CHARLES ESSAIE DE PRENDRE LA RIVE GAUCHE DU RHIN (87G
champions subirent victorieusement, à raison de dix pour chacune d'elles, prouvèrent que Louis avait le bon droit pour lui, et que la portion de la Lorraine que lui avait donnée son père, après avoir partagé ce royaume entre lui et Charles, était sa propriété légitime'. Rassuré, il traversa de nuit le Rhin et alla camper sur la rive gauche du fleuve, près de la forteresse d'Andernach'. Ce mouvement, qui indiquait chez Louis la résolution de combattre, détermina l'empereur à se séparer de sa femme qui, malgré la situation intéressante où elle se trouvait, avait tenu à l'accompagner. Richilde dut retourner à Heristal, escortée par l'évèque de Liège Francon et par l'abbé de Saint-Bertin, Hilduin, dont Charles avait en 870 tenté de faire un archevêque de Cologne 3.
Charles remonta ensuite la rive gauche du Rhin, pour se rapprocher de son neveu. De nouveaux pourparlers s'engagèrent alors : nous ne savons qui en prit l'initiative +. L'empereur se montra animé de dispositions jjIus conciliantes, se déclara disposé à conclure la paix et invita Louis à lui envoyer des plénipotentiaires pour traiter. Louis accepta, et, confiant dans les promesses de son oncle, il se relâcha de ses précautions. L'empereur ne demandait pas autre chose ; ses propositions de paix n'étaient qu'une feinte destinée à endormir la vigilance de l'adversaire.
La nuit même qui suivit le jour où il avait fait parvenir à son neveu les assurances mensongères dont nous venons de parler, il se mettait en route pour Andernach avec toute son armée. Mais les chemins, détrempés par la pluie qui tombait, rendaient la marche difficile, et hommes et chevaux étaient fatigués quand ils arrivèrent près du camp ennemis. La surprise d'ailleurs était nianquée. L'archevêque de Cologne, Willibert, avait dû accompagner Charles le Chauve^. Quand il vit que ce prince se préparait, en attaquant son neveu, k violer les promesses qu'il venait de faire, et dont lui Willibert avait été le témoin, il alla le trouver, alors qu'aucun autre n'osait le faire, et le supplia de ne pas se conduire avec cette cruauté à l'égard d'un neveu qui ne demandait que la paix. Ses prières furent vaines, Charles ne se laissa pas fléchir.
1. Ann. Sert., 876, p. 182. Se reporter à ce que nous avons dit plus haut, p. 4oo, n. 2, sur ce passage qui peut être interprété de deux façons différentes.
2. Ann. Bert. 87G ; Ann. Fuld. 8']6, p. 88; RÉoi.NOjf, Chronicon 872, p. 113.