministre, Martin, a déclaré

que les évêques devaient être dévoués au gouvernement, qu'ils devaient prêcher le dévouement comme ils faisaient sous la Restauration, qu'après tout ils étaient fonctionnaires publics salariés par l'État !!! et tenant leur autorité à la fois du Roi et du Pape. C’est textuel, écrit Montalembert ; enfin toutes les bêtises et toutes les

1. Pensées catholiques et politiques. — À. L. R. Dossier 115.

hérésies qui peuvent sortir du cerveau combiné d’un garde des Sceaux de la Restauration avec celui d’un Isambert devenu garde des Sceaux sous le régime actuel.

Encore Martin est-il un honnête homme : !

Devant les pairs Montalembert hausse à leur vraie place les évêques ; il donne pour « fausse » et « erronée l’opinion de ceux qui ne voient » en eux qu’une espèce de « préfets en soutane », de « commissaires de haute police morale. Le Roiï les désigne. mais. ils tiennent leur autorité de Dieu » ?.

Montalembert exige d’eux une dignité correspondant à cette investiture : tenue morale, intelligence, indépendance vis-à-vis du pouvoir et de la « coterie » légitimiste.

Les journaux ayant annoncé la nomination d’un prêtre de Franche-Comté, M. Cart, au siège de Nîmes, Montalembert s’en plaint au garde des sceaux. Quoique l’élu, écrit-il,

ne porte pas une couleur aussi profondément décourageante pour les Catholiques amis de la dynastie de Juillet que celle de MM. de Mazenod et de Marguerye, cependant qu’il me soit permis de dire qu’il y avait à la fois dans le diocèse de Besançon comme dans celui de Nîmes, des ecclésiastiques sur lesquels le choix du Roi aurait pu se fixer d’une manière plus avantageuse et sous le rapport politique et sous celui de la science si nécessaire de nos jours à ur évêques.

Parmi ces qualités exigibles, Montalembert compte d’abord la moralité. Les circonstances le mêlèrent à la triste affaire de Dijon. L’évêque du lieu, Mgr Rey, impossible, avait interdit ses vicaires généraux et remis le diocèse aux mains de son secrétaire M. Gay, ignoble individu. Foisset avait inauguré sa correspondance avec Montalembert en lui exposant très complètement l’état de choses ‘ et, interprète de tout le clergé, de tous les catholiques du diocèse, l’avait supplié d'intervenir en haut lieu. L'Univers, dès 1837, publia un ar-

1. Lettre à Cornudet : 24 octobre 1841. Correspondance de Montalembert et de L. Coynudet, pp. 234, 235. ;

2. Discours aux pairs, cité par Brugerette : Le prêtre français et la société contemporaine, t. I, p. 118.

* 3. À. N. —BB 174 ro1. — Lettre datée de Villersexel: 22 novembre

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