‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 338 sur 394 · Journal : 24 janvier · texte numérisé non relu

Journal : 24 janvier

. 5. Réponse de Montalembert à Dom Guéranger : 20 septembre 1841, partiellement citée dans Dom Guéranger, par un moine..…, t. I, p. 288.

Bailly comme gérant de l'Univers en restitution des avances faites par lui (vingt et un mille francs), poursuite appuyée sur l’article 14 du contrat du 29 mai 1839, qui stipulait «en cas de non-exécution des dispositions de l’acte, les avances seront remboursées ». Opposition fut mise sur la caisse du journal. Bailly répliqua par une demande en dommagesintérêts pour atteinte portée à l’exploitation du journal par cette opposition. « Vous m’avouerez, écrit Montalembert à Guerrier de Dumast, que cela ressemble un peu trop à l’avantdernière scène de Tartufe 1. » Devant les arbitres choisis, la position juridique du plaignant était peu solide, malgré des fautes de Bailly, parce que Montalembert avait exécuté le contrat par des versements successifs, témoignant qu'il n’en niait pas l’exécution par l’autre partie.

Nous ne connaissons l’issue du procès que par une lettre de Lacordaire, datée du 21 septembre 1842. « Je suis bien aise, écrit le dominicain, que tu aies gagné une partie de ton procès contre M. Bailly. Cela n'empêche que tu faisais une mauvaise action en cherchant à détruire l’Umivers. Il est de la dernière importance que les catholiques purs, c’est-à-dire supérieurs à l’esprit de parti, aient un organe de publicité. Le Cercle catholique est en ce sens une très heureuse création et je te félicite de la part que tu y prends... ? ».

Tu as tort, répond Montalembert, de croire que j'ai voulu détruire l'Univers : au contraire j'ai toujours dit que l'Univers pouvait rendre et rendait de grands services. Mais j’ai déploré bien profondément de voir ce que tu appelles avec raison le parti des catholiques purs représenté et servi par des moyens aussi 2mpurs que l’ingratitude, la déloyauté et l’indélicatesse en matière pécuniaire déployées par MM. Bailly, Saint-Chéron et Taconnet dans leur contestation avec moi. D'ailleurs la position qu’ils ont donnée au journal, par complaisance pour M. Guizot, dans la question des fortifications, dans celle de la rentrée dans le concert européen, a été très impure et leur a fait un bien grand tort 3.

. 1. Lettre inédite de Montalembert à Guerrier de Dumast : 3 février 1841. Archives de la famiile de Dumast, à Nancy.

2. Lettre de Lacordaire à Montalembert : 21 septembre 1842. A. I. R. Dossier 418.

3. Lettre de Montalembert à Lacordaire : 28 septembre 1842. A. L. KR. Dossier 418,

Homme supérieur, Montalembert négligea trop la besogne quotidienne, la présence aux bureaux du journal, seul moyen de fondre autour de lui une équipe homogène comme celle de l’Avenir. Diriger de loin est impossible, et plus encore si par contrat la direction est partagée avec un ancien propriétaire, la composition assurée par tel écrivain, qui, eux, travaillent constamment sur place. La codirection exigeait, par ailleurs, diplomatie et patience, au lieu des impératifs cassants, des susceptibilités. Même une grave divergence politique n’aurait pas été suivie d’une rupture si Montalembert avait assoupli ses « exigences absolues », que Lacordaire lui rappellera six ans plus tard, en l’inculpant amicalement d’avoir ainsi perdu autorité sur l’Umivers et favorisé la désharmonie entre catholiques.

Pour que Montalembert ait sacrifié d’un coup l'influence acquise assez cher à l'Univers, il a fallu qu'il fût touché au vif. Bailly précisément et Saint-Chéron l'avaient blessé grièvement, en n’admettant jamais, au fond, sa direction. Ayant encaissé son argent, ils ne contestaient pas en échange un certain droit de regard et reconnaissaient les sérieux sacrifices de l’orateur. Mais ils ne le considéraient pas comme copropriétaire et moins encore comme chef t,

Montalembert avait perdu : privé de journal l’homme politique, le « parti catholique » est comme désarmé. L'Univers avait-il gagné ? Pendant les deux années de collaboration du jeune pair la feuille a progressé médiocrement. Quelle différence du géant au nain entre l’organe de Lamennais et le papier de Bailly ! |

A l'actif du bilan, il convient de placer un capital d’efforts en faveur de la presse catholique dont la puissance potentielle n’a jamais échappé à Montalembert. Généreusement, il s’est jeté dans la lutte.

1. Cf. Louis Veuillot, par E. Veuillot ; douzième édition, 1903 ; t..L, p.304.

Le journalisme c’est la guerre, écrivait-il à son beau-père ; on n’a pas encore découvert le moyen de gagner des batailles sans tuer des hommes ; pas plus que de faire aller des journaux sans tuer des écus 1.

Animé de ce « courage catholique », ainsi aimait-il à dire, dont il enrageait de trouver les catholiques si dépourvus, il payait d'exemple. La valeur de tels gestes fût-elle sous-estimée, deux résultats concrets demeurent : la séparation déci: ‘sive des intérêts exclusivement catholiques et de la cause légitimiste, le sauvetage de l'Univers.

SOS guerre à outrance contre le légitimisme, que Montalembert avait plutôt adoucie, malgré Lamennais, à l’Avemir, lui était apparue par la suite comme indispensable.

I1 faut absolument, selon moi, écrivait-il le 26 juillet 1837 à Guerrier de Dumast, pour faire avancer d’un seul pas la question

religieuse, briser absolument avec le légitimisme : sans cela l'on ‘ne fera rien ?.

L'objectif est en bonne partie atteint. Quant à l'Univers, sauvé par Montalembert, c’est par Veuillot que l’action catholique en bénéficiera. Veuillot entre définitivement au journal quand Montalembert en sort. Par son seul talent, Veuillot arrachera l'Univers à la médiocrité, conquerra par « la vigueur, l’éclat, la richesse de sa rédaction... les masses du clergé de second ordre » #, Courageux, Veuillot guerroiera parmi quelques autres « pressés d’une pauvreté redoutable... jamais sûrs de tenir encore un mois, mais fiers de leur cause, heureux de leur dévouement » loin « des patrons officiels et des gens d’affaires » 4,

Montalembert, livrant l'assaut pour la liberté d’enseignement en tête des troupes catholiques, se rapprochera de l’Univers. La fraternité du combat étouffera quelque temps la répugnance de Montalembert pour le naturel plébéien et la

1. Lettre de Montalembert au comte F. de Mérode : 20 janvier 1840 ; citée par Lecanuet, t. II, p. 55.

2. Lettre inédite de Montalembert à Guerrier de Dumast. Archives de la famille de Dumast, à N ancy.

3: Brugerette : Île Prêire Horus et la société contemporaine, t. I, P-. ïr2.

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