‹ Le rosier de Madame HussonChapitre 8 sur 15 · ORGE · texte numérisé non relu

ORGE

et je me présentai, comme onze heures sonnaient, à riiotel qu'elle habitait.

En me voyant elle rougit jusqu'aux yeux.

Je lui dis :

— Mademoiselle, je n'ai plus qu'une chose à faire pour réparer mes torts. Je vous demande votre main.

Elle balbutia :

— Je vous la donne.

Je l'épousai.

Tout alla bien pendant six mois.

J'avais cédé mon étude, je vivais en rentier, et vraiment je n'avais pas un reproche, mais pas un seul à adresser à ma femme.

Cependant je remarquai peu A peu que, de temps en temps, elle faisait de longues sorties. Cela arrivait à jour fixe, une semaine le mardi, l'autre semaine le vendredi. Je me crus trompé, je la suivis.

C'était un mardi . Elle sortit à pied vers une heure, descendit la rue de la République, tourna à droite, par la rue qui suit le palais archiépiscopal, prit la rue Grand-Pont jusqu'à la Seine, longea le quai jusqu'au pont de Pierre, traversa l'eau. A partir de ce moment, elle parut inquiète.

se retournant souvent, épiant tous les passants.

Comme je m'étais costumé en charbonnier, elle ne me reconnut pas.

Enfin, elle entra dans la o;are de la rive gauche; je ne doutais plus, son amant allait arriver par le train d'une heure quarantecinq.

Je me cachai derrière un camion et j'attendis. Un coup de sifflet... un flot de voyageurs... Elle s'avance, s'élance, saisit dans ses bras une petite fille de trois ans qu'une grosse paysanne accompagne, et l'embrasse avec passion. Puis elle se retourne, aperçoit un autre enfant, plus jeune, fille ou garçon, porté par une autre campagnarde, se jette dessus, l'étreint avec violence, et s'en va, escortée des deux mioches et des deux bonnes, vers la longue et sombre et déserte promenade du Cours-la-Reine.

Je rentrai effaré, l'esprit en détresse, comprenant et ne comprenant pas, n'osant point deviner.

Quand elle revint pour dîner, je me jetai vers elle, en hurlant :

— - Quels sont ces enfants ?

— Quels enfants?

— Ceux que vous attendiez au train de Saint-Sever ?

Elle poussa un grand cri et s'évanouit. Quand elle revint à elle, elle me confessa, dans un déluge de larmes, qu'elle en avait quatre. Oui, monsieur, deux pour le mardi, deux filles, et deux pour le vendredi, deux garçons.

Et c'était là — quelle honte ! — c'était là l'origine de sa fortune. — Les quatre pères ! . . Elle avait amassé sa dot.

Maintenant, monsieur, que me conseillezvous de faire ?

L'avocat répondit avec gravité :

— Reconnaître vos enfants, monsieur.

Divorce a paru dans le Gil-Blas du mardi 21 février

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