Ann. IJert. 8O2, pp
HUMILIATION DE LOÏHAIRE, 2O9
neveu loyal, lui procurât l'appui qu'il lui devait'. 11 n'est pas question ici des engagements souscrits par Lothaire, non plus que des accusations que Charles avait formulées contre lui. Peut-être, comme le supposent Dûmmler et Mùhlbacher, la communication des griefs de Charles contre son neveu n'a-t-elle pas eu le caractère officiel d'une adiiuntiatio ; elle n'avait donc pas à figurer dans les actes du congrès*.
Les trois rois se séparèrent ensuite ; comme nous l'avons dit, ils avaient fixé leur prochaine entrevue au mois d'octobre 803 3.
En définitive, Charles le Chauve avait remporté, à Savonnières, un véritable triomphe ; il sortait de l'entrevue grandi et entouré d'un prestige qu'il n'avait jamais eu+. Non seulement il n'avait pas dû se disculper des graves infractions au traité de Coblenz, dont il s'était rendu coupable, mais il s'était posé en défenseur de la morale, en respectueux observateur des conventions, sans que personne protestât, et c'était Charles qui avait pris l'offensive contre son neveu, exigeant de lui des satisfactions pour les torts qu'il avait commis : son audace avait été couronnée de succès, grâce à la faiblesse inexplicable de Louis le Germanique et de Lothaire.
Le prestige de ces deux princes, au contraire, avait diminué de tout ce que l'autorité du roi de France avait gagné. Déjà l'attitude de Lothaire dans les démêlés de ses deux oncles n'avait rien eu d'honorable pour lui; on l'avait vu aller de l'un à l'autre, suivant que la fortune favorisait Louis ou Charles. Mais, à Savonnières, le jeune prince avait fait preuve d'une déplorable faiblesse; il avait montré qu'il était incapable de faire respecter son honneur et ses droits. Il n'eut pas, il est vrai, à rendre compte de sa conduite devant l'assemblée générale des Francs : toutefois, bien que cette humiliation lui fût épargnée, il n'en subsistait pas moins qu'il avait consenti à s'y soumettre. S'il invita, ce qui n'est pas certain d'ailleurs, Baudoin et Judith à quitter ses Etats 5, il continua de donner asile à Engeltrude, et il conserva Waldrade pour femme. Les concessions qu'il avait faites étaient de pure forme, et il était bien décidé au fond à ne pas reprendre Theutberge, mais il avait eu le tort de laisser son oncle intervenir dans cette affaire ; ou plutôt son premier tort était d'avoir en quelque sorte provoqué cette ingérence, en demandant à Charles le