Divisio regnl Hlotharii II (CC, t. Il, p
2. Au milieu du ix^* siècle, la Ripuairie ne constituait plus un duché, ni une circonscription administrative ; ce n'était qu'une expression géographique, d'un usage courant, il faut le reconnaître, et que l'on trouve fréquemment employée dans les chartes et dans les annales. Relevons en passant les expressions de reœ Ripuariorum et de rex Ripuariœ appliquées à Lothaire II par les Annales Xantenses en 8O1 et 870 {SS., t. II, pp. 280 et 233). Sur le pays des Ripuaires, consulter Schrœdeh, Die Franken und ihr Recht, pp. 2 et suiv., 47 et suiv., Untersuchungen za den frienkischen Volksrech/en (Monaf.ssc/iriff Jïir die Geschichte Westdeutschlands, t. VI, pp. 4y2-5o2), et les cartes I et II qui se trouvent à la fin du Lehrbuch fiir deutsche Rechtsgeschichte. D'après Schrœder, le ducatus Ripuariorum aurait compris les pagi Eijlensis, Bunnensis, Tulpiacensis, Juliacensis, Coloniensis, Nivanheim, Ruricgowe, Keldaggowe, Tucinchowe et Avalgowe ; le pagus de Liège et le pagus Moilla auraient été habités par des Ripuaires, mais sans se rattacher au ducatus Ripuariorum ; dans les pagi Masau, Hattuarioruin et Dubalgowe, il y aurait eu une population mélangée de Ripuaires et de Saliens. Enfin les Chamaves, tribu ripuaire, mais ayant son droit spécial, auraient occupé les pagi Hamalant, Twente, Threante, Salland ou Islegowe, Felua et Flefhetti.
3. L'abbaye de Miinstereifel (Nouum monnsterium) est placée dans le pagus Riwerensis (Ripuariensis) par le diplôme de Zwentibold du i3 novembre 898 (B. M. 1929) et dans l'Eifel par une charte de iii4 (MR. UB., t. I, n" 429). Lothaire \^^ donne le 20 mars 843 au comte Esich la villa Casteniika in pago Riboariense in comitatu Bonnense (aujourd'hui Kessenich, kreis de Bonn) [B. M. io64]. Elvenich (kreis d'Euskirchen) appartenait à la Ripuairie d'après le diplôme de Lothaire I'"' pour Priim du 19 septembre 855 (B. M. 1139) et au pagus Tulpiacensis d'après la charte de Hiedilda pour Priim du 20 décembre 806 {MR. UB., t. I, n" io5). Le diplôme de Lothaire I^'' en faveur de Roger, rendu le 7 mai 846, place in pago Riboariense et in comitatu Juliacense Giisten et Rœdingen (tous deux dans le kreis de Juliers) [B. M. 1090]. Cologne est placée dans le pays des Ripuaires à deux reprises par Réginon (Clironicon 881 et 891, pp. 118 et i36), et par conséquent le pagus dont cette ville était le chef-lieu devait s'y trouver aussi. D'après le même auteur, 881, p. 118, Bonn, Ziilpich, Juliers et Neuss faisaient, de même que Cologne, partie de la Ripuairie. Les localités de Wehl et de Rublinghoven (kreis de Grevenbroich), sont attribuées au pagus Nivanheim par des chartes de Werden de 817, au pagus Ripuariorum par des actes de 818 concernant la même abbaye (A^R. UB., t. I, n"^ 34-36). Pour le pagus Ruricgowe, citons simplement une charte pour Werden de 819, qui place cette abbaye in pago Ruricgoo in ducatu Ripuariorum (NR. UB., t. I, n" 87). Sur ces pagi, consulter Bœttger, t. I, pp. 61-102, et Gaukarte; Longnon, Atlas, pi. VIII, et Texte, pp. i3o-i3i ; Spruner-Menke, carte n" 82. — Faisons observ.er que ni Bœttger, ni LoNGNON ne parlent du pagus Odangowe, qui était une subdivision du pagus de Bonn ou de l'Ahr. Ce pagus nous est connu par deux chartes de la collégiale de Bonn, l'une de 83o, l'autre de 84o-84i (N. A., t. XIII, p. 161, no 33, et p. 169, n» 28), et par une
ROYAUME Oï T.ORRAI.NE. 7
gS LE RÈGNK DE LOTHAIUE II («r)r)-8G.j).
(jue les cinq premiers d'entre eux étaient compris dans les Etats de Lothaire l", puis de sou sei-oud fils et homonyme ', le sixième est mentionné pour la dernière fois dans une charte du 2^ avril 817 pour l'abbaye de Werden^ ; enfin, le septième, qui lifjure déjà dans des actes de 8(t2 à 8/|4, subsista jus(|ii'au xi* siècle et peut-être plus tard encore'. Ni
cliarte tic Priim ilu 26 février 882 (Mit. LU., I. I, n" 120). 11 lierait tirer son nom tlii villa(|e trcEiliruieri (kiwis d'Alirweiler). Les localilés de Vodani/nioe a|)|)artieniienl aiijoiirtl'luii aux kreis d'Alirweiler et de Monn, said' deux, Unkel et Kasbaeli, ([iii sont siliiées sur la rive droite du Hliiii et se rallachenl au kreis de Neuwied. Unkel est ])laece dans le p. liunncnsin par une ciiarte de l'riini du i5 juin ()43 (MR. UB., t. I, n" 180). L'Uelanijowi' et le Ihtnncn.ii.'i auraient donc débordé sur la rive droite du Rhin, et la carte 32 de l'Atlas de Sphunkii-Menkk a eu soin il'ailleurs d'englober Unkel et Kasbaeli dans les limites de l'Ot/unf/oive. Sur ce pagu.'i, voir Bi.nterim et Moouen, Die Erzdiœce.se Kœln, 2® éd., t. 1, pp. 38ij-3yo ; ils sup[)osent <iu'Unkcl se trouvait alors dans une île.
1. Voici les dociunents qui démontrent que ces cinq /jo/// dépendaient de Lotliairc : pour Vf'iJIfnxi.s, les diiilùnies de Lolliaire 1" des 17 février 844> *> décembre 84O et 28 janvier 855, celui de Lotliaire II du 20 janvier 867 (li. M. 1080, I0(j5, 1137 et 1280); pour le Bttnnensis les diplômes de Lotliaire II du 28 juin 850 et du 21 mai 864 (B. M. i245et 12G8), ainsi que les chartes de la coIléf|iale de Bonn, datées des années de rcqne de Lotliaire !"■ (postérieurement à 843) et de Lotliaire II (;V. .1., t. XIII, n°^ 9, i5, 29 et 2, pp. i54, i56, 160 et i5i); pour le Tulpincensis, les diplômes de Lotliaire II des 28 juin 850, 21 mai 804, 17 «'t 20 janvier 8O7 (B. M. i245, 12O8, 1279 et 1280); pour \c Ju/iucensis, celui du 20 janvier 8O7 (B. M. 1280); pour le Colonieiisis, les diplômes de Lotliaire II des 21 mai 8O4, i5 janvier 8()0 et 17 janvier 8O7 (B. M. 1268, 1273 et 1279) ainsi tpie la mention de Cologne dans le partage de Meerssen (OC, t. II, p. igS).
2. A quelle circonscription fut rattaché ensuite le Nivanheim ? Bcettger, t. I, pp. 68 et suiv., et Gaukurte, en fait un pagiis secoadaire du piigus Hiittei'un, qui se serait confondu avec le doyenné de Neuss ; ce />. Hatterun, (jue Bcettger place dans le dticatas Ripuarioruru, aurait été distinct du pagus llattaariurum, qui n'était pas compris dans la Hipuairie. Loxoxon, Atlas, Texte, p. i3o, englobe le Xiuitnheiin dans le p. Hattunriorum ou le p. Hdtterun, car ces deux termes sont des formes ditlërentes du même nom. On peut objecter à Loxoxox que le p. Nioanheini faisait partie du duccitus Ripuarioruru, tandis que le p. Hattuariurum, comme nous allons le montrer, ne s'y rattachait pas. Quant au p. Hatterun, il est fort dil'lîcile de se prononcer à son égard. Trois localités, Heribeddiu, iMundeUieim et Slirlieini sont placées dans ce pagus par trois documents, dont le plus ancien est du milieu du ix'' siècle, et le plus récent de 10O7 (Bœttgeh, t. I, pp. 68-69). ÎMUndelheim se trouve sur la rive droite du Rhin entre la Ruhr au nord et l'abbaye de Kaiserswerth au sud. Stirheim n'a pu jusipi'alors être identifié. Bœttger ne veut pas admettre (lu'Heribedtliu soit Herbed (kreis de Boclium) sur la Ruhr, dans le pagus saxon de Boroctra ; mais Bœttger est prisonnier du système (ju'il a adopté et d'après leipiel il y aurait concordance parfaite entre les circonscriptions ecclésiastiiiues et les divisions politiques, entre les doyennés et les pagi. Spru.ner-Menke, Hist. Handatlas, n° 3a, n'a pas fait un p. Hatterun distinct du j). llattuariorum ; sans se mettre en peine d'IIeribeddiu, ni de Stirheim, il a rattaché Miindelheim à ce dernier territoire, solution (pii serait accejjtable, n'étaient Heribeddiu et Stirheim.
3. Beaucoup d'erreurs ont été commises à propos du pagus de la Ruhr. Bœttger et Spruxek-Mexke le font s'étendre sur les deux rives du Rhin, le premier y rattachant sans aucune preuve le Dubalguwe (op. cit., t. I, pp. 61, 63-64, et Ciaukarte), le second y comprenant ((uelques localilés <|ui ajjparlenaient certainement au Keldaggowe (Hist. Handatlas, n° 32). Lox(;xoN, Atlas, Te.vte, p. i3o, a relevé ces deux erreurs, mais il en commet une lui-même en disant que le p. Ruricgowe n'est comiu ([ue par des actes en date de 802, de 811 et de 819, alors (pi 'on le trouve mentionné dans des chartes de W'erden de 820, 836, 843 et 84/1 (A7f. UB., t. I, nf» 39, 5o, 67 et 58) et dans un diplôme d'Henri IV jiour Brême-IIambourg du 16 octobre io65 (NR. UB., t. I, iio ao5). Il se trompe encore en faisant du p. Ruricgowe mi jxigus secondaire du p. llattuariorum; ce dernier était en dehors de la Hipuairie, tandis ipie le premier en faisait partie. Le pagus Ruricgowe, apjielé aussi pagus Riporuui de 8i5 i\ 8/17, et /). Diushurg par un diplôme de Louis l'iMiiant pour Kaiserswerlh du 3 août yo4 (H. M. igtig), était probablenuMl situé tout entier à l'est du Hhin.
LES pCigi RIPUATRKS DE LA RIVE DROITE DU RHI.\. Qq
le parjns Moilla, ni le pagas Hattuariorum ne faisaient partie de la Ripuairie, attendu qu'ils sont dans divers partages cités à côté de ce dernier pays '.
Quant RU. par/us Keldaxfgoioe, qui n'est mentionné qu'une fois dans un diplôme de Louis l'Enfant pour Kaiserswerth du 3 août 90^, il n'était peut-être qu'un pagus secondaire démembré du pagiis Hattiiarioruin. Nous ne pouvons pas plus dire s'il se rattachait, ou non, au ducatiis Ripuariorum qu'indiquer l'époque de sa création ou le territoire qu'il comprenait^.
Aucun texte ne nous permet non plus d'attribuer à la Ripuairie deux pagi de la rive droite du Rhin, le Tucinchoioe ou Tiiizihgoioe, et YAvalgoioe'^. Le premier, que l'on trouve dans deux actes du xi^ siècle, ne fait-il qu'un avec le pagus Tnstensis dont parlent deux chartes de 83 1 et de 84i pour la collégiale de R(Min4? Si les identilications proposées par Perlbach, l'éditeur du cartulaire de Bonn, sont exactes, les localités du p. Tustensis que nous fait connaître ce cartulaire seraient les villages actuels de Wormersdorf (kreis d'Euskirchen), et de Friesheim (Jcreis de Rheinbach) ; seulement, nous voilà transportés sur la rive gauche du Rhin dans la vallée de l'Erft, et certainement le Tucinchowe avait kl'ouest lé tleuve pour limite. Nous serions tenté de voir dans le p. Tustensis le pagas Tulpiacensis dont le nom aurait été mal lu ; les deux villages précités, leur position le prouve, ont dû, en réalité, appartenir à ce dernier pagus. Il ne reste donc que les deux textes du xi^ siècle sur le
1. Le parlarje de 887 énumère séparément le pays des Ripuaircs, les coniitafas Moilhi, FAtra pour Iliiftaaria (Ann. Bert. 887, p. i4); la Divisio regnl de 83i (?) et la Divisio regrii Hlothavii II de 870 (C(L, t. II, pp. 24 et iq4) distinguent également le p. Hattuariorum de la Ripuairie. Aucune localité placée par une charte dans cette dernière contrée n'est indiquée par une autre comme taisant partie du p. Hattuariorum. C'est donc h tort que Bkntkrim et Mooken, Die Erzdiœcese Kœln, 2" éd., t. I, p. 208, englobent et pagus dans le dacatus Ripwirioruin.
2. Tandis que Biettger met le p. Keldaggowe à cheval sur le Rhin, ne lui attribuant d'ailleurs qu'un lambeau de territoire sur la rive gauche, et fait de ce pagus un pagus secondaire du p. Hatterun (op. cit., t. I, pp. Gg, 70 et 78, et Gaukurte), Spruner-Menke, carie n° 82 de so.i Atlas, le place tout entier à l'est du fleuve, et Longnoiv .4//r/s, pi. VIII, et Texte explicatif, p. i3o, le croit situé à l'occident du Rhin et dépendant du pagus Huttuarioruin. Il est fort difficile de déterminer la situation exacte et l'étendue d'un territoire qui ne nous est connu que par le diplôme cité plus haut de Louis l'Enfant pour Kaiserswerth (B. M. igOg); ce (pii compliipie encore la question, c'est que l'acte énumère dix localités appartenant aux pagi Diusijurg et Keldaggowe, sans spécifier dans lequel de ces deux pagi elles étaient placées. Trois d'entre elles, situées sur la rive gauche du Rhin, Kierst, Ilverich et Gellep, dont la dernière a donné son nom au Keldaggowe, faisaient partie de ce dernier pagus ; c'est la seule chose que l'on puisse affirmer avec certitude, et Spru.ner-Menke a commis une erreur en les rattachant au pagus Ruricgowe.
3. Bœttger, op. cit., t. I, pp. 2-4, ne cite pas ces deux pagi parmi ceux qui font partie de la Ripuairie, et il ne les y place pas non plus dans sa Gaukarte. Schrœder au contraire en fait des pagi du ducatus Ripuariorum (Lehrbuch der deutschen Rechtsgeschichte. II" carte, Die Gaue Rihuariens).
4- Neues Archiu, t. XIII, jip. iSô et 162, i.ôg et i63. Les deux actes du xi* siècle sont un diplôme de Conrad II du 3 janvier 1020 et une charte d'Herimann II, archevêque de Cologne, du 17 juin io4i, tous deux en faveur de l'abbaye de Deutz (NR. UB., t. I, n"' iGi et 177).
lOO LE UK«;NK I)K LOTHAIUK 11 (Hr.ri-SCxj).
jKujus Taci'/ichoioe, ot nous n'oserions dès lois aClirnuM' cjnc ce parjus existât au ix* siècle '.
Il n'en est j)as de même du /)af/ns Avalffoioe ; celui-ci nous est connu par lies actes ({ui séclielonnenl de 83:>. ;i loijO-^. Un seul d'entre eux appartient à la période comprise entre le traité de Verdun et la mort de l^otliaire II ; il est du rèfjiie de ce dernier |)riiu'e, et probablement de l'année 85(j. (^est une donation ii la colléfjiale de Bonn dans le village d'Oberpleis (^kreis de Siecjburcj) par Gerbert et OtliillVid 3. Mais a-t-oii le droit, parce que cette donation faite dans \e pagus Avalgoiue est datée de la cin(|uième année du règne de Lothaire (II), d'en conclure que ce pagiis appartenait au roi de Lorraine ? Assurément non. La collégiale de Bonn était soumise à l'autorité de ce prince, et très souvent les chartes concernant un évêché, \me abbaye ou une collégiale étaient datées des années de règne du souverain dans les Etats duquel se trouvait l'évéché, l'abbaye ou la collégiale, alors même que le donateur, acquéreur ou vendeur ainsi que les l)iens donnés, achetés ou vendus relevaient d'un autre prince +. Nous ne pouvons donc pas dire si c'était Lothaire ou son oncle qui possédait YAvalgoioe. Même incertitude, nous l'avons vu, pour le TacinchoweK
Au nord de ce dernier on rencontrait ou le Keldaggoioe, k supposer que ce pagus existât déjà au milieu du ix' siècle et qu'il s'étendît sur la rive droite du Bhin, deux choses qui restent à démontrer, — ou plutôt le Ruricgoioe ^, un pagus ripuaire. Doit-on l'attribuer k Lothaire ? Si les cinq comtés ([u'avait ce roi en Ripuairie sont ceux de l'Eifel, de Bonn, de Zûlpich, de Cologne et de Juliers, l'attribution du Ruricgoioe k Lothaire n'est pas possible, mais peut-être deux de ces pagi étaient-ils
1. Bœttger, Gaukarle, Spruner-Menke, carie n° 32, et Loxg.non, Atlas, j)l. VIII, et Texte, pr. 78, admettent l'existence dès le ix^ siècle du pagus de Deutz.
2. Pendant lonçilemps, le plus ancien document connu ([ui parlât du pagus Avalgowe était une charte de l'riim du 26 février 882 (J//{. UB., t. I, n" 120), mais la découverte du cartulaire de la colléijiale de Bonn a l'ait connaître des actes plus anciens d'un demisiècle où il était (piestion tle ce pagus (N. A., t. Xlll, p. i54, n» 10, et j). lOo, n° 27).