‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 35 sur 764 · TENTATIVES POUR RESTAURER L UNITE DE E EMPIRE · texte numérisé non relu

TENTATIVES POUR RESTAURER L UNITE DE E EMPIRE

être approuvées et confirmées par lui ' : on n'avait pas autrement procédé en 806 et en 817.

Nous verrons que la parole donnée n'arrêta ni Louis, ni Charles, quand ils crurent que la violation en serait avantageuse pour eux et assurée de l'impunité.

Lothaire avait abandonné ses projets ambitieux, au moins il avait renoncé à les réaliser par la force, et tout d'abord aucun de ses frères ne parut songer à les reprendre pour son compte. Pourtant, l'idée de l'unité de l'empire n'était pas morte, le traité de Verdun ne l'avait pas tuée. Pendant longtemps encore, elle allait dominer la politique des descendants de Charlemagne ^, qui chercheront à la réaliser de deux manières bien différentes. Tandis que les uns tenteront de reconstituer à leur profit l'empire de leur grand aïeul, en s'emparant par la force des Etats de leurs frères, neveux ou cousins, et épuiseront à cette politique de conquête des forces qui auraient été mieux employées, soit à combattre les Normands ou les Sarrasins, soit à maintenir les grands dans le devoir', d'autres, plus sages, plus conscients de leurs véritables intérêts, plus respectueux de leurs serments, se contenteront de leur lot et chercheront par le maintien entre eux de la bonne harmonie, par l'entente contre les ennemis communs, à sauver au moins l'unité morale de l'empire franc +.

Cette dernière politique avait l'appui de l'Eglise, interprète des sentiments de la population, et intéressée d'ailleurs au maintien de la paix et de la concorde. Si la voix des évêques était souvent écoutée, si les rois, se souvenant qu'ils appartenaient à la même race et à la même famille, si, se rendant compte que leurs discordes profitaient surtout k leurs sujets rebelles, ainsi qu'aux envahisseurs étrangers, ils se rapprochaient les

1. C'est ce que nous appreimeut Adrien II et Jean VIII dans les lettres que nous avons mentionnées plus haut.

2. Rappelons que le démembrement de l'empire a été déploré par un diacre de l'église de Lyon, Florus, dans sa Qiierela de divisione itnperii {PP., t. II, p. 55). Ce que Flokus chantait en vers, d'autres peut-être se contentaient de le dire en prose, et rien ne prouve, quoi qu'en pensent certains historiens modernes, que nous soyons là en présence d'une opinion isolée. Des écrivains bien postérieurs expriment encore le regret que l'unité de l'empire ait été détruite ; citons en particulier le Chronicon sancfi Benignl Dii'ionensis {R. H. Fr., t. VII, p. 229), le Chronicon Virdunense, liv. I, de Hugues de Flavigny {SS., t. VIII, pp. 352 et 353), la Vita S. Hiltrudis, ch. 11, d'un moine de Waulsort \aA. SS. O. S. B., sœc. III, pars 11^ p. 385).

3. Charles le Chauve est le principal représentant de cette politique ; depuis 8G1, des rêves d'agrandissement hantent sou imagination, et il profite, pour les réaliser, de toutes les occasions qui lui paraissent favorables. Il ne faut pas oublier cependant que Louis le Germanique avait précédé son frère dans cette voie. Louis le Jeune suivit les mêmes errements.

4. Louis le Bègue, Louis III et Carloman, Charles le Gros ont pratiqué avec plus de suite que les autres souverains le système des alliances et des ligues, sur lequel nous reviendrons plus tard. Charles le Gros, seul de tous les descendants de Charlemagne, devint, et cela dans l'espace de quelques années, le maître de tous les royaumes nés du démembrement de l'empire franc, mais cette renouatio regni Francoriim ne fut pas l'œuvre de la violence ; les frères et les cousins de ce prince, d'abord simple roi d'Alamannie, moururent les uns après les autres, de 879 à 884, et Charles n'eut qu'à recueillir leurs héritages.

2(> LK RKGNE DE LOïlIAlUE l" (8/4:{-85ô).

uns dos autres et se coalisaient pour faire face à leurs eiuieinis du dedans et du dehors, il y avait par contre des moments où les rancunes mal assoupies se r(!'veillaient, où l'ainhitiou, la cupidité, des conseils perfides, les appels des mécontents, parlaient plus liant cpie l'honneur et le devoir et entraînaient un souverain à se jeter comme un hrigand sur tel ou tel Etat voisin. C'est ce que feront tour à tour Louis le Germanique et Charles le Chauve qui, après avoir compris les avantages de la concorde et de l'union, se laisseront séduire aux espérances décevantes de la politique de conquête '.

I. Les historiens allemands vantent volontiers la modération de Louis le Germanirjuc. A deux reprises pourtant, il s'en est départi : en 854, «luand il laissa le second de ses fils répondre à l'appel des A([uitains révoltés contre Gliarles, et (jualre ans plus tard, lorscju'il envahit en pt;rsonne les Etats de son frère pour les lui enlever. C'est lui (jui le premier a nuuKpié aux serments ([ue les trois princes s'étaient laits à Verdun de respecter mutuellement leurs parts.

Page 1