B. LE ROUGET DU MOUTON
Si le rouget du porc est depuis longtemps classique, chez le mouton par contre la maladie est de connaissance récente, Nous avons vu que la transmission du rouget par le mouton était à l’origine de deux des cas observés récemment : celui de notre maître le professeur Lemierre, et celui de MM. Weissenbach et Fernet.
Poels, le premier, en 1913, observa une polyarthrite sur quelques animaux boiteux, amaigris : les épiphyses étaient épaissies, la cavité articulaire conte — tenait un exsudat dont l’ensemencement donna naissance à du bacille du rouget.
Puis la polyarthrite du mouton est décrite par Wall, Ostertag, Spiegl en Allemagne, Makarevski en Russie, Cornelle et Glover en Grande-Bretagne, Ray aux Etats-Unis, Hopkirk etGillen Nouvelle-Zélande: : dans ce dernier pays, l’affection sévit avec intensité et est considérée comme un véritable fléau. Or le rouget du porc y est totalement inconnu et cependant Hopkirk et Güïll isolent, de la polyarthrite du mouton, un germe qu’ils hésitent, pour cette raison à identifier au bacille du rouget, malgré ses caractères semblables.
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Sur 22 cas d’arthrites examinées, Ray retrouve dix fois le bacille du rouget.
En France, H. Carré observe pour la première fois la polyarthrite du mouton en juillet 1930 : elle a été retrouvée souvent depuis. M. Nevot, au laboratoire du service vétérinaire des Halles centrales, a identifié à plusieurs reprises le bacille du rouget dans les arthrites constatées sur des carcasses de moutons expédiées à Paris pour la vente.
La description clinique de l'infection articulaire du mouton par le bacille de Pasteur et Thuillier a été remarquablement tracée par H. Carré : « On peut la rencontrer déjà sur des agneaux de quinze jours. Elle se manifeste par des boiïteries ambulatoires sur un ou plusieurs membres, boiteries qui peuvent disparaître pendant un temps variable, puis se montrer à nouveau... »
A cette période, les articulations ne présentent rien d'anormal à la vue, ni à la palpation, et cependant il est déjà possible d'y rencontrer le bacille du rouget. Ce n'est que dans la suite, après un, deux ou plusieurs mois que les articulations augmentent nettement de volume, que les rayons osseux prennent des directions anormales.. Les troubles locomoteurs et les lésions articulaires ne sont pas les seules manifestations de la maladie, et une certaine mortalité (4 à 5%) peut être enregistrée : elle est due à des lésions cardiaques.
La ponction des articulations empâtées ramène un
liquide louche, parfois rosé, dont l’ensemencement
donne naissance à du bacille du rouget ; la culture et l’inoculation à la souris et au pigeon sont souvent néceesaires, en effet, pour mettre ce germe en évidence, car il est rarement visible à l’examen direct.
A l’autopsie des moutons qui succombent, on trouve dans la cavité articulaire des végétations molles de teinte souvent rosée ; les cartilages ne s’érodent que
tardivement : les épiphyses sont alors épaissies.
On observe aussi des lésions d’endocardite valvulaire : la muqueuse de l'intestin grêle est souvent enflammée et là, comme chez le porc, toute la chaîne des ganglions mésentérique est hyperthrophiée.
Tels sont les renseignements fournis par l’étude clinique et anatomo-pathologique de la polyarthrite bacillaire du mouton. à
Le mécanisme des polyarthrites bacillaires du mouton est loin d’être élucidé. Les modes d’infection les plus divers ont été invoqués pour expliquer la pénétration du microbe : plaies de castration, de marquage, d'amputation de la queue (Hopkirk et Gill), cordon ombilical (Marsh) ; aussi H. Carré recommande-t-il l'application du pansement ombilical. Chez les animaux plus âgés, la porte d’entrée serait réalisée par les voies digestives, et les lésions coccidiennes de l'intestin joueraient, pour H. Carré, un rôle favorisant.
La polyarthrite n’est pas la seule manifestation du rouget chez le mouton,
Christiansen, en 1919, constate dans un élevage une grosse mortalité chez les agneaux. L’autopsie de
J, Monnier 6
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l’un d’eux révèle une entérite hémorragique, avec hypertrophie des ganglions mésentériques. Les examens bactériologiques permettent d’attribuer cette entérite au bacille du rouget.
Rheinhart et Krage décrivent, en 1923, une septicémie à bacille du rouget chez l’agneau.
Quel que soit l'aspect de l'infection bacillaire du mouton, il est le plus souvent impossible de démontrer la contagion par le porc. En Nouvelle-Zélande, notamment, où la polyarthrite est si fréquente et redoutable, le rouget est totalement inconnu chez les porcs de ce pays.
L'ubiquité du bacille du rouget suffit d’ailleurs à expliquer les cas d'infection du mouton.