MONTPELLIER
JBAM MAHTIL AÎRi , IMPIIMBUK OB t*ACADilIIB
Messieurs.
Vous aviez jusqu'ici des établissements d'instruction pubUque tiès - prospères , et parmi eux un collège, — presque un lycée, — dont les succès dans les examens et les concours ont maintes fois mis en relief la supériorité.
Vous possédiei, en outre, une florissante Société académique^ __ me Société agricole, scientifique etliltérairt, — où des savants distingués, aux travaux desquels je si^is heureux d'avoir pu, à diverses reprises, rendre hommage, s'efforcent de marcher sur les traces de leurs iUustres compatriotes les D. Brial et les Arago.
Aujourd'hui , vous avez , de plus , des conÉérences. Et permettez-moi de vous décerner devant vous cet éloge, si bien mérité par le merveilleux ensemble qui frappe mes regards en ce moment, je d«ttte que les réunions parisieAnes de la ^Qrbonne ofirent vm plus bel auditoire. Ne constitue? -vous
pas ici le vingtième de votre importante poimlation, et n'étes^vous pas l'élite de ia société perpignanaise t
Je remaïque autour de moi vos principales autorités, vos praniers dignitaires de tous ordres. Honneur à eux ! ^ Us prouvent , en rehaussant de i éclat de leur présence la splendeur de ces fêtes intellectuelies , qu'ils en apprécient le but et la portée.
Honneur surtout à votre Maire et à votre Conseil municipal, qui les ont oi^anisées avec tant de goût et de magnificence ! — Voilà , certes , de la bonne administration, de l'eicellente et fructueuse politique.
Honneur aussi à vous tous , Messieurs î Votre affluence dans cette enceinte montre à quel poinC vous recherchez ce qui tist libéral et généreux, ce qui élève et agi-andit, en la p^fectionnant et en la fécondant, iiotre nature humaine.'
Je suis fier, — croye^-le , — d'avoir à inaugurer l'ense^nement historique au milieu d'une telle assemblée.
Je tâcherai de ne pas vous paraître trop indigne de cette mission ; et , pour vous témoi^ior ma gratitude d'avoir bien voulu me la confier , j'essaiwai de vous offirir une esquisse de votre propre histoire.
Plusieurs d'entre vous la savent , vraisemblablement , mieux que moi. Mais vous aurez, en revanche, l'avantage de voir comment vous juge un Parisim , qui a appris à vous connaître , en passant les trente meilleures années de sa carrière à étudier ie Midi dans le Midi mèm.
Messieurs , votre situation géographique vous a valu une eustence à part. Vous tenez à la fois , comme Montpelfier,
plus que Montpellier encore , de la France et de l'Espagne ; et c'est un peu à cause de cela qu'en m'occupant de l'histoire de Montpellier j'ai dû m'occuper aussi de ia vôtre. Ce sera donc entre la France et l'Espagne que je m'établirai , pour dressa votre carte historicpiQ.
Je ne puis avoir, avec une heure devant moi , l'ambition d'être complet. Je vous donnerai une sin^ vue de panorama. Que de temps ne faudra! t-il pas, pour retracer en entier votre histoire ! Vous datez des vieux Celtes et des anciens Ibères ; Aanibal a traversé votre pays avec ses Carthaginois. Puis vous avez eu , comme toutes nos sociétés occidentales, les Romains pour maîtres, — pour maîtres soit comme dominateurs, soit comme initiateurs à leur grande et vivace civilisation. Je ne remonterai pas plus haut ; car je risquerais de m'égarer dans le vague des hypothèses. J'arriverai tout de suite au moyen âge : là surtout se rencontre la période originale de votre existence.
Vous veniez aioit& , pau* l'effet de l'invaskm des Barbares , de vous soustraire au niveau romain , et le niveau français ne devait vous atteindre que tardivement. J'insisterai particulièrement sur cet âge iatermédiaire de puissante et vigoureuse vie , d'individualité pleine de sève , et si fertite en détails caractéristiques.
L'histoire du Roussilion, - laissez -moi désigner par ce nom moderne votre ancien pays, en y comprenant le Vallespir, le Coi^nt et la Cerdagne : le Roussilion proprement dit ne les embrassait pas dans l'origine; mais j'adopte ce terme collectif, comme moyen de simplification, — l'histoire du Roussilion , bien qu'intimement liée , au
XHÏ* et au XIV® siècle , à celle de Montpellier, s'en détadie / toatefois , avant et après. MoDtpeUier n'existait pas encore, que dtôjà le Roussilion faisait partie intégrante de la SepthiiaBie.
La Septimanie avait NmtMune pour centre et pour capitale. La ville gauloise de Na^bonne, dont les Romains firent jadis une de leurs plus puissantes colonies, — et que Cicéron nomme la sentinelle , ou plutôt le poste d'observation et le boulevard du pea;^ romain : ipeeula pofutU rommi ae propugmculum , — était devenue , même avant la chute de l'empire d'Oocîdent , un des prindpaox sièges de la domination gothique. Les Wisigoths y eurent une sorte de quartier-général, d'où, comme de Tonloose, ils étendirait leur autorité sur l'Ëspagne, et qui résista aux conquêtes mérovingiennes. Ils s'y maintinrent jusqu'à invasion des Sarraans ; et , pendant près de trois siècles qu'ils occupèrent le pays , ils eurent le temps d'y imprimer le cachet de leur civilisation.
Vous avez participé à cette fortune : car votre diocèse
d'Elne , qui devait avoir jdos tard Perpignan pour chef-liM , relevait de la métropole de Narbonne ; et le Roussilion a (BU , à ee titrft , l'imigne avant^^ de subir la l^sfaisante influence de l'état social au progrès duquel ont si libéralement cootribilé ks conciles de Tolède.
Les conciles de Tolède I Ce serait être bien ingrat, que de 'tes oubUer dans cette revue. Tolède n'a pas été seulement, an VP et au VU*^ siècle, la capitale du royaume gothiqite d'Espagne. Les Wisigoths y ont eu aussi, à partir de 531 , fenr «MHre Mal. C'est là qi^eat lieo, en 589 , par les
soins du ^HtMaat rai Itoccaced , la sûlenorile abjuration de l'arianisme , qui , en les incorporant , avec les Soèves , à la grande famille catholique , sous a valu, ainsi qu'à l'Espape elle-même, votre unité religieuse.
Votre ^?êq«e d'BIne fat «émoin .de cet acte mémoraète ; il y a^pa^ait , en compagnie de la plupart des autres évêques septimaniens. Vainqueurs et vaincus fifateiiiifièiMrt , ce jourlà^ «t la fusion des Gotlàs et des Romains enfanta la nationalité «espagnole.
VeuiltoK , Messieurs , noter cette apparition de la nationalité espagnole dans un concile.
Les concUes devaient avoir en Espagne, à- partir de ce moment, une importance toute spéciale. L'Église allait y exercer sur le gouveraenient (temporel lai-méme. une décisive direction. En Espagne, désormais, — en Espagne et chez vous , chez nous tous en Septimanie , — la prenière k» , la k» fondamentale , ce fut la croyance catholique.
!^ troisième concile de Tolède, de 589, fait donc époque. Il S''est éooidé cent vingt-deux ans entce cette date et celle de la conquête arabe ; et pendant cette période se sont tenus à Tolède quatene antres ooncUes nationaux. I^e manquez pas d'en parcourir les canons , si vous voulez avoir une idée de ce qu'était alors la vie d'un peuple catholiqoement gouverné.
Les conciles de Tolède étaient des assemblées à la fois fwlitiques «et religieuses , devant lesquelles se traitaient toutes les graves questions , concernant soit l'État , soit l'Église. Us itnqriissaieBt , eonséqnenmeBt, une double mission ; et l'Eaifis^ put , grâce à eux , jouir , dès le
siècle, (ftine sorte à& goaTernement représentatif; —
l'Espagne et, je le répète, le fioussillon aussi, comme partie intégrante de la monarchie gothique , avec l'ensemble de la Septimanie. Vous avez là l'origine de vos fueros, les sources de vos libertés locales. N'a-t-on pas cru voir jusque dans les conciles provinciaux septimaniens les racines mèros des États de Languedoc ?
Conciles provinciaux de Narbonoe et concUes nationaux de Tolède poursuivaient de concert la réalisation d'un même but : le maintien de la paix, le développement des institutions publiques , la liberté dans l'obéissance , avec la réforme des mœurs.
L'Église apparaissait alors comme la clef de voûte de l'édifice social. Toute civilisation passait par elle, pour arriver au cœur des peuples. Elle seule pouvait faire l'éducation des masses ; car elle seule se trouvait assez forte pour les dominer.
Hommage donc , Messieurs , hommage et reconnaissance aux conciles deTolède ! Et quand nous verrons tou^à-l'heure, en pleine féodalité , poindre , avec la révolution communale , l'aurore de notre régime moderne , ayons soin de nous rappeler que dans l'œuvre de ces vénérables assemblées mixtes existait déjà le germe des plus salutaires, des plus fécondes institutions des siècles postérieurs. '
Mais n'anticipons pas. Je ne suis encore qu'au moment où , avec l'invasion arabe, commence pour le Roussilton un nouvel ordre de choses , et où cesse pour la Septimanie , comme pour l'Espagne, la domination gothique.
La domination des Wisigoths, mais non celle de leun
lois , (Telle de leurs idées : cette ^tomination-là diait survivre ; car c'est le privilège des grands principes de ne jamais périr. L'héritage gothique , à l'héritage romàin, nous vaudra, eu partie , la gfoird de renaître biei^ à la Jiberté. . Cette gloire, il nous fallait la gagner. Que de sueurs, que de {atones, que de sang ne nous coûta-t-elle pas! Remémorei-vous les périls et les misères de l'occupation arabe. Bien qu'on les ait parfois exagérés, il en restera toujours le souvenir de beaucoup de mal : et le mal aurait duré plus loiig4emps encore, sans la belliqueuse épée de Charles Martel, de Peppin le Bref, de Ghaitemagne. Les victoires des Carolingiens marquent pour vous , comme pom toute l'Europe occidentale , une ère de déUvrance. Vos stipulations avec Peppin vous ont pwmis de conserver vos lois propres, fmwxkm usages, votoe éta^ social traditimin^; et elles ont , en outre , créé à la France ses premiers droits sur voiis , ses promis drmts poli^ws mr votre pays.
Vous en avez eu conscience , et vous les avez respectés ; car là loyauté a toujours ennobli votre caractère. Vous avez applaudi à la prise de Saragosse par Charlemagne, à celle de Barcelone par Louis le Débonnaire , et on n'a pas eu à vous regtodu^ de participation à nobre hâmque désastre de Roncevaux. Vous compreniez déjà que refouler l'islamêime , e( étendre jusqu'au-delà d^ Pjnprâées la doHUiHUiaB de la France , c'était répaier les brèches faites à l'Europe cfarétieBoe par de sacrilèges envahisgeiBents. Vous voos r^iÙBiez de voir ainsi nos rois préluder aux Croisades , et émre avec leur ^ve , trMnpé' dans ïiotre vaiewêux sang , les premiers fouiUets du Gesta Met per Fmncog.
Yoii^ avifH^ ]faism w^ea rfi|^ttf(> Ci^tû jm iai^îMi, honneur à ¥Otre générosité ; et vous y trouviez aussi votre ioifiréti* LôSi Carobuu[ien&. eo, M^nqviiéi'ftiRt hk iftar^hff^ d'£tS* pagne , et en lui donnant «ne iio«v«Qe organisation , vous
toujours menaçants : vraie -ceinture de sûreté, qui, par sa QOttlaBte pratocliaii, vont iMiniisBait Je BM^ea à$>Nètpm moins périlleusement à vof;re progrès particulier.
Voa&yavez tramiUé sorteul soos vos e(HBtes, les Saniaire, h& MiroQ, les Beuàon, lest Gausliert , lesGuilireU, l«&GuiUbert, les Gmnard. C'est à cette i)ériode de votre Ustoire que cesQOBte rétablissemaat de vos i«o»a9tères de Saint- Martin du Canigott et de Saint- Michel de Cuxa, où l'ancien
46iiB, de \ms»,&iBm Uram^ 1°" viat biimMiinflat ésban-
ger sa couronne de prince contre la couronne céleste , en aÉÛmaiA moiesteamlL soos la iHire sa ^^orieus» vie^ C&A à elle aussi qu'appartiennent la londatiou de votre église du Vieux Saint -Jean et Torigii^ même de votse viUe de Pecpignaa. C'est eocore cette époque qui a vu najire et se Iffopager votre admirable institution de la Trêve de Dieu.
BâportoaHiQus par la pensée à m& tm^
troubles, où régnaient partout le désordre et la confusion, m h guecra pEomenait san» cesse çà et là ses» miagw^ où , suite des rivalités et des convoitises seigneuriales , il n'y avait pour personne ni sécoiité , ni lendemain. Les églises, participâAt à la ruine conmuue r se tjrouvaieut elles-mêmes journellement dévastées. Les voyageurs étaient, sur la pl«tp^t ôm sbmm^ assdiUi» et dépouiUÂs* L{iA>.^ujUi¥atettfi^, maltraités 4 leur tour, ne pouvaient se livrer au travail,
avec leurs cabanes incendiées , avec leurs bestiaux violemwmt tués ou enlevés»
Ce fut à cette universelle désolation qu'entreprirent de remédier les seigneurs et les é?dqueft du Midi. Us s'asMOi U^ttBt^patriaçcalement dans un pré , attenant à votre village de Teulouges , — d'après la tradition du moins , — et là iiit déeiétée * par mesure de salut public, la ïfève de Dieu.
La Trêve de Dieu , la suspension de la guerre et son enraiement de par le Ciel ; la paix , la tranquillité publique à certains jours de la semaine, à certaines périodes de l'année , pour ce pauvre monde, en proie à tant de misères 1 U fallait, au XI® siècle , toute l'autorité de la religion , tout le prestige du nom le plus saCTé , pour faire respecter ee ^ nous inspire aujourd'hui, au XIX^ siècle, sans la moindre contrainte, UB si naturel respect. L'humanité sonUait, dans ce teofs-là, ne pouvoir vivre par ellemême. Et non-seulement on éprouva le besoin de me^ seus la garantie divine, sons la proteetieii et la sanvegasde de Dieu même , les diverses existences que le progrès soâal nous a habitoés depoi» à respecter instin^vement , mais, pour les simples périodes de l'année qu'on essaya de soustraire à ce régime de violence, passée à l'état légal, on sentit la nécessité d'abriter sous l'égide celig^use jusqu'à la pénalité qu'on adopta «entre les infracteurs de la Trêve de Oien* Ettoore 1» remède ne Usl/^k q&'k demi effîcace» tant les brutales coutumes avaient pris racine parmi les populations !
Votre pays. Messieurs, n'eua pas mms m la gloirB de pieduire ainsi, dès le XI^ siècle, un des actes qui ont init le plus d'honneur à Fhnmanité.
Vers k fin cki simi» smasA , le itouasilkm appartenait
au royaume d'Aragon , en vertu du testament de son comte Gatiiard II. Il siérait mal à m habitant de Montpellier de réclamer contre cette donation , quoiqu'elle ait eu pour effet de retarder wtre retour à la France. Car Montpellier s'est trouvé bientôt après dans une situation analogue. Ce fut nne conséquence presque nécessaire de l'élévation des comtes de Barcelone au tt^e d'Âragon. La France perdit de la sorte ses avances en Espagne ; et l'Espagne , au contraire, par une re^ttaUe interversion des r<yies, empiéta sur le sol français.
Le RoussiUon mt beaucoup à souffrir de cette nou?elle fortune politique. Les Pyrénées le séparant de l'Ëspagne , et la domination aragonaise Tenlevant à la France , il en résulta pour lui un véritable isolement, une position intwmédiaire indécise et presque toujours fausse, dont la oonséqimice la plus nette fat de le soustraire à l'action française , et de faire de lui , dans toutes les luttes entre la France et l'Espagne, le diamp de bataille des deux puissances. Quelle prodigieuse cause de désastres et de calamité , à une époque où les guerres étsàmt » fréquentes , si rï^'.hes en atroces dévastations !
Le Roussillon sembla, toutefois, d'abord en prendre son parti. Ses premiers chefs aragonais s'effiu'çaiwt de lui dissimuler , par de populaires mesures , les inconvénients de sa nOQvette position. Alphonse II , notamment^ lui donnait, en 1173, sous le titre de Constitutions de paix et irève, de sages lois, destinées à raviver et à compléter les pre* s(»'iptions de la Trêve de fiteu ; et son iUs le roi Pierre II
autorisait, en H 96, Perpignan à s'ériger en commune,— en
ville libre et autonome , où les habitants s'administreraient par eux-mêmes , sous sa suzersÉM protection , an moyea de consuls de leur choix, avec pouvoir de faire la guerre pour leurs int^ts particuliers.
Il y aurait une piquante comparaison à faire , si le temps me le permettait, entte votre charte communale de M9ft et celle que le même prince signait, huit ans plus tard, pour iMontpellier ; et il ne serait pas moins curieux d*étudier, à cette double occasion , les lihertés dont jouissaient antérieurement déjà quelques-unes des cités aragonaises.
L' Aragon est un pays de très-vieiUes et très-remarquables francliises. Ne connaissez-vous pas le célèbre fuero de 1068, auquel on a donné h» nom A'UMget d» Bare^om, et qui a fait loi jusque chez vous ?
La liberté seule pouvait rendre supportable l'exfâtence si (Ufficile et si laborieuse des marches espagnoles, à cette époque du moyen âge. «Nous avons toujours entendu dire »à nos ancêtres» , -— est-il écrit dans les actes des cortès tf Aragon de 1451 , — « que, vu la grande stérilité et la • pauvreté de ce royaume, » ce n'eût été à cause des » libertés dont on y jouit , ils se seraient mis en quête de » terres plus fertiles, dans un pays meilleur. »
Ce texte nous peint exactement la situation. Un territoire ingrat à défricher et à défendre ; des montagnes à coltiver péniblemi^ le jour et à protégo* la nuit plus pteiblnnent encore ; une vie de fatigue incessante , de labeur quotidien ; à <^kaqiie instant l'ennemi à repousser ; d'immenses ravages à réparer ; avoir à faire constammoit sentinelle , à se tenir
sur le qui-vive , à combattre , de peur de se voir anéanti . tal éuit le sort des bourgeois de vos aneieiuies commanes.
Ne soyons donc pas surpris de leur précoce liberté et de leur invinoible résistance. Ne soyons pas étonnés de les raiicontrer partout si héroïques et si durs à la fois. Ne sa?M-voad pas Tancien pro?nf)e : « Doonei on eloa à l' Arar
• gonais; il l'enfoncera avec sa tête, jdotôt qu'avec un «marteau.»
L'Aragon a donc été , je le répète, un pays de très-vieille Kberté et d'indomptable indépendance. «D'abord des lois,
• pois des rois • , telle était sa fière devise. La soprtoie mi^strature du Ju^ga en fut la vivante et redoutable application.
La liberté était , du reste , traditionnelle dans toute cette partie de l'Europe. Ne vous l'y montrais-je pas toot^^rbeore se manifestant par les conciles de ïolède? Je pourrais aussi vous rappeler la formule du serment que prêtaient^ leur roi les riches-hommes d'Aragon : « Nous, qui , séparément, » valons autant que vous , et qui , réunis, pouvons davantage, «nous vous faisons notre roi, à condition que Toosgaiderez
• nos privilèges; sinon, non. »
Ni^ part fe principe de l'indépendanœ des sujets à l'égard des rois n'a été plus énergiquement exprimé. Ne se eroiraiNHi pas an sein de Tai^que Germanie?
Votre édufi^n sociale s'est faite , comme celle de la Gemmone de Montpellier, au contait de ce pays de noble oifMil , d'inatpjgnahle liberté , et d'béroïsme plus grand encore ; et votre caractère roussillonnais , déjà si fortement tB«B{)é, n'a fm que gagner i ee voiiiiage.
6ad6B-voiis de «reiro, Messieurs, que je veuille vous ftitter. Je me réjouis seulement , — «i ma quaUté de français et d'bisterien de k Commune de Montpellier , — de vous voir, tout comme nous , au coeur môme du HiOyeâ âge, en posseMieii ^ m ëroits naturels. Vous ne deviea pas avoir, sous l'empire d'un tel régime , d'arriéré à recoô* quérir. En mart^t à l'imisBOi de l'Sspaiûe , wus marchiez aussi avec la France.
Cette temporaire asmexk» à l'Espagne eut pour eiet de ^oos tenir, comme Montpellier, à l'abri des troubles de l'hérésie albigeoise. La mort dè votre rei Pierre il è k bataille de Muret, en 1213, vous valut, qui plus est, un nouveau surcroît de liberté. Car les discorâé» qui a|^tërent alors r Aragon vous pemiient de- faire payer à son héritier votre important secours ; et quand Jayme 1^'' se tretiva p«^ sesseur 4« louttittoii, il mit le oomWe à vos Iranchises, en sanctionnant de sa royale confirmation vos Coutumes de Perpignan.
N'était-ce pas les consacrer à tout jamais ? Elles vous restèrent. La position du Roussillon entre la France «t rEspagne nécessitait trop de ménagements, pour osât
vous les disputer.
NofHsedement Jayme U ipm» les recemiut, à son tour , mais il choisit , en 1277, votre viUe de Perpignan, poi» en faire comme la capttade de son royaia» de Majorque» m &Baat parmi vous sa résidence. Le château qu'il y construisit est devenu le donjon de votre «Citadelie*
Habitation assez modeste, dont aucun roi ne se contenterait de nos jours. Mais les rois de Majorque tfflÉl janiit
été de hiea gçaads mojîarqueg. PçodiBt que les rois d'Aragon de la branche aînée gonvemaient un territoire compact et homogène , ils ne possédaient , quant à eux , que des pays épars, dont toute l'étendue n'arrivait pas au huitième de ce lot : les îles Baléares, le Roussilloa,ia Gerdagne, la seigneurie de Montpellier, la vicomté de Cariât en Auvergne , et quelques autres fiefe çà et là dispersés, n'ofirant que des lambeaux de royaume.
Garant de liberté intàieare pom ces fieCs , presque étrangers les uns aux autres ; mais , en même temps , cause inévitable de mine pour la monarchie incohérente qu'ils concouraient à former.
Aussi Jayme H se vit-il tout d'abord contraint de faire
hommage de son royaume de Majorque à son frère aîné , le roi d'Aragon Pierre III.
11 commit l'imprudence » pour se racheter de cette humiliation, de prendre le parti de l'armée française dans la guerre que Philippe le Hardi soutint, en 1385, contre ce roi , et il la paya cher ; car, l'issue de la campagne ayant été funeste à la France , il se tronya , aussitôt après , dépossédé des îles Baléares , au profit de l'Aragon. Jayme fut complètement sacrifié , par le traité de Tarascon de i 290 , et, sans l'intervention de Philippe le Bel, il n'aurait vraisemblablement jamais ressaisi son trône. Mais Philippe le Bel était plus juste et plus généreux qu'on ne le croit, n lui répugna de laisser Jayme II dans l'état d'abjection et de misère où l'avdt réduit notre alliance; et il lui ménagea, par le traité d'Argelès de 1298, une tardive restaoratira.
Son fds Sanche, en 131 1 , et après Sanche, qui mourut en 1324 sans postérité, le neveo de celui-ci, Jayme Ul, bénéficièrent de ce répit. Jayme III , néanmoins , n'était nullement propre à conjurer la catastrophe de sa frêle monarchie. Il ne fit rien , ni pour s'assurer l'affection de ses sujets , ni pour paralyser les convoitises de l'Aragon et de la France, qui, dans la sphère de leurs intérêts et de leur territoire respectifs , guettaient le moment de se partager ses dépouilles. Jayme fut comme étouffé par l'atmosphère de ce dangereux voisinage ; et le jour ne tarda pas à venir, où Pierre IV, d'un côté, et Philippe VI, de l'autre, lui signifièrent sa définitive déchéance.
Jayme III essaya vainement de protester contre sa mauvaise fortune. Son petit royaume de Majorque n'avait aucune raison d'être. Il fut rayé de la carte de l'Ëurope; et, en 1344, la bannière d'Aragon recommença à flotter sur votre château de Perpignan.
La France eut , par suite de la suppression du royaume de Majorque , l'inconvénient de se trouver en contact immédiat avec le royaume d'Aragon remarquablement agrandi, et se donnant pour trône les Pyrénées mêmes. Mais , en perdant de ce côté le bourrelet propre à lui amortir le choc d'un grand état, elle gagna, par compensation, l'avantage de pouvoir s'annexer totalement la seigneurie de Montpellier.
Merveilleuse annexion , qui allait unir tout le Languedoc sous le sceptre royal des Valois , et enrichir leur couronne de la complète possession d'une ville que Philippe le Hardi rfavait pas craint d'assimiler en importance à tout le royaome d'Anion 1
La rtoii<m de U aeipeane de MwitpeU^ à la i&ofiar>
chie française en 1349 , jointe à l'acquisition du Daupbiné , aeeooqriie la méine année , permit à Philippe ée Valois de contrebalancer l'agrandibsement de la monarchie de Pierre IV.
Le Roussillon garda , quant à lui , en redevenant aragonais , ses anciens privilèges ; et le roi Martin pot dire de vous et de vos voisins les Catalans, dans son allocution aux eorlès de 1 406 : « Est-il un peuple au monde , qui jouisse •d'autiuit de fraadiises et de libertés? »
Vos libertés survécurent à l'occupation du Roussillon pju* Louis XI. Cette tmtative de n^triement n'avait chance éè réussir qu'à ce prix. Elle demeura, toutef(HS, assez stérile, et , mal^ Fimpérieux besmn que la France éprouvait de vous ressaisir, par manière de contre-poids au nouvel agrandissement que valait à l'Aragon le mariage de Ferdinand le Catholique avec Isabelle de CastiUe, il fallut attendre de meilleurs temps.
Le gouverDement de Charles VIII , bien différent de celai de Louis XI , restitua, en 1 493 , le Roussillon et la Cerda- |Be. Charles VIII ne pouvait , an moment d'entreprendre son expédition d'Italie, garder sur les bras une alïaire aux diffîcul^ de laquelle avait à peine suffi l'immense talent (UploBiatiqiie de am p^. On inséra, toutefois, dans le ttndté qui accompagna cette restitution , une clause favorable a» maÏBtieB deftdroits de k France «v les deux comtés. Ils devaient nous faire retour, quand la possession serait rocMBMie noas en appartenir. .
Promesse illusoire, que l'opinion française n'jflwpta
qate déMspoir de eanse, apfèe^^ viws protestations. Il
tardait à Charles VIII de se lancer dans l'aventure itahem»* n se hâta, en dépit de l'opposition dè 8fi»Coi»ea et du Parlement de Paris , d'évacuer le territoire , à la reprise dâqoel ttmis XI avait vowô ses effarts les pfait opimâtew.
Ne maudissons pa» trop, cependant, la poUtique de Charles VIII. Si sa guerre d'Italie a élé fins, m XV« siècle, la souroe de raineuses déceptions, elle nous a valu , en revanche , un enchaînement de progrès artoliqiWt et intdtoctoels , qoi comptera toujours parmi nos gtoins les plus fécondes.
L'occupation française cessa , en Reossmon , le 2 septembre 1 493 ; et le 1 3 du même mois , Ferdinand et Isabelle firent leur entrée à Perpignan.
Ils inaugurèrent leur prise de possession par le renouvellement de vos privilèges. Mais ne savei-vous pas eontMOi était exclusif, au point de vue religieux surtout, le système espagnol ? Un des premiers actes de Ferdinand , — eomme poar légitimer smpiès de voos mm titre de roi catholique, — fiit d'étendre aux Juifs du Roussillon l'édit de bannissèment qu'il aiait pronmigiié, l'anaé» précédente, contre
ceux de la Péninsule.
Les Juifs ! Quelle matière à mtolénmce; et aaasi quel objet d'ex(doitation pour les souverains d'autrefois !
Ferdinand prononça la peine de mort contre teot Juif qui mettrait le pied en RonsaiUon, et contre tout Roussillonnais l'accueillant , ou prêtant la main à son retour.
Mesure bien digne dapnneeqm, pour prix du saeniice que venait de lui faire Charles VIII , en lui abandonnant le
RoosâlhMi et la Cerdagne , allait, par une des plus célèbres trahisons, se .parjura > sur presque tous les articles du traité, dont Pévacuation de ces deux provinces avait servi à payer la signature 1
Charles VIII put alors reconnaître , mais trop tard , toute la gravité de la làate qu'il avait commise m livrant cette frontière de la France à l'euneini déclaré de la France , et en laissaiit on roi d'Ëspagne à cheval sur les Pyrénées. Sa mort prématurée ne lui permit pas , toutefois , de tirer de Ferdinand la vrageance qu'il méditait; et son successeur Louis XU ne put laire, à cet égard, que de vain^ tentatives.
Votre pays, Messieurs, ftit naturellement un point de mire pour l'ambition de François 1". Mais Charles-Quint ne s'y laissa pas plus entamer que h^erdinand le Catholique ; et le si^ de Pwpignan de i 542 n'abimtit qu'à s^uamer encore une fois votre ralliement. « La ville estoit si bien » pourvu» de {date-frames garnies d'artilknie » , — «^ Martin Du Bellay, — « qu'il sembloit d'un porc-espy, qui, de »tem cosiez, estant coiMToussé, monstre ses poinetes.
• Tout ce (lue l'Empereur avoit mené en son voyage » d'Alger estoit dedans , tellement qu'à l'arrivée de tous » cosiez on estoit salué à coups de canon et de coulevrines, *dont les eraMMS estoient aussi libéraux que d'arque-
• bouzades. •
Il fallut donc renonce de nouveau à reprewire le RoussiUoo , en subùsant les représailles impériales pour lamot^ entreprise de Provence.
Mais François I*' se dédommagea , par un trsâi de générosité mille fois plus glorieux qu'une victoire. Les ItaUens
de son armée s'étant penms d'eniever, pendant leur retraite ,
trois cents jeunes femmes roussillonnaises , par ressentiment contre les Espagnols qm avaieiU domé teaum^^ de ces violences en Italie, il paya lui-même leur rançon, et se procura le plaisir de les rendre à leurs pères ou à leurs maris, accourus pour les réclamer.
Henri IV se sentait trop bon Français , pour ne pas voulour, ku xmiy vous reconquérir. Vous étiez alors pow nous l'objet d'une sorte de passion ; et cependant , — laissezmoi vous le dire, — vous y répondiei si peu, que vous sembliez prendre à tâche de vous éloigner , chaque fois que nous allions ^r place vous déclar»' iM>tre t»adresse. C'était, à la vérité, un Espagnol, D. l-'ernand de Tolède, qui vous commandait en 1597, au mœnent cte la revendication du msunéehal d'Ornano.
Vous ne résistiez pas alors précisément à la France; vous résistiez à la perspective des dangers dont vous menaçaient nos troubles intérieurs , et que votre inflexible attitude ca^bolique vous faisait mieta braver deni^ les canons de l'Espagne. Les Protestants vous avaient elïrayés, en pénétrant ebez vous, à deux révises, — en lô70 jittCpi'à Estagel, en 1592 jusqu'à Vinga. Vous paraissiez VOUS d^er , comme beaucoup d'aatres , de h dncérîté de la conver^OD de Henri IV.
Voilà pourquoi vous repoussiez, en 1597, les avances de ce roi sî âuineniment Français ^ pourquoi vous préieriez La domination espagnole , mais hautement catholique , de Philippe II. La lumië^ n'âait pas meam £aite devant vos regards. Vous ne distinguiez pas encore, au milieu de la
filmée de nos mousquetede», de quel i'mumfài k
TficUabLe a^wm.
Aussi la paciication de Vemns , en vous rendant teste
letie quiétude y et en vous soustrayant aux terreurs de Ftpplication de l'Édit de Nantes , vous parut-elle , en 1 59&, une sorte de bienfait.
Le vrai bienfait de ces deux grands actes se dissimulait à fos yeox ; ear en religio» vous n'aviez pas de dissidents; et votre position au-delà des Pyrénées, par rapport à l'Espagne , désonnais endormie dans les bra& de ses monarques autrichiens , vou& permettait de vous enivrer librement des jouissances de beau climat.
Il «eus devint alors facile de vous dévouer au soin de vos intérêts locaux ; de vous occuper de vos manufactures et de votre commerce , sous, les auspices de wtre consulat de mer ; d'accomplir la traasslation de votre évêché. Elle, se fit trè»40leMdteent , te 50 ju» 1^2 ; et vota pu apprécier depuis par vous-mêmes , sans infraction à la \m de la résidence , ies vertas et les éminentes qualité» d0 «os évéques, — dont je suis beuceux d'apercevoir ici , à ma droite , le vénérable successeur.
La puissance espagBole.de la maison d'Autriche , cependant, s'acheminait vers son déclin. A l'exemple de Ferdinand le Gatholiqae , qui avait prosent les Juife, Philippe III expulsait les derniers restes des Itons. 11 simplifiait ainsi le r(àe) de Tinqmsition ; mais ne eompromettaitriè pas grave*^ ment , du même coup , le& intérêts de sa monarchie? Quelle perte pour l'industrie, pour l'agricidture, que «ile de ces inteUifents tuawaitteiics» suBvi>vants attardés d'une civihsalion*
d'un monda jadia ooDqvérant, <|Ba l'essn' des natiniialités
européennes forçait à se replier vers l'Afrique , en attendanit, que l'épée de la France fût en mesure d'aller le maîtriser
jusqu'au sein de cet asilel
Plus, néanmoins, l'Espagne déclinsùt, plus grandissait
l'orgueii de ses rois. Us semblaient profiter de^ l'abâtardis-
sement où ils plongeaient le pays, pour le soumettre à leur
emiipoteiice', et n'endormir que pour mieia dominer.
Témoin le système tyrannique pratiqué par le gouvernement - de Phihppe IV contre les privilèges de la Catalogne. Mai» k Cataijû^ ne se laissa pas faire : elle regimba contre ses oppresseurs , et m particulier contre I>. Guzman , comtediuc d'ûhvajDës; puis, l'arbitraire croissant touiours^ elle ne craignit pas, en 1640 , de se ci^ituM' en jdeine révolte.
Perpignan , qu'atteignaient les mêmes vexations, protesta par une résistance analogue. Il lui en coûta cher : te fat on affiwiut désastre , où le bombardement et le pillage se relayèrent pour une ruine générale.
Votee «iUe>, Messirars, se trouva presque d^raite^ ce jour-là ; et vos pères apprirent sur ses décombres , en iwè des potences qofon dressa pour eux , le danger qu'il y avait à braver l'orgueilleuse hiceur d'un miuist^ e^[)âgpûl.
C'était là que la France vous attendait. Les Gatadans se ii^^iieo^ eittre ses lara^; et vous #aiwitea leur exemple.
Le cardinal de RicheUeu avait, du reste, préparé les voies. !ie eoBoaisaeirfoœ pas. l'histoire du siège 4e. Leueate, qui valut au duc d'Halwin son bâton de maréchal ?
Je parle ica du second ^ége 4e c^e place , de e^ui de iJ6i37. X« prejaifir si^^ ^ temp.de. Umi lY, avjùt servi
à mettre en relief l'héroïsme de Du Barri de Saint- Aunez et de GoDstanoe de Cezelk. Celui-ci illustra la braTonre et le dévouement de leur tiis,'ie généreux Hercule. Il disputa, avec 1 80 hommes seulement , le passage de l'is^me de Leucate à une armée de 1 4000 Espagnols , que commandait le comte Serbelloni. Il leur tint téte, pendant un mois, jusqu'à l'arrivée de nos Français.
La Catalogne se donna donc à la France , et Louis XIII pat prendre , en 1 641 , le litre de comte de Barcelone. Vos comtés de Roussillon et de Cerdagiie partagèrent cette fortune ; et notre roi de France «Rengagea à ne jamais permettre qu'ils fussent distraits de sa couronne.
Louis Xm tint parole : mais fofeé lui fut de vous conquérir; car les Espagnols prétendaient ne pas vous lâcher.
Us vous laissaient , toutefois , malgré cela , mouru de faim. «Maintenant qu'on ne peut plus trouver ni chiens, • ni chats, ni rats, » — dit un contemporain, le notaire Paschal , témoin de ces souffrances , — « nous en sommes » venus à manger les semâtes de nos souliers, les parche- » mins ramollis , et toutes les herbes possibles , telles que .pariétaires, chardons, douce-amère , gentiane, maiive, »<»rties, et toutes autres qu'on pourroit nommer. C'est une » vérité , que dafts ce moment le fils refase à son pèi e , le » père'à son fils, l'ami à sou ami, ce qu'il a pour soutemi- . son existence. — Aujourd'hui 22 janvier, me trouvant à » prendre le soleil sous le perche du glorieux Saint-iacques, » j'ai vu arriver au cimetière deux soldats , qui se sont mis » à brouter les herbes qui y croissent, eoByBé aiiroieDt lait
» des animaux. C'étoit chose qui atterroit , que de les vœr » mangw ces herbes avec délaces , tfmt ils mouraient de
■ faim !»
Quel navrant tableau \ Mais aussi quelle opportune occaâOD pour Louis XIII de se montrer à vous !
Richelieu le lui conseillait ; il pressait le roi de se rendre en personne au siège de Perpignan : moyen habile de donner plus d'activité à la guerre , et d'accroître l'énergie des populations , en jmrant au milieu d'elles le maintien de leurs privilèges. Louis XIII goûta le conseil de son ministre , et prescrivit de réunir une armée en Roussillon. Le maréchal de Brézè la devança, avec le titre de vice-roi.
Cette politique porta ses fruits. La France , d'ailleurs , se trouvait dans une de ses meilleures veines. L'Espagne , au contraire , déclinait de plus en plus ; et son roi Philippe IV, bien que surnommé le Grand , n'avait , comme on l'a plaisamment, dit, d'autre grandeur que celle d'un fossé, à qui on ôte de sa terre par un creusement progressif. Le Portugal venait d'imiter la Catalogne , en se donnant un roi particulier, dans le duc Jew de Bragance ; exemple que Napl^ allait suivre , à son tour, sous la révolutionnaire impulsion de Masanielh) , — pour^ ne riou dire des pertes col(miales que valut , en outre , à l'Espagne la prétentieuse impéritie du comt&4uc d'OUvarès.
Le gouvernement de Philippe IV eut beau chercher à réparer ses fautes , à l'égard de la Catalogne , par l'essai d'un meilleur système. Ce tardif amendement parut un indice de faiblesse , et , au lieu de ramener les rebelles , ne fit que les enhardir.
Lods Xm était éÉjà «n route , avee ses manéchaux de
fi& Meilleraye et de Schomberg. Ou apprit bientôt que rannée française venait de s'emparer de Collioure.
Perpignan , malgré sa r^utation de place ineatpv^aable , ou plutôt à cause même de la difficulté de s'en rendre maître, devint le point central des efforts 4e Louis XIII. Lintelligent monarque en içpréciait l'importance stratégique, et il avait d'autant plus à cœur d'y planta son dra^pean. Il s'installa à Saint-Estève , en vue des batteries espagnoles , pour mieiB mfmtrw sa knm résolution é'ea finff* L'Espagne céda. Eût- il pu en être autrement, avec la bravoure de nos troupes , lorsque surtimt la famme omis aidait? Elle était si affreuse, qu'à en croire Vittorio Siri, les Perpignanais ne laissaient plus sortir de leurs maisons leurs enfiants, de crainte qu'ils ne tussent pris par les soldats pour être mangés !
Besoin fiit donc à la garnison de capituler ; et, le 9 septembre 1 642 , nos Français entrèrent dans la place. Le A-apean de la France , arboré ce joup4à sur votre GitadeUe, .ne devait plus en descendre.
l%duons-le , Messieurs $ oui , saluons-le , ce victorieux drapeau , dont la réapparition vous a rendu le privilège de pouvoir vous dire Français ; ce triomphant drapeau qui , en se déroulant &a votre viUe , — sur votre admirable et fortunée province de Rousi^lon , — pinrtait dans ses plis lesgloBPes les pfais pures , ^les plus certaines de votre avenir. Où trouver une plus favorable occasion d'acckmer ce mervfflUeux symbole du progrès sodal et intelledoel , que dans la magnifique fête de l'intelligence qui nous réunit ?
La vous recouvolt» ce joor-là, d'une manière définitive. Votre séparation, après s'être prolongée pri» di dnq siècles, cessait pour ne plus se reproduire.
La conquête du Roussillon coïncidant avec le supplice de Cinq-Mars et d'Auguste de Thou, Ricbeliea put annoncer à Louis Xlll les deux nouvelles ensemble : — • Sire , » lui écrivit-il, « vos enneiliis sont morts , et vos armes sont dans » P^pigmm. »
n est douloureux d'avonr à joindre à un si grand fait militaire une si cruelle exécution. Mais l'histoire ne doitelle pas refléter la vie du monde? Les wttrémes s^y touchent £atsd^uent; et, comme au s^ de la société même, Iç mai s'y trouve presque toujours à côté du bien.
L'Espagne ne possédait plus, de ce côté des Pyrénées , que le château de Salses. Quel obstacle pouvait faire à l'annexion du Roussillon un pareil poste? Nous l'eûmes à peine investi, qu'il demanda , à son tour, à capituler. La garnison espagnole en sortit , comme cdie de Perpignan, tambours battants et ensfflg'M*^ déployées , — stérile consolation pour l'amour-propre de Philippe IV et de son maladroit ministre le comt»duc d'Olivaràs. — Richelieu voulait faire démolir ce fort ; mais le maréchal de Schomberg ayant demandé sa conservation , on le laissa subsister.
Ce fut un des derniers actes de notre illustre cardinal. Il ne survécut que trois mois à la prise de Perpignan ; et Louis Xlll mourut lui-même cinq mois après son ministre. A Louis XIV, oonséqwmmient, échut le soin de recueillir les ff>uits de la conquête du RoussiUon. ils faillirent être laen amers ; car Je nouveau règne ,
qifmaiigiir^nt si tristement les troubles de la FVonde,
n'eut, dans le principe, ni assez de liberté, ni assez de force, pour dcniner à votre pays toutes les satisfisbctions auxquelles il avait droit.
Nous avions tant fait , néanmoins , Messieurs , pour vous ravoir, que nous dûmes réussir à vous gard^. La France , par le traité des Pyrénées de 1659, renonça à la Catalogne , mais reçint ses aociennes limites gauloises , m s'asamamt le Roussillon, avec les terriloires du Vallespir, du^Conflent et de la Cerdagne , sitoés sur le verssuo^ frsmçais pyréiéeD.
Louis XIV compléta le traité de 1659 , en s'empressant ÔB vous accorda la confirmation de vos |Mriviléges et de vos usî^es traditionnels. Puis, par manière de prise de possession, en même temps que de visite gracieuse à ses nouveaux sujets, il fit, au milieu de toute sa cour, son entrée solennelle à Perpignan , le 2 avril 1 660.
Beaucoup de vos ancêtres durent, ce jour-là, fétw le grand monarque: car un acte d'éclatante réparation venait de ^acc(H&{^r. La Justice et la Pm s'^nlurassaieiit aux Pyrénées.
Louis XIY vous àoam un gouvernement qui , bien qu'en rapport avec celui de la France , devait assurer le maintien de vos anciennes institutions. Elles continuërmt à fom^ pour vous une sorte de r^me coutumier.
Votre histoire, Messieurs, se trouve, à partir delà, indissolublement liée à celle de la France. Vous vivez désormais de la vie de notre commune patrie; vous participez à ses d<»ileurs et à ses joi^, à ses mi&ères et à ses glmres.
Pouvait-il en être autrement , lorsque Louis XIV prenait
pour pivot de sa politique la succession d'Espagne? Ne deviez-vous pas , en v^u d'une inévitable néi^ssité , recevoir le contre -coup de sa mauvaise comme de sa bonne fortiuM?
L'i^^spague, toutefois, ne parvint ni à vous entamer, ni à vous dénationaliser de nouveau. Les malheurs de la Catalogne vous faisaient apprécier l'avantage de demeurer Français.
La France, du reste, vous traitait ausa bi^ que
possible. Non-seulement Ix)uis XIV vous maintint vos privilèges , mais il (N^anisa ea Cimseil-souverain vos anciennes magistratures ; puis il érigea votre Hospice de la Mis^corde en H^tal-fénàral , coDvsmuMi que pourvoir aux besoins des classes pauvres est le moyen le plus sûr de se les attacher.
Le gouvernement de Louis XV , suivant la même voie , fonda chez vous, en 1751, une académie mihtaire, et releva bientôt après votre université. Elle comptait alors quatre siècles d'existence, puisqu'elle avait été oréée en 1349 par le roi d'Aragon Pierre IV. Mais elle n'était plus que l'ombre d'eUe-méme. On la dota d'un local convenable, d'un amphithéâtre d'anatomie, d'un cabinet d'histoire naturelle, d'une bibliothèqae publique. Les éludés redevinrent complètes à Perpignan.
De grande éocAe ain» régéaétéè sont 8<»rties nombre de vos illustrations. Quelle liste n'aurais-je pas à dresser, si j'enta^prenais de les énumârw toutes! Votre provmce a monb^ qu'elle n'était inférieure à aucune autre , et que vous n'étiez dès -lors pas moins Français intellectuellement que politiquement et mcMralemrat.
Louis XV ne négligea pas non plus de s'occuper de wtre commeroe. U en encoiinigea l'enlensioii , en 1759, par l'établissement d'une foire franche, de trois jours chaque année; puis, afin (foavrir on faste champ à vos tiansaotioûs , il supprima les barrières fiscales qui vous avaient jusque-là séparés du Languedoc. Il les transféra à la Mmite catalane du sommet des Pyrénées , où cessait la France , et où le système de protection alors en vigueur croyait otile d'en faire payer l'entrée aux marchandises ou denrées
importation.
Notre gouvernement français songeait aussi à vous donner à Port-Vendres un port militaire. Le grand ingémeur Vauban , -~ à qui vous devez votre place forte de Mont-Louis , — avait compris toute l'importance de cette station maritime. N'aUaitril pas jusqu'à dire qu'elle pourrait occasionner un jour la perte du Roussillon , ou la conquête de la Catalogne , suivant qm ïwnè ou l'autre , de l'Ëspagne ou de la France, saurait en profiter? Vauban exagérait, sans doute ; mais il avait raison de vouloir ainsi établir en facQ ^ l'E^^^agne une succursale de Toulon. Il reste encore , néanmoins, beaucoup à faire pour la réalisation de ce projet.
Avons-nous donc, toutefois, besoin de taatnous mettre en garde contre l'Espagne? L'Espagne n'«st plus notre ennemie. Aujourd'hui, fAm vraimoot que jfOJpis, il n'y a plmi de Pyrénées. Ne les aplanissons-nous pas, en ce moment même, sous les rails de nos chemins de £er? — Vous êtes devenus , d'ailleurs , Messieurs , si fermement Français, que l'Espagne ne peut d'aucune mani^ vouloir vous ressaisir.
Adfflirabte rapproehement , qui ne doit rien vous faire
regretter de votre ancienne gloire ! N'avez - vous pas , en échange , l'avantage de partidpa* aux gramdem^ de notre héroïque pays? Ne jouissez-vous pas du privil^e d'apparlmir à la nâm des na^ons?
Oui , Messi^vs , la France est bien la reine des nations. Ët ce n'est pas seulement le sceptre politique qui lui est c^olu; c'est aussi, c'est surtout, le sceptre inteUaetuel, le plus puissant et le plus durable de tous les moyens d'acti(Mâ sociale. Ce sc^>tre-là ne mqpe pas de se hnm^ même aux mauvais jours. Louis XIV l'a gardé, au miUeu de ses plus cruelles infortunes , et, en dépit des malheurs de la fin de sou règne , il a pu le léguer à ses héritiers. La France le conserve encore aujourd'hui , et eUe le conservera toujours, s'il plaît à Dieu, poui' le hooheur commun de i'hunumité.
C'est avec lui qu'elle s'apprête à présida prochamement les ^lendides assises de l'Exposition universelle : — immense congrès international des arts et de l'industrie, où, mieux que dans tout autre, les peuples pourront s'édifier sur leurs véritables intâ^ts. Us comprendront par eux-mônes, en présence de toutes ces merveilles de l'intelligence , combien sont mesquines et stériles les rivahtés qui poussent à s'wtreheurter sur les champs de bataille des masses d'hommes faits à l'image du n^e Créateur, pour vivre sous une même loi d'amour et de progrès.
Us smtiront , en face de cette prodigieuse accumulation des richesses de l'Univers dans une même encemte, qu'au lieu de s'escrimer à mventer de nouveaux engins de mort,
il conviendrait plutôt de se réunir tous dans une pensée de fraterneUe émulation, afin d'éley«f davantage, au profit de tous, le niveau des sciences, des arts, de l'industrie et du bien-être. La morale trouverait son compte à ce calcul ; et les pacifiques espérances que formulait notre empereur Napoléon 111, dans sa réponse aux vœux exprimés le 1" janvier dernier par le Corps diplomatique, recevraient peutêtre leur sanction de ce mémorable congrès populaire de 1867.
Quelle grande et magnifique date ce serait dans l'histoire ! Et quel nouveau motif tfaurionwious pas d'être fiers de notre France, — puisque, après avoir tant conlribué à éclairer et à civiliser le monde, elle l'aurait ainsi pacifié l
n vous reviendrait, quant à vous. Messieurs , une belle part de cette gloire : car cette paix-là, — cette paix univenelle , — serait l'heureux couronnement de votre primitive institution de la Trêve de Dieu.
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