LOTHAIRE CORROMPT LES LEGATS
présents de Lothaire que ceux de l'empereur Michel ; son collègue se laissa entraîner par lui, et tous deux promirent de ne rien faire qui pût porter préjudice aux intérêts du roi'. Les intentions de Nicolas allaient être méconnues, ses ordres ouvertement violés. Il paraît pourtant que lors de leur première entrevue avec Gunther et Theutgaud, les légats, soit que le marché n'eût pas encore été conclu, soit qu'un reste de scrupules les retînt encore, se permirent d'adresser quelques reproches aux deux archevêques : ceux-ci s'emportèrent violemment^, et les deux Italiens ne revinrent sans doute pas à la charge.
Il s'agissait de fixer la date du concile. Une première fois, il avait été décidé qu'il se réunirait le i5 mars, nous le savons par la lettre des trois archevêques Gunther, Theutgaud et Arduic à Hincmar, relative à la nomination d'Hilduin'. Peut-être les légats avaient-ils arrêté cette date avant qu'on leur prît les lettres de Nicolas. Il fallut contremander le concile et attendre, pour décider à quelle époque il se réunirait, que le pape eût écrit de nouvelles lettres et que celles-ci eussent été remises aux deux légats. Un autre événement dut encore être la cause d'un nouveau retard, la mort du jeune frère de Lothaire, Charles, roi de Provence, et le règlement de sa succession.
Charles était épileptique"», et ce mal, à ce qu'il semble, causa ou tout au moins hâta la fin du petit prince, qui expira le 24 janvier 863 >'. Si les clauses du traité qu'il avait conclu en 858 avec son frère avaient été observées, Lothaire aurait hérité du royaume entier de Charles*. Mais Louis II n'avait pas ratifié les conventions arrêtées entre ses deux frères, et il n'était nullement disposé à se laisser dépouiller de sa part de succession. Averti, ou tout au moins prêt avant son frère, l'empereur accourut en Provence et se fit prêter serment par tous les grands du royaume qu'il put gagner à sa cause?. Lothaire, retenu dans le nord de ses Etats par une expédition contre les Normands^, ne put prendre avec la même hâte le chemin de la Provence ; mais, dès qu'il fut libre, vers
1. Ann. Bert., 863, p. 62; J. E. 2886, Migne, t. CXIX, col. 1166; Vita Nicolai, Lib. pont., t. II, p. 160 ; RÉGixoN, Chronicon 865, p. 82. Seul à peu près de tous les historiens, Ranke, Weltgeschichte, Vl'-r Theil, i'^ Abtheilung, pp. 186-187, met en doute la corruption des légats : pouripioi, dit-il, ne pas admettre ([ue ces derniers aient été convaincus par les arguments du concile ?