BODIN, JULES, SAINT-AZOR, EMMA
lmma, entrant.
Vous m’avez fait appeler, mon père?...
bodin, d’un ton sévère.
Oui, mademoiselle. (A Saint-Azor, bas.) Votre bouquet ?
SAINT-AZOR
Voilà.
bodin, à sa fille.
Voiéi M. de Saint-Azor qui vous apporte un bouquet... et bien qu’il n’ait pas été cueilli par un architecte...
jules, à part, étonné.
Un architecte!
> BODIN.’
J’ose espérer que vous le recevrez convenablement. • saint-azor, présentant sclh bouquet.
Mademoiselle... ces fleurs, moins fraîches que vous... emma, le prenant.
Ah ! mon Dieu !
LE ROUGE-GORGE
jules, le lui prenant des mains.
Permettez que je vienne à votre secours. (Il le pose sur la table. A Saint- Azor.) Il est écrasant, votre bouquet.
Saint-Azor, vous avez fait des folies...
SAINT-AZOR
Non. Figurez-vous qu'on me le faisait vingt francs... J’en ai offert huit.
JULES
Il a marchandé.
EMMA
Oht
bodïn, passant , bas à Jules.
Taisez-vous donc!... (A part.) Si c'est comme ça qu’il le fait briller... Asseyez-vous donc... ( Après un temps.) Ça languit!... (Haut.) Saint-Azor... asseyez-vous donc!... Êtes-vous musicien ?
saint-azor, assis sur le canapé.
Un peu... c’est-à-dire...
jules, passant , à part.
Pas du tout... [Haut.) Ah! monsieur est musicien... (Bas, à Bodin.) Je vais le faire mousser, vous allez voir... (A Saint- Azor.) Enchanté, monsieur, de me rencontrer avec un dilettante... je suis moi-même très-amateur de musique.
SAINT-AZOR
Monsieur...
bodin, à part.
Ça va marcher !
JULES
Moi, mon homme, c’est Beethoven.
saint-azor.
Moi aussi.
BODIN
Moi aussi.
JULES
Cependant, je lui préfère Mozart... il est plus...
SAINT-AZOR
Ah! beaucoup plus... il n’y a pas de comparaison... (A part.) Il m’ennuie.
jules, à part.
Je parie qu’il n’en a jamais entendu parler... (Haut, à Saint- Azor.) Vous connaissez Beethoven?
LE ROUGE-GORGE
SAINT-kZOR.
Ah! je le connais...
BODIN
Il connaît tout le monde.
SAINT-AZOR
Sans le connaître... je l’ai entrevu...
A la Bourse ?
SAINT-AZOR
Précisément.
emma, riant.
Ha ! ha! ha! Beethoven à la Bourse !
BODIN
Oh ! mademoiselle, ces rires sont indécents.
SAINT-AZOR
Quoi donc?
emma, se levant.
Mais, papa, c’est si drôle!... Beethoven, à la Bourse! (Riant.)
Air :
Ah! pardonnez-moi, mon papa,
Mais c’est vraiment trop excentrique :
Meier la Bourse et l’Opéra,
Le trois pour cent et la musique.
Bodin, contrarié.
Peut-être as-tu mal entendu ?
saint-azor, à part.
D’honneur, son aplomb me subjuge.
Monsieur sans doute a confondu La symphonie avec la fugue.
BODIN
Il paraît qu’il n’y va pas ?
SAINT-AZOR -
Pourquoi n’y va-t-il pas?... Tout le monde y va.
BODIN
Oui, tout le monde y va... ( Regardant Emma.) Qu’est-ce que c’est que ça?... des bandeaux !
jules, à part.
Aïe!
LE ROÜGE-GORGE
BODIN
Je vous avais priée défaire des anglaises!... je n’aime pas les bandeaux... pas plus que les architectes, entendez-vous? jüles, à part .
Qu’est-ce qu’il a donc après les architectes ?
SAINT-AZOR
Cependant, si j’osais me permettre de donner mon avis... je trouve que les bandeaux...
BODIN
Sont horribles!... Allez changer de coiffure, mademoiselle.
emma remonte , et rentre plus tard chez elle.
Oh! je me retire... bien volontiers... (A Saint-Azor, le saluant.) Monsieur...
saint-azor, saluant avec empressement.
Mademoiselle...
emma, elle rentre chez elle.
Mes compliments à M. Beethoven... quand vous le rencontrerez à la Bourse... (Elle sort en riant.)
saint-azor, à part.
Elle est très-gaie.
jules, bas, à Bodin.
Dites donc, elle m’a tout l’air de se moquer de son prétendu.
bodin, bas.
Je sais pourquoi... elle aime un architecte.
JULES
Ah! bah! (A part.) Un rival! voilà juste mon affaire! (Bas.) Comment s’appelle-t-il ?
BODIN
Dardel... Ernest Dardel...
Il demeure?
BODIN
Ici, en face... au n° 12.
jules, « part, prenant son chapeau.
Très-bien! je vais le chercher! (Il sort, et Bodin le suit.)
BODIN
Où allez-vous donc ?
JULES
Je reviens... préparer la table!... (Il sort vivement par le fond.)
LE ROUGE-GORGE